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Bleus : liberté, égalité, humilité

Par Alexandre Lejeune
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Bleus : liberté, égalité, humilité

Rayan Cherki est un joueur ambitieux comme un autre, mais il ne faudrait pas le crier trop fort. C’est la devise des Bleus, dans cette préparation à la Coupe du monde, encore plus après la défaite contre la Côte d’Ivoire : ne pas se voir trop beaux. Il faudra l'être un peu plus longtemps que jeudi contre l'Irlande du Nord à Lille, pour la dernière répétition.

Faut-il absolument être humble pour gagner ? Toutes nos excuses chers élèves de Terminale, ce n’est pas en exclusivité l’un des prochains sujets de philo au bac. C’est en revanche une question qui mérite d’être posée, alors que le débat autour de l’humilité agite timidement l’ambiance du groupe de l’équipe de France ces derniers jours. On peut remercier Rayan Cherki, qui en plus d’avoir régalé balle au pied contre la Côte d’Ivoire, nous donne du grain à moudre en attendant le lancement des hostilités jeudi soir. Avec sa volonté assumée « d’écraser tout le monde » au Mondial, il a bousculé les codes selon lesquels il ne faudrait jamais trop se montrer confiant, ni même assumer pleinement son statut de favori.

On ne se voit pas trop beaux. À l’extérieur, on entend beaucoup de choses. Les gens sont très enthousiastes. On essaie de ne pas tomber là-dedans.

Adrien Rabiot

Sur le plateau de TF1 en après-match jeudi soir, le Citizen ne pensait pas mal faire. Il montrait simplement un brin d’ambition, avec ses mots et son phrasé bien à lui (qu’il n’arrête jamais d’être naturel). Il venait en réalité d’être peut-être trop honnête pour le staff de l’équipe de France. Selon le journal L’Équipe, Didier Deschamps n’aurait pas vraiment apprécié les mots de son meneur de jeu, et le sélectionneur aurait rapidement été le voir à ce propos. Cela n’aura a priori aucune incidence sur le statut qu’occupera le joueur au prochain Mondial, mais Cherki devrait certainement être plus lisse, moins spontané, quand un micro lui sera posé sous le nez. C’est bien dommage, même si le double D est dans son rôle et reste fidèle à ses principes assumés depuis 14 ans : ne pas trop parler avant d’agir.

Prudence avec les stars

Alors que son vestiaire est bourré d’egos, DD s’est efforcé ces derniers mois à faire en sorte que ses joueurs ne se voient jamais trop beaux, ou du moins qu’ils ne l’affirment pas publiquement. On a alors entendu Adrien Rabiot, ce dimanche, nous servir une louche de soi-disant humilité, alors qu’il était questionné sur les propos de son jeune coéquipier et qu’il défendait l’agitation autour de Cherki : « On ne se voit pas trop beaux. À l’extérieur, on entend beaucoup de choses. Les gens sont très enthousiastes. On essaie de ne pas tomber là-dedans. On connaît la difficulté de remporter une Coupe du monde. Le coach est là pour nous rappeler d’être ambitieux mais avec humilité. »

Il suffit de remonter à une conférence de presse de Deschamps du 29 mai dernier, qui résume tout : « Je vois d’autres sélectionneurs qui disent que la France a deux équipes. Mais il n’y en a qu’une qui jouera. Je ne veux pas refuser le fait qu’on fasse partie des favoris. Est-ce qu’on est supérieur à d’autres nations ? Comme avant chaque Coupe du monde, il y a sept, huit équipes qui ont cette ambition-là. Il n’y en a qu’une qui y arrivera. L’ambition, c’est quelque chose d’essentiel. Mais il y a un mot qui est aussi important, c’est l’humilité. C’est bien sur le papier, il y a plein de choses, mais malheureusement, il suffit un jour de faire un peu moins et on peut le payer cher. » Le sélectionneur connaît ces rendez-vous par cœur et sait que tout peut basculer en un rien de temps : à l’Euro 2021, son équipe de France avait une tronche favorite, avant de s’écrouler en un quart d’heure contre la Suisse après avoir mené 3-1.

Prudence, pour Deschamps et tous ces Bleus qui savent qu’il sera question de troisième étoile et d’attaque de feu. Auprès de la Gazzetta, Mbappé n’a pas hésité à donner sa propre liste de favoris : « L’Espagne, qui, sous la houlette de De la Fuente, a apporté de la vitesse à son jeu de possession. Et cette vitesse est difficile à gérer. L’Allemagne, grande nation du football, grâce à la qualité de ses joueurs. Tout comme l’Angleterre de Tuchel, que j’apprécie beaucoup. Le Portugal, qu’il ne faut pas sous-estimer. Les deux équipes sud-américaines, l’Argentine et le Brésil. Et pourquoi pas le Maroc, qui ne cesse de progresser ? » Le capitaine tricolore a même fait comprendre sur M6 que la défaite contre la Côte d’Ivoire pouvait faire du bien aux têtes, alors que l’Irlande du Nord arrive ce lundi soir à Lille, pour ce qui sera la dernière sortie de Deschamps comme sélectionneur dans l’Hexagone. En toute humilité.

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Par Alexandre Lejeune

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