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Cherki, matchs à l'ombre

Par Jérémie Baron, aux États-Unis
4' 4 minutes
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Cherki, matchs à l'ombre

Censé avoir son rôle à jouer dans ce qui ressemble à la meilleure attaque du Mondial, Rayan Cherki est pour le moment sous-utilisé par Didier Deschamps, et sous-performant lorsqu'il sort du banc. Un simple retard à l'allumage, pour le môme de 22 ans ?

De l’autre côté des Pyrénées, on appelle ça une croqueta. Parce que lorsqu’elle est réalisée par les plus grands, réduire ça à un banal double contact serait une insulte à leur œuvre. Le 4 juin dernier à Nantes, Rayan Cherki a donc donné une petite leçon d’espagnol à Seko Fofana, mettant hors service le compacteur ivoirien avec un va-et-vient, entre deux rebonds, pour s’ouvrir une meurtrière et aller toucher le petit filet opposé. Un dribble sur un pas, impossible à imaginer pour les 33 635 autres personnes présentes à la Beaujoire ce soir-là, et une performance globale qui aurait pu annoncer de très grandes choses les semaines suivantes, pour l’homonyme de Pascal. C’était sa quatrième titularisation en bleu – lui qui avait fêté sa première cape 364 jours plus tôt, en trombe, face à l’Espagne –, et c’est toujours la dernière en date : s’il est bien apparu lors de chacun des trois matchs de poules de l’équipe de France dans ce Mondial, le pélo n’a cumulé que cinquante vulgaires minutes entre New York, Philly et Boston. Cinquante minutes assez creuses, de surcroît.

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Ses highlights depuis l’atterrissage dans le Massachusetts ? Son arrivée à toute berzingue à l’entraînement des Bleus, dans la voiturette pilotée par Michael Olise – un banger sur TikTok –, ou ses moments de complicité avec le collègue et homie Erling Haaland, avant et après Norvège-France – un banger sur Instagram. Ce jour-là, le Viking n’est pas sorti du banc, et le Gone n’est pas sorti de l’ombre. Entre deux cirages de banc, Cherki se contente de régaler sur les terrains de la Bentley University, à Waltham. Surtout quand les caméras et smartphones sont à portée de tir.

« On sait qu’il est prêt »

Samedi, au lendemain de son entrée tiédasse face aux pêcheurs de saumons, Cherki a d’ailleurs été le plus investi, à l’entraînement des coiffeurs, exultant lors de la victoire de son équipe sur la mini-opposition, pestant à chacun de ses ratés, soignant évidemment ses skills côté journalistes, donnant de la force à Robin Risser à chacun des (beaux) arrêts du Lensois (« Oui mon Roro ! ») et prolongeant sa séance, après le retour aux vestiaires de ses équipiers, seul face au but vide, à enchaîner les frappes des deux pieds et répéter ses feintes.

Tout comme Olise a mis 45 minutes à rentrer dans son Mondial – pour Ousmane Dembélé, c’était huit ans – Cherki cherche encore l’interrupteur. On est pour le moment loin du joueur qui avait annoncé traverser l’Atlantique pour « écraser tout le monde » avec ses copains : c’était à la bonnette de TF1, au soir de la défaite contre les Éléphants (1-2), et cela avait causé quelques turbulences au château de Montjoye. Notons toutefois que son tournoi aurait déjà pu prendre un autre tournant, le 22 juin au Lincoln Financial Field, avec cette passe Cherkiesque – une louche inventée d’on ne sait où, encore une fois – à la 80e minute de France-Irak, que Kylian Mbappé a malheureusement envoyé aux oubliettes. Face aux Lions de Mésopotamie, il eut plusieurs gestes de classe comme celui-ci, sans réussir à marquer la fin de rencontre de son empreinte. Forcément déceptif, donc, au vu des attentes suscitées.

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Rayan Cherki n’a que 22 ans, mais ce n’est plus un enfant, surtout au vu d’un parcours rapidement devenu hors du commun. Rappelons qu’après son premier exercice chez les Britons, le voilà nommé par la PFA (association des footballeurs pros anglais) parmi les candidats aux titres de meilleur joueur de Premier League d’un côté, et de meilleur jeune de l’autre – le verdict tombera le 25 août. Joueur jouissif, personnage assurément attachant – les lecteurs de So Foot le savent, les aficionados du YouTube de la FFF aussi –, Cherki est avant tout une bénédiction pour ce groupe France. « C’est quelqu’un qui ne se prend pas la tête, il est très nature, rappelait son pote de longue date, Malo Gusto, il y a deux semaines. On sait la qualité qu’il a et ce qu’il peut apporter à l’équipe, c’est un plaisir. On sait qu’il est prêt. » Mardi, les Bleus disputent un seizième de finale, nouveauté imposée par ce format à 48 équipes. Le Lyonnais a de la chance : le chemin est encore long.

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