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Rolland Courbis : toutes ces histoires ont une fin

Par Tom Binet
4 minutes

Joueur, entraîneur puis consultant pareil à aucun autre, Rolland Courbis s’en est allé ce lundi à l’âge de 72 ans. Quelques jours après Jean-Louis Gasset, le football français perd une nouvelle figure emblématique.

Rolland Courbis : toutes ces histoires ont une fin

La caisse noire du RC Toulon, ses deux passages en prison, la balle perdue reçue à Hyères un soir de 1996, le surnom de Zizou, les causeries légendaires ou encore l’invention d’un grand-père grec… Autant d’histoires plus folles les unes que les autres et de souvenirs racontés un nombre incalculable de fois, qui rappellent une chose : avec Rolland Courbis, ce sont plus de 50 ans d’histoire du football français qui nous contemplent. Que ce soit sur le terrain, assis sur un banc de touche ou derrière un micro, le fils de policier marseillais s’est inscrit dans la vie de tous les amoureux du ballon rond au fil des décennies.

Une trace indélébile aux quatre coins de l’Hexagone

Pour l’enfant des quartiers nord de Marseille, tout avait commencé en 1972 sous les couleurs de l’OM. Cinq petits matchs et une vente forcée vers Ajaccio. Mais déjà les premières filouteries d’un personnage qui n’hésite pas à faire croire qu’il n’est plus scolarisé pour s’entraîner avec les Phocéens. « Appelons ça “le système de la démerde”, nous confiait-il il y a quelques années. Est-ce de la malice ou de la malhonnêteté ? Sincèrement, je n’ai pas la réponse. Mentir, c’est parfois simplement cacher la vérité. Parce que cela t’arrange, ou t’évite de faire de la peine à quelqu’un. »

La saison suivante, il s’invente un grand-père grec pour rejoindre l’Olympiakos, mais l’aventure ne durera qu’un an, avant un retour express dans l’Hexagone. Si le défenseur central rêve d’une carrière à l’OM, c’est à Monaco qu’il connaîtra ses plus belles heures entre 1977 et 1982. Côté terrain, deux titres de champion de France aux côtés de Delio Onnis, Roger Milla ou Jean-Luc Ettori. Côté vie personnelle, une passion naissante pour les casinos et tout ce qui brille, aux côtés notamment de la comtesse Rizzoli, veuve de milliardaire.

Un premier chapitre de sa vie achevé en 1985 à Toulon, où il enchaîne presque immédiatement avec un deuxième : celui d’entraîneur. Pendant plus de 30 ans, Courbis voyage aux quatre coins de l’Hexagone sans jamais parvenir à durer dans les nombreux clubs qui lui confient leur destin. De Bordeaux à Rennes (où il raccrochera en 2016 après huit petits mois) en passant par Marseille, Lens, Montpellier et tant d’autres, il devient un entraîneur référencé et respecté, malgré un palmarès restreint (un titre de champion de Ligue 2 en 2002 avec Ajaccio et une Coupe d’Algérie onze ans plus tard à la tête de l’USM Alger). « Il y a toute une liste de joueurs que j’ai entraînés qui sont devenus entraîneurs. Sans parler de Zizou, il y a Casoni, Alfano, Blanc, Casanova, Montanier, etc. En tout, plus d’une dizaine. Eh bien, ils disent tous que je leur ai appris des choses », se défend-il face à ceux qui lui reprocheraient de ne pas être un grand tacticien. Restent les coups d’éclat, comme cette victoire 5-4 avec l’OM contre Montpellier après avoir été mené 0-4 à la pause ou la montée de ce même MHSC en 2009, et les coups de gueule.

Un homme de débats

En parallèle de cette carrière sur les bancs, il devient consultant pour RMC en 2005. Au 3216 comme dans la vraie vie, il se passionne pour le moindre débat concernant le football et son monde. « Neuf fois sur dix, quand je rentre dans un taxi, le chauffeur me dit : “Bonjour coach !” et me demande s’il peut me poser une question. Je lui réponds qu’il peut en poser peut-être deux, mais pas trois. Cela concerne généralement le dernier match, l’équipe de France, ce qu’a dit untel », confie celui qui pouvait décrocher son téléphone en pleine nuit pour répondre à des questions sur le ballon rond. Au fils des années, il se mue en « Coach Courbis », voix reconnue de tous les passionnés de foot à travers un ton pareil à aucun autre, des prises de position souvent tranchées et des déclarations fortes.

Plus de 50 ans après ses débuts comme joueur professionnel, Rolland Courbis laisse derrière lui une trace indélébile dans le paysage footballistique français. « J’ai tout de même réussi à durer, malgré certaines difficultés. Au niveau des regrets, il y a celui de ne pas avoir joué avec Marius Trésor, que j’ai croisé en quittant l’OM pour Ajaccio, nous glissait-il en guise de conclusion. Mais bon, j’ai eu une carrière de joueur qui a duré 14 ans, dont 13 en première division, je suis devenu entraîneur pour rendre service et cela a finalement duré 30 ans, j’ai remplacé Luis Fernandez chez RMC au pied levé pendant une semaine et cela fait 14 ans que cela dure… Donc le fait de continuer à exister, et que des inconnus me disent “Comment ça va, coach ?” comme si on s’était vus la veille, c’est une énorme satisfaction, même si les années passent à une allure vertigineuse. » Mais les souvenirs, eux, ne sont pas près de s’effacer.

Toutes ces choses que le football français doit à Rolland Courbis

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