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Demain ne meurt James

Par Arsène Belgodère-Soria
5' 5 minutes
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Demain ne meurt James

Deux James Rodríguez coexistent. Celui du Mondial 2014, meilleur buteur de la compétition et machine à bombazos, et son fantôme. Peu transcendant contre l’Ouzbékistan, James Rodríguez interroge sur sa réelle capacité à porter les Cafeteros lors de ce Mondial. Jusqu’à quand ?

Nous, émotifs et amoureux du beau football, avons tous en mémoire ce 28 juin 2014 où James Rodríguez illuminait le Maracanã d’un superbe enchaînement : contrôle de la poitrine, reprise de volée millimétrée et frappe pure, Fernando Muslera est battu. Pour la première fois de son histoire, la Colombie rejoignait les quarts de finale d’un Mondial. Douze ans plus tard, lors de l’entrée en lice des Cafeteros contre l’Ouzbékistan, et au crépuscule d’une carrière pas exactement à la hauteur de son talent, James Rodríguez laissait jaillir les larmes au moment d’entonner l’hymne colombien. Nous aussi, parce qu’on commence à se faire à l’idée que James ne pourra plus jamais refaire ce genre de dingueries.

Qu’est-ce qui est jaune et qu’on attend ?

Dans la belle équipe qu’était l’AS Monaco des années 2010, on aurait tous juré que ce Colombien au jeu chaloupé et au pied gauche magique allait devenir un grande jugador. Ça, c’était compter sans un corps beaucoup trop fragile pour durer au plus haut niveau. Depuis la Coupe du monde 2014, le natif de Cúcuta aura connu pas moins de 41 blessures et raté au passage un total de 146 matchs. Un crève-cœur, d’autant plus qu’il avait réussi à s’imposer au Real Madrid pour sa première saison avec les Merengues, signant un très bon bilan de 17 buts et 18 passes décisives en 45 matchs. La suite sera moins convaincante, et laisse place à un tour du monde : Allemagne, Qatar, Angleterre, Brésil, Mexique… Pour ne rien gâcher, les tuiles tombent en pagaille : menacé par l’ICE en début d’année, agressé deux fois au Mexique, hospitalisé pour déshydratation… Bref, une carrière qui ressemble à un long chemin de croix.

Pourtant, au milieu de cet océan de déception, une île : la sélection. Car James Rodríguez a réussi pendant tout ce temps à rester très régulier avec la sélection. Très clairement, James est vite devenu à la Colombie ce qu’est Lionel Messi à l’Argentine. La star redevenait mystérieusement, le temps des rassemblements, le joueur qui avait éclaboussé la planète foot de son talent en 2014. Exit les blessures et les gaffes, il portait une équipe colombienne clairement devenue James-dépendante. Un exemple ? Lors de la dernière Copa América, l’homme aux 127 sélections délivre 6 passes décisives, porte les siens jusqu’en finale et est élu meilleur joueur de la compétition.

Je jouerai jusqu’à en être handicapé avec la sélection colombienne.

James Rodríguez

Cependant, les miracles ne durent jamais éternellement. Car depuis cette Copa, le James étincelant semble avoir laissé place à son fantôme. Peu en vue contre l’Ouzbékistan, match au cours duquel il n’a remporté aucun de ses duels joués, le joueur colombien était déjà apparu très emprunté physiquement contre la Croatie et la France au mois de mars. Pire, contre les Bleus, sa faiblesse dans les duels contre la défense française et plus particulièrement contre Lucas Hernandez avait marqué. Deux matchs amicaux où la sélection colombienne était passée à côté de son sujet. Et avait donc joué à 10 avec un James Rodríguez amorphe.

Une page à tourner

Au média espagnol AS, il déclarait en 2016 : « Je jouerai jusqu’à en être handicapé avec la sélection colombienne. » Sauf que toute personne qui a déjà fait du foot le sait : c’est bien beau de jongler, mais si vous ne courez pas, vous risquez sévèrement de pénaliser votre équipe. D’autant plus que la Colombie n’est ni l’Argentine ni le Portugal : mis à part Luis Díaz et, dans une moindre mesure, Luis Suárez, l’effectif colombien n’est pas en mesure de pallier de tels manques et de faire reposer toutes ses espérances sur des coups de génie d’un joueur qui n’en est plus un. Si bien que la Colombie s’accroche au fantasme du James Rodríguez de 2014. Si ça avait pu marcher par le passé, il y a bien un moment où ça coincera. Un constat partagé par de nombreux journalistes colombiens. Après les matchs contre la Croatie et la France, le consultant et ancien footeux Jorge Bermúdez déclarait à ESPN Colombia à propos du joueur : « Je ne peux pas me casser les jambes pour lancer la balle à un joueur qui ne peut pas courir. » Dur mais réaliste.

Habituellement titularisé en attaquant droit et, quelquefois en numéro 10, Rodríguez a été suppléé par Jaminton Campaz à la 72e minute du match colombien contre l’Ouzbékistan. Bingo : celui-ci a multiplié les appels et marqué le but du 3-1. Joueur de rotation au Rosario Central, où il se montre souvent décisif, Campaz ne sera sûrement pas le facteur X de la sélection colombienne pour ce Mondial ou pour les années à venir, mais jouer à onze, c’est toujours mieux que de jouer à dix, demandez à nos amis portugais.

Derrière Campaz, visiblement second dans la hiérarchie derrière Rodríguez, on retrouve entre autres Juan Fernando Quintero, ancien joueur du Stade rennais, et éventuellement Jorge Carrascal, peu utilisé en sélection. Pas de quoi rêver, mais sûrement plus cohérent pour une équipe colombienne qui, au vu de sa qualité actuelle, ne peut plus se permettre de se reposer sur ses individualités pour briller. Et ça, Luis Díaz l’a très bien compris : buteur et passeur décisif contre l’Ouzbékistan, l’attaquant du Bayern a également multiplié les retours défensifs tout en étant omniprésent sur le front de l’attaque colombienne. Au risque de remplacer une dépendance par une autre ?

Footox, le podcast de la rédaction de So Foot, vous spoile Colombie-RDC !

Par Arsène Belgodère-Soria

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