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Dani Olmo : « Si tu ne cours pas, tu ne gagnes pas »

Par Javier Prieto Santos, à Leipzig
18' 18 minutes
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Forgé en Croatie, avant d’être un rouage essentiel du gegenpressing du RB Leipzig et de revenir au Barça, Dani Olmo est toujours un facteur X de la Roja. En 2024, avant le sacre espagnol à l’Euro, il avait accordé un long entretien à So Foot que nous publions à nouveau avant France-Espagne. Interview avec un n°10 plein de ressources.

Comme Xavi, tu es né à Terrassa, en banlieue de Barcelone. Il y a quoi dans l’air là-bas pour que vous ayez fini pros ?

C’est une ville très sportive. On a un super club de natation, les équipes de waterpolo féminines et masculines ont toujours performé et je crois qu’on n’est pas mal non plus en basket et en hockey sur gazon. À son échelle, Terrassa a toujours été très branchée sur la compétition, donc ce n’est pas un hasard que cette ville et ses alentours soient le berceau de joueurs de la dimension de Xavi, Busquets (né à Sabadell, ville voisine de Terrassa) ou Albert Luque (ancien joueur du SuperDepor devenu par la suite DTN de la fédé espagnole). Évidemment, c’est aussi celui de mon père, et le mien. Quand j’étais gosse, j’avais toujours un ballon dans les pieds. Avec mon frère Carlos, on était comme Olive et Tom, on passait notre temps à jouer au foot. Il a deux ans de plus que moi, donc il faisait comme tous les aînés : il envoyait son petit frère aux cages. Ça a changé quand j’ai pris ma première licence en club. (Il sourit.)

Tu as très vite intégré l’académie de l’Espanyol, puis celle du Barça, avant de finir ta formation au Dinamo Zagreb. Pourtant, quand on te regarde, on n’a pas l’impression que tu sois un joueur formaté.

Je suis une sorte d’hybride. Le Barça et le Dinamo ont été des étapes fondamentales dans ma construction, mais si je devais me définir, je dirais que je suis un joueur de rue. Dans une académie, tu apprends énormément, mais jouer dans la rue, dans des parcs ou à la plage, c’est aussi très formateur. Ça t’aide à peaufiner la technique, à avoir d’autres automatismes… Ce que tu apprends dans la rue, ça reste pour toujours.

Ton père Miquel a grandement participé à ta construction. C’est une légende du football amateur catalan. Il a entraîné des clubs de seconde division, Sabadell et Girona, mais sa carrière de joueur et de coach s’est surtout résumée au foot d’en bas. Est-ce que quelque part tu n’es pas le fruit de sa frustration ?

Pas du tout. C’est vrai qu’il a commencé tout en bas, mais il a su gravir des échelons. Il a joué et entraîné dans son club de cœur, le Terrassa FC, et il a même été à deux doigts de faire monter Sabadell en première division. Il n’a jamais entraîné en Liga, mais il a eu une bonne carrière. Et le fait qu’il soit coach m’a évidemment aidé. Il a toujours été de bon conseil.

Lesquels te donnait-il en particulier ?

C’est très cliché, mais il m’a toujours dit de jouer au foot pour m’amuser. Pour lui, avoir le sourire sur le terrain et être performant, ça n’est pas incompatible. Et il a raison. Si tu ne prends pas de plaisir, comment peux-tu bien faire les choses ? Sur le terrain, le plus important c’est de kiffer, surtout quand on est jeune.

Avec le ballon, les possibilités de jeu sont infinies. Tu peux défendre en faisant tourner, attaquer, imposer ton rythme… Sans lui, tu n’as qu’une seule alternative : défendre”

Dani Olmo

Avoir un père coach, c’est comme avoir un parent prof, ça peut être chiant, non ?

(Rires.) Franchement, ça va. Il était exigeant, mais il ne dépassait jamais les bornes. Et puis, j’ai mon petit caractère, il sait très bien comment je suis et ce qu’il peut me dire ou pas.

En France, on a des « projets Mbappé ». Des parents qui s’improvisent coachs pour que leurs enfants deviennent absolument pros. Il était dans cette logique-là, ton père ?

Si je suis devenu professionnel, c’est en partie grâce à lui et au reste de ma famille. Comme tous les parents, il me faisait des débriefings… Mais il ne m’a jamais fait pleurer après un mauvais match ou un mauvais contrôle. Je jouais sans pression. Le vrai problème, ce sont ceux qui se prennent pour des entraîneurs alors qu’ils n’ont aucun diplôme. Comme ils font partie du panorama du football depuis toujours, on a banalisé leur comportement, mais il faudrait que ça change… Ce n’est pas normal que des adultes souffrent plus que leurs enfants. La seule chose qu’ils vont réussir, c’est les dégoûter du football.

