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Room, Beiranvand et Vozinha : l'ordre des vieux gardiens du temps

Par Vincent Miffon
5' 5 minutes
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Room, Beiranvand et Vozinha : l'ordre des vieux gardiens du temps

Tous les quatre ans, la Coupe du monde fait naître des superstars éphémères et les couvre de gloire. Insubmersibles le temps d'un match, d'une nuit ou d'un simple instant, certains gardiens deviennent de véritables héros et marquent la conscience collective. Avant de replonger dans l'anonymat le plus total lorsque l'été sera passé.

Ils pouvaient bien se prendre la tête à deux mains, ou simplement regarder vers le ciel, d’un air impuissant. Comme tous leurs coéquipiers, Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku ont été littéralement incapables de faire trembler les filets ne serait-ce qu’une seule fois ce samedi soir malgré leur ultra-domination face à l’Iran (23 tirs à 7). La faute à une certaine maladresse rédhibitoire à ce niveau, oui, mais pas que. Le grand coupable, ou plutôt le grand héros de la soirée si on se place du côté iranien, est un épouvantail nommé Alireza Beiranvand. Légende en Iran (c’est déjà son troisième Mondial après 2018 et 2022), le portier de 33 balais a effrayé les Diables rouges avec pas moins de sept parades déterminantes, dont une absolument magistrale au sol. De quoi choquer les vieillissantes stars belges, restées incrédules face à une telle prouesse. Cela ne fait pas encore deux semaines que le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 a été sifflé, et les exploits se multiplient au fil des matchs et des nuits nord-américaines. Les honneurs sont surtout dirigés vers les derniers remparts, qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom tant ils brillent de mille feux depuis le 12 juin.

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Les vraies rockstars du Mondial

Avant Alireza Beiranvand, il y a eu Vozinha. Touché par la grâce un lundi 15 juin, le vieux portier du Cap-Vert (40 ans) a été déterminant face à l’ogre espagnol (0-0), permettant à son pays d’arracher le premier point dans la compétition de toute son histoire. Assez visiblement pour marquer la conscience collective et être propulsé au rang de superstar sur les réseaux sociaux, passant de 50.000 followers sur Instagram à plus de 15 millions aujourd’hui.

Puis dans le week-end, il y a aussi eu Eloy Room. Modeste gardien du Miami FC en D2 nord-américaine, le Curacien de 37 piges a fait cauchemarder l’Équateur dans la nuit de samedi à dimanche avec… 15 arrêts. Une statistique habituellement réservée aux gardiens de handball, et surtout un record en 90 minutes dans un match de Coupe du monde (l’Américain Tim Howard en avait réalisé 16 en 120 minutes face à la Belgique en 2014). Là encore, la muraille du sélectionneur Dick Advocaat a connu son petit buzz personnel après un tel moment de gloire en gagnant près d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux en un peu plus de 24 heures. Des scénarios à la sauce Hollywood que seule la Coupe du monde peut offrir. Encore considérés comme des inconnus il y a trois semaines et éclipsés par les Yamal, Mbappé, Messi, Kane, Olise et consorts, ces gardiens sont désormais les stars de ce Mondial, et leur nom pourrait presque être inscrit sur un Walk of Fame spécial Coupe du monde si Gianni Infantino va au bout de son américanisation du football.

 

Outre leur poste et leurs exploits, Vozinha, Beiranvand et Eloy Room partagent un point commun : ils sont plus proches de la fin que du début de leur carrière. Et c’est aussi pour ça que cette compétition est si spéciale : elle offre leur premier moment de gloire à des types qui ont toujours été dans l’ombre, plongés dans un anonymat profond. La Coupe du monde est romantique, elle ne s’offre pas qu’à des jeunes gamins aux dents longues qui ont l’avenir tout tracé devant eux. Elle permet aussi à de vieux briscards de vivre les plus belles émotions de leur carrière, et de devenir, en l’espace d’un match, d’une nuit ou d’un simple instant, de vrais héros nationaux, voire des icônes populaires.

Parenthèse enchantée mais éphémère

Mais comme Cendrillon, la parenthèse idyllique et enchantée que vivent ces trois murs de fer n’est qu’éphémère. Une fois que le chaud été nord-américain sera passé, que restera-t-il vraiment ? Le carrosse redeviendra citrouille, et ces héros d’un match retomberont dans l’anonymat et retrouveront une vie normale, loin de la gloire, du strass et des paillettes. Des fois, il suffit juste d’attendre le match suivant pour que la magie s’évapore. Demandez au portier saoudien Mohammed Al-Owais, 34 ans et neuf arrêts contre l’Uruguay (1-1) qui paraissent déjà bien lointains après en avoir mangé quatre contre l’Espagne ce dimanche.

Certains parviennent quand même à inscrire en lettres d’or leur nom dans le livre des records du Mondial. En même temps, à plus de 30 ans passés, que peuvent-ils espérer mieux ? Ces dernières années, un seul gardien a réussi à rester tout là-haut : Keylor Navas. Après un Mondial 2014 au Brésil épatant avec le Costa Rica, San Keylor avait tapé dans l’œil du Real Madrid. Au départ simple remplaçant, le Costaricien s’est imposé comme un titulaire à part entière. Et la suite, on la connaît : triplé en Ligue des champions, puis transfert au PSG… Une carrière qui a pris une tout autre trajectoire grâce à un seul mois de compétition à l’été 2014. Comme quoi, tout peut aller très vite dans le football.

Alors même si tout n’est que passager et que rien n’est éternel, ces gardiens font vivre des émotions à leur peuple, mais aussi au monde entier. Symboles de Curaçao, de l’Iran ou encore du Cap-Vert, qui sont à priori des petits Poucet de ce Mondial, Eloy Room, Alireza Beiranvand et Vozinha sont venus en Amérique pour déjouer tous les pronostics et leur propre destinée avec leurs innombrables exploits. Alors avant que minuit ne sonne et que la parenthèse féérique ne se referme, qu’ils profitent de ces instants de grâce et de lumière. Parce qu’après le générique de fin, il ne restera que les souvenirs.

Eloy Room service.
Eloy Room service.
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Par Vincent Miffon

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