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Turquie : soirée chic, détail choke

Par Alexandre Lazar
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Turquie : soirée chic, détail choke

Perdue sur le terrain contre l’Australie pour son entrée en lice dans cette Coupe du monde, l’équipe nationale de Turquie est aussitôt retombée dans ses travers et ses doutes, malgré la présence en ses rangs de deux véritables joyaux techniques. Vincenzo Montella a du pain sur la planche pour remobiliser ses troupes.

Extinction des feux et bonne nuit les petits. Voilà le sentiment qui prédomine après l’entrée en matière pour le moins médiocre de l’équipe nationale de Turquie au Mondial 2026. Complètement cadenassés par une Australie solidaire, ultra-compacte, disciplinée et redoutable en transition, les hommes de Vincenzo Montella ont juste remporté la bataille de la possession et sont passés à côté de leur rendez-vous, du côté de Vancouver. Les voilà déjà dos au mur, avant de défier le Paraguay, samedi prochain. Au-delà de la faillite tactique du tacticien transalpin, qui s’est constamment enfoncé dans l’entonnoir australien, il est raisonnable de penser que les attentes autour du Millî Takım sont, peut-être, un peu déraisonnables.

Entre dépendance et obsession

Il fallait voir le convoi de près de 1 000 voitures, dépêchées par un des sponsors majeurs de la TFF (la Fédération turque de football), pour accompagner le car de l’équipe à l’aéroport d’Istanbul. Vingt-quatre ans après sa dernière participation à une Coupe du monde, bouclée sur le podium à la surprise générale en 2002, l’engouement était au rendez-vous pour un public turc chauffé à blanc, le palpitant en ébullition, avant la rencontre face aux Socceroos. Sur le terrain, là où la maîtrise des émotions est gage de réussite, il semblerait que l’excès de confiance ait été au rendez-vous pour les coéquipiers d’Hakan Çalhanoğlu – le capitaine, d’ailleurs systématiquement obligé de venir récupérer des ballons au niveau de ses défenseurs centraux. Pire, la Turquie a paru désarçonnée par l’extrême solidité affichée par le onze venu de l’Outback (ainsi que ses remplaçants), voire dénaturée.

Bien moins combatifs en cette entame de tournoi que lors du dernier Euro, où ils se sont hissés jusqu’en quarts de finale, les Ay-Yıldızlılar n’ont eu aucune réplique, incapables d’assiéger l’assise adverse ou de multiplier les temps forts, et se sont heurtés à un mur de glace. Point intéressant, le coach Montella ne semble pas y voir de problème : « Sur le plan tactique, le match s’est déroulé comme nous l’avions prévu. Nous sommes très déçus du résultat, mais mes joueurs ont reflété un esprit d’équipe. Si nous continuons à le faire, nous obtiendrons les résultats que nous souhaitons  », s’est-il exprimé en zone mixte, à l’issue du cinglant revers.

Après tout, la seule chose à l’unisson entre les joueurs turcs pendant la rencontre, c’était bien leurs mines déconfites et leurs regards incrédules. À ce titre, Kerem Aktürkoğlu représente sans doute à lui seul l’impuissance collective du Millî Takım. Sur le terrain pendant près de 85 minutes, l’ailier de Fenerbahçe a eu le rôle du ballon de volley de Tom Hanks dans le film Seul au monde et n’a touché son premier ballon qu’à la… demi-heure de jeu. Pris en tenaille entre les centraux australiens et notamment visé par les centres imprécis de Barış Alper Yılmaz, par ailleurs incapable de faire une seule différence par le dribble et sorti à la pause, Kerem (1,73 mètre seulement) a une nouvelle fois été aligné en position de numéro 9. Quand bien même Can Uzun, scotché sur le banc alors qu’il est en constante progression en Bundesliga, et Deniz Gül, qui a joué 9 minutes, à tout casser, auraient été bien plus à même de remplir ce rôle face aux grandes tiges australiennes. Une « obsession » de Montella ? Seul l’ancien entraîneur de la Fiorentina a la réponse.

Montella sans génie(s)

Il a ses mérites, comme celui d’avoir ramené la Turquie parmi les nations respectables du continent, elle qui ne loupe plus les compétitions internationales aussi facilement, mais l’Italien n’est pas parvenu à effacer une habitude ; celle d’une équipe qui, lorsqu’elle est à côté de la plaque, ne sait pas adapter son plan tactique et s’en remet à un coup de génie d’Arda Güler ou de Kenan Yıldız pour sauver sa tête. Manque de chance (ou pas), pour son baptême du feu au Mondial, Arda était tout aussi peu inspiré que ses compères, multipliant les enroulés lointains sans conviction. Pour Yıldız, qui a loupé la fin de saison de la Juventus à cause d’une lésion fibreuse au mollet, et était attendu plutôt à partir du deuxième match, le constat est un peu différent. Entré à la pause face à l’urgence de la situation, le dribbleur en série turc a été victime d’une prise à deux constante et ses frappes – à l’exception d’une seule – se sont écrasées dans une guibole australienne.

Malgré une série d’invincibilité depuis novembre (à relativiser en raison des adversaires), en barrages, déjà, la Turquie s’était qualifiée sans convaincre, sur le plus petit des scores contre la Roumanie, puis le Kosovo. Dans les deux cas, les Ay-Yıldızlılar s’en étaient sortis grâce à la forme d’Arda (auteur d’une passe décisive lumineuse pour Ferdi Kadıoğlu contre la Roumanie) et Kenan (étincelant dans les deux rencontres), masquant une animation stéréotypée et une défense chaotique. Une fois que les deux atouts charmes n’y arrivent pas, les solutions de repli sont trop peu nombreuses. Comme un symbole, pour « forcer la décision  », Montella a introduit Mert Müldür et Salih Özcan, deux joueurs décriés au pays, au lieu de miser sur des attaquants et de jouer son va-tout.

Le passage dans l’axe d’Arda Güler est arrivé trop tard, une fois que les espaces s’étaient encore raréfiés. Finalement, la plus grosse situation turque restera cette frappe lointaine sur le montant droit de Patrick Beach signée Abdülkerim Bardakcı, en première période… pas vraiment son rôle. Si la qualification n’est pas encore perdue pour la Turquie, c’est une autre équipe en quête de rachat, le Paraguay, qui se dresse sur son chemin dans moins d’une semaine. Or avant d’être laminés par les hôtes américains, les hommes de Gustavo Alfaro avaient eux aussi la réputation d’une défense particulièrement hermétique. Gare à la sortie de route précipitée…

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Par Alexandre Lazar


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