Tu avais 16 ans quand tu as rejoint le Dinamo Zagreb. Tu es parti avant que le Barça ne te montre la porte de sortie ?

J’aurais pu rester à la Masia, mais le Dinamo m’a présenté un projet qui m’a donné envie de les suivre. Les dirigeants avaient confiance en moi, et à l’époque, je n’ai pas noté que le Barça comptait autant sur moi.

C’est quand même bizarre de s’expatrier en Croatie à 16 ans, non ?

Il y en a qui n’ont pas compris mon choix, mais le Dinamo a toujours été une très grande école de foot. Ils ont toujours misé sur les jeunes. À Zagreb, j’ai joué avec Gvardiol, Ivanusec, Majer, Borna Sosa. Aujourd’hui, ils jouent tous dans des grands clubs et ils sont tous internationaux. Aller en Croatie aussi jeune et m’entraîner avec des joueurs qui avaient disputé des Coupes du monde et des Euros m’a fait mûrir et progresser plus vite. J’ai beaucoup appris dans le championnat croate. Il n’est pas très réputé, mais c’est une compétition très exigeante, très intense. En tout cas, plus que tout ce que j’avais connu précédemment.

 

Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, tu as une tête de Croate, des dribbles de Croate, et même une frappe de balle de Croate.

(Rires.) En Croatie, on me surnommait Dani Olmic ! J’aime bien ce surnom, ça montre que je me suis adapté à ce pays. Pour ce qui est de la frappe de balle, je l’ai héritée de mon père, même si c’est vrai que je l’ai perfectionnée à Zagreb. En Espagne, j’avais toujours évolué sur le côté ou en pointe, mais au Dinamo j’ai été repositionné en tant que numéro 10. Mon rôle, c’était avant tout de casser des lignes pour mes coéquipiers, mais on m’incitait aussi à tenter ma chance de loin.

Malgré ses quatre millions d’habitants, la Croatie est toujours très compétitive dans les sports collectifs. Tu l’attribues à quoi ?

C’est un petit pays par la taille, mais c’est une très grande nation de sport. Quelque part, ils sont un peu comme nous, à Terrassa. Ils ont une intelligence de jeu innée, mais aussi une mentalité différente. Ils ont un très très gros caractère, ils détestent perdre. Ce sont des compétiteurs incroyables et c’est ce qui explique qu’ils soient toujours très difficiles à battre. Notre premier match à l’Euro, ce sera contre eux. Pour moi, c’est toujours particulier de les affronter parce que j’ai beaucoup de respect et d’affection pour ce pays.

Il paraît que tu as failli porter le maillot à damier. C’est vrai ?

Oui, la fédération croate a tenté de me convaincre pour que je fasse la Coupe du monde 2018 avec eux, mais à ce moment-là Luis de la Fuente m’a « recruté » pour l’Euro U21. Mon ambition a toujours été de jouer avec l’Espagne, donc je lui serai toujours reconnaissant de la chance et de la confiance qu’il m’a accordées.

La Croatie a Modrić, le Portugal a CR7, l’Angleterre a Jude Bellingham, et la France a Mbappé. En revanche, l’Espagne ne compte aucun grand crack dans ses rangs alors que le football a de plus en plus tendance à être un sport individuel (depuis l’interview réalisée en 2024, Lamine Yamal s’est révélé, NDLR). Comment l’expliques-tu ?

Parce que quoi qu’on en dise, le football reste avant tout un sport collectif. Tu peux avoir le meilleur joueur du monde, il ne peut pas te faire gagner tout seul. On l’a vu à la Coupe du monde 2010. Messi et Ronaldo étaient déjà là, mais finalement c’est l’Espagne qui l’a emporté. Dans cette équipe, il y avait Iniesta, Xavi, Busquets, Sergio Ramos, Puyol, Casillas… Pff… Que des joueurs incroyables ! Et pourtant, il n’y en a pas un qui tirait la couverture à soi. Ils étaient tous au service du collectif. On doit s’inspirer d’eux. On n’a peut-être pas de Messi ou de Cristiano Ronaldo, mais ça ne nous a pas empêchés de gagner la Ligue des nations. Récemment, on a aussi fait un très bon match contre le Brésil (3-3)… On peut rivaliser avec n’importe qui.

