Dans une rencontre plus disputée que l'on aurait pu penser, Curaçao vient d'obtenir son moment d'histoire. La plus petite nation de la compétition vient de s'offrir son premier point en Coupe du monde en cherchant des poux à l'Équateur. Ce qui ne serait jamais arrivé sans les quinze arrêts de leur portier Eloy Room.
Équateur 0-0 Curaçao
Devant notre poste à deux heures du matin, on ne s’attendait pas qu’un Équateur- Curaçao puisse nous vendre autant d’émotions. Entre une Tri qui doit impérativement gagner et une nation modeste qui en a pris sept dans la musette contre l’Allemagne, on aurait pensé que le match serait expédié. De plus, malgré le visage peinturluré de bleu du célèbre supporter curacien, on peut quand même constater un mur jaune dans toute l’enceinte de Kansas City.
Pourtant, malgré les apparences, les soldats de Dick Advocaat vont encore déjouer les probabilités. Malgré de grosses occasions équatoriennes comme un énorme face-à-face manqué par le pauvre Enner Valencia (2e), de nombreuses transitions vont perturber une équipe ayant tout misé sur sa force offensive (une fois n’est pas coutume). Les 45 premières minutes se voient très débridées, entre des actions d’école de l’Équateur qui ne trouvent que le cadre et des contres express. L’aspect tactique, on le met de côté dans le camp caribéen : tout se jouera au mental et à celui qui prendra le plus de duels. Ce qui peut expliquer le tacle deux pieds décollés de Comenencia sur Enner Valencia avant la pause, qui ne prendra pas de carton jaune.
Eloy Room-service
Pourtant, après la pause, le momentum bascule définitivement en faveur des coéquipiers de Willian Pacho. En dehors d’un gros sursaut à l’heure de jeu pour trouver les gants de Galíndez et une belle frappe de Juninho Bacuna, le jeu ressemble lentement à une attaque-défense. Qu’il s’agisse d’un magnifique centre de Preciado pour Enner Valencia ou une bastos visant la lucarne, rien n’y fait. La faute à un seul homme : Eloy Room. Portier du Miami FC (USL, D2 USA) aux côtés de son coéquipier Jürgen Locadia, le trentenaire prend un malin plaisir à écoeurer toutes les tentatives adverses. On commence à ne plus avoir assez de doigts pour compter ses parades. Au point que le sélectionneur Sebastian Beccacece perde son calme depuis son banc de touche. Caicedo, Plata, Pedro Vite… tout le monde va de son essai sans pour autant faire pencher la balance.
Désespéré, Beccacece terminera la rencontre avec trois avant-centres, pendant que Curacao fait rentrer Gervane Kastaneer, prêt à martyriser des hommes en jaunes. Les moments-clés se succèdent, même lorsque Jurien Gaari assènera un petit coup de coude dans la surface sur Enner Valencia… qui ne sera pas sifflé par l’arbitre Ma Ning. C’est sur cette dernière phase de jeu que le coup de sifflet final retentit. Les larmes coulent dans les tribunes de l’Arrowhead Stadium, l’Équateur étant condamné à la victoire contre une Allemagne déjà qualifiée pour ne pas sortir dès les poules.
De son côté, Curacao a rempli sa mission. Partir avec ses convictions, sans être couvert de ridicule, et même avec un record. Celui d’Eloy Room, à savoir le plus grand nombre d’arrêts (quinze arrêts !) dans un match de 90 minutes en Coupe du monde. Seul Tim Howard et ses seize unités contre la Belgique en 2014 fera mieux dans l’histoire. S’ils ont beau être tombés sur l’une des performances les plus surnaturelles de ce Mondial (quelques jours après Vozinha), l’Équateur ne risque pas de se remettre de ce camouflet. Autant dire qu’ils devront faire le Tri.