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France-Espagne : don't stop the patrie

La France ne célèbre pas simplement sa fête nationale, ce mardi : elle a aussi rendez-vous en demi-finales de Coupe du monde, à Dallas, dans une revanche face à l'Espagne. Loin des discours de haine qui la suivent de semaine en semaine.
Kylian Mbappé, le nez encore marqué par sa rencontre avec un panneau LED, envoyant une chiche bien au-dessus de la cage d’Unai Simón, directement dans le virage bleu de la Munich Arena. C’était il y a deux ans, quasiment jour pour jour, et c’est la dernière image que l’on a de l’équipe de France dans un grand match, un vrai, de ceux qui sentent la poudre et le chaos. Les Bleus arrivaient au bout d’un parcours qui n’avait jamais vraiment débuté, l’Espagne – avec Jesús Navas couloir droit et Nacho en charnière – partait pour aller soulever la coupe aux petites oreilles, et un tourbillon de quatre minutes – une feinte de Lamine Yamal sur Adrien Rabiot, une autre de Dani Olmo sur Aurélien Tchouaméni – avait suffi à plier l’affaire (2-1). Une époque où Randal Kolo Muani faisait partie du circuit international – il reste le seul joueur à avoir scoré lors des trois dernières demi-finales disputées par les Bleus, dont deux face à l’Espagne –, où Ousmane Dembélé avait encore la gueule du talent gâché, où N’Golo Kanté et Theo Hernández n’étaient pas encore rouillés, où Michael Olise n’existait pas. Une époque, surtout, où la France ne faisait plus peur.
Depuis ? « Il y a eu beaucoup de changements. Ce sont des matchs qui nous servent. On est prêts à prendre notre revanche », a soufflé Warren Zaïre-Emery, lundi après-midi, au coeur d’une soucoupe volante nommée AT&T Stadium et encore jamais empruntée par les Tricolores. Le Titi parisien – déjà présent en 2024, du moins sur les feuilles de match – n’est désormais plus puceau en compétition internationale, et c’est loin d’être la seule dissemblance entre les deux dates. Oui, comme lors de quatre des cinq derniers grands tournois auxquels elle avait pris part précédemment, la France est inscrite dans le dernier carré. Mais la dynamique, la tronche de cette équipe – on parle des hommes, pas des noms – et le chemin pour en arriver là n’ont, pour ainsi dire, rien à voir avec la campagne menée outre-Rhin il y a 24 mois.
Craindre ou être craint
Depuis son arrivée aux US, cette sélection a crée quelque chose qui, quoi que fasse ce mardi le pied gauche de Lamine Yamal, restera. De Boston à Philadelphie, du Sénégal au Maroc, du déluge au cagnard, elle a fait face à tous les types de scénario, tous les types d’adversaire. Sauf, bien sûr, une vraie bête capable de la réduire à néant : s’il existe réellement, ce bourreau ne pourra être que l’Espagne – cette équipe qui avance, tour après tout, grâce au flair de Mikel Merino passé la 87e minute –, ou bien l’Angleterre et l’Argentine. Mais il est d’usage de prendre les matchs les uns après les autres, et cette demi-finale est déjà symboliquement exceptionnelle : jamais, dans son histoire, l’équipe de France n’avait eu l’occasion de se produire un 14 juillet, jour de sa propre fête nationale. Une triste coïncidence aura voulu que cela tombe pour les commémorations du dixième anniversaire de l’attentat de la promenade des Anglais, sobrement évoqué par Jules Koundé lundi – matin, cette fois – dans les sous-sols d’une université méthodiste de la banlieue de Dallas.
On m’a demandé si la France me faisait peur et j’ai dit que non, qu’aucun match ne me faisait peur.
L’avant-match de ce France-Espagne n’a pas offert que des bons enseignements. Vingt-deux ans après Luis Aragonés, une semaine après Celeste Amarilla, le racisme a rappelé qu’il pouvait venir de tout en haut, vendredi, lorsque Mariano Rajoy – rien d’autre que l’homme qui fut à la tête du gouvernement espagnol entre décembre 2011 et mai 2018 – a pris la plume sur le sombre eldebate.com pour détailler sa pensée fétide concernant la composition de l’équipe de France. Une chronique – évidemment condamnée de tous les côtés – malheureusement toujours consultable en ligne, mais que l’on invite à ne pas consulter. C’est simple : on pourra bientôt compter les pays chez qui le passage des Bleus n’a pas engendré un tourbillon de haine. Une victoire française, un 14 juillet, avec des buts de Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé, serait sans doute la meilleure des réponses à apporter.
Dans ce chahut, on préférera largement retenir les friponneries de Yamal (« Si la France a quelqu’un à craindre, c’est bien nous ») ; les Bleus passés au micro ont soigneusement évité un éventuel guet-apens, rappelant simplement qu’ils n’avaient « peur de personne » et que le match ne se disputerait « pas sur les réseaux sociaux ou dans les médias ». Le Barcelonais, qui avait décidé de monter sur l’estrade en veille de match pour fêter ses 19 ans, exhiber ses chaînes en diamants et parler de « match le plus important de (sa) carrière », est resté sur ses positions : « Ça n’a pas été mal interprété. On m’a demandé si la France me faisait peur et j’ai dit que non, qu’aucun match ne me faisait peur », a lâché le bambin, dont on attend encore le climax dans cette Coupe du monde.
Le magnifique discours de Franck Raviot à l'occasion de son anniversaire 🥹
Notre entraîneur des gardiens adresse un message fort aux Bleus avant la dernière ligne droite de la Coupe du monde 🙌
Joyeux anniversaire, Franck ! 💙 pic.twitter.com/H3rjaLaVJc
— Equipe de France ⭐⭐ (@equipedefrance) July 13, 2026
Vingt-quatre heures plus tôt, c’est dans la tendresse que Franck Raviot avait lui décidé d’éteindre ses bougies : « On dit toujours que le meilleur reste à venir. Vous méritez de connaître le meilleur. Alors soyez forts, encore, plus que jamais, tous ensemble, pour connaître le bonheur », larmoyait face à son groupe l’entraîneur historique des gardiens de l’équipe de France, dressant les poils de nos Bleus dans une séquence qui, en fonction de la suite des événements, n’aura pas de mal à entrer à la postérité.
Pour rappel, la revanche de 2025, match anecdotique et sans queue ni tête en Ligue des nations (5-4), n’en avait pas été une. La rencontre avait surtout été marquée, côté bleu, par la masterclass de Rayan Cherki, en lévitation pour sa première entrée chez les A mais malheureusement sorti du banc un poil trop tard. Si vous avez des nouvelles du joueur de Manchester City – celui qui fait des choses avec ses pieds, pas celui qui enfile des chapeaux marrants –, merci de vous manifester.
Les Bleus vont enfin jouer au fraisPar Jérémie Baron, à Dallas

















