Certes, mais depuis 2012 et sa dernière victoire à l’Euro, l’Espagne n’arrête pas de mourir avec ses idées dans les grandes compétitions. Ce sera aussi le cas en Allemagne (la réponse fut non, NDLR) ?

On est peut-être plus verticaux que par le passé, mais l’idée de jeu reste la même : avoir le ballon, attaquer les espaces, faire bouger l’adversaire, le fatiguer… On a plein de clés en mains pour dominer et remporter des matchs. Et puis on a des joueurs capables de développer le modèle de football qui nous plaît… Alors pourquoi changer une philosophie de jeu qui nous a procuré plus de joies que de peines ?

Peut-être parce que les dernières grandes compétitions ont souvent été remportées par des équipes qui pratiquaient un jeu direct, sans grande ambition esthétique. Tu n’as pas peur que le football de possession pratiqué par la Roja soit devenu obsolète ?

Manchester City a tout remporté l’an dernier, donc c’est bien la preuve que gagner en ayant le ballon reste toujours possible. Moi, je respecte tous les styles de jeu, chacun fait en fonction de ses envies, de ses qualités et de ses moyens, mais à part les défenseurs centraux, il n’y a pas un joueur qui te dira qu’il préfère défendre plutôt que d’avoir le ballon. Naturellement, tu ne peux pas toujours l’avoir entre les pieds et dans ces cas-là, il faut savoir défendre intelligemment. Mais s’il est en ta possession, l’équipe adverse ne peut pas t’attaquer. Avec le ballon, les possibilités de jeu sont infinies. Tu peux défendre en faisant tourner, attaquer, imposer ton rythme… Sans lui, tu n’as qu’une seule alternative : défendre.

C’est pourtant avec cette alternative et un bloc bas que le Maroc vous a éliminés lors du dernier Mondial…

Dans le football, la ligne entre l’échec et le succès est très fine… Et à ce niveau-là, tout est une question de détails. Si le ballon de Sarabia était rentré au lieu de taper le poteau, on ne serait pas allé aux tirs au but et notre Mondial aurait été différent… Je reste persuadé qu’on avait une sélection pour viser plus haut, mais l’essentiel c’est qu’on ait appris de nos erreurs. C’est une mésaventure qui nous a fait grandir.

 

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Lors du Mondial, Luis Enrique ne jurait que par la possession de balle. Il n’avait pas de plan B. C’est différent avec Luis de la Fuente ?

Encore une fois, la philosophie de jeu reste la même, mais chaque entraîneur apporte son petit grain de sel, c’est normal. Luis de la Fuente nous demande d’être plus directs, d’attaquer encore plus les espaces. Avec lui, il y a aussi plus de phases de contre-attaque. Même son système est différent de celui de Luis Enrique. Au milieu, par exemple, on joue avec un double pivot et un mediapunta (un numéro 10) : en l’occurrence, moi. C’est là où je me sens bien. Il me connaît à la perfection, il sait où je peux être efficace.

Tu évolues au RB Leipzig, un club qui a infusé sa philosophie de jeu un peu partout. Résultat, les matchs se limitent bien souvent à des pressings et des contre-pressings. Les joueurs courent tout le temps avec une intensité folle, mais on a aussi l’impression qu’ils voient flou dès qu’ils ont le ballon dans les pieds…

(Rires.) Je me considère comme un joueur travailleur, et quand tu n’as pas le ballon, il faut aider l’équipe en courant ou en se replaçant. C’est quelque chose d’essentiel aujourd’hui. Il y a quand même eu une évolution dans notre jeu depuis l’arrivée de Marco Rose. On ne se contente plus de chercher la verticalité à tout prix. On a beaucoup plus de phases de possession de balle. Disons que c’est un peu plus posé qu’avec Nagelsmann. C’est un mix qui me va bien.

Dans le football, le seul qui peut se permettre de marcher, c’est Messi. Les autres n’ont pas d’autre choix que de faire des efforts sans ballon.

Dani Olmo

Avant d’être l’entraîneur du Barça, Xavi disait que les joueurs avaient déjà atteint le top de leur capacité physique et qu’il fallait désormais muscler leur QI foot. C’est un vœu pieux selon toi ?

C’est vrai qu’il y a plus de profils athlétiques que techniques… Le football évolue, mais son essence n’a pas disparu. Gavi et Pedri, par exemple, ce sont des joueurs à l’ancienne. Ils sont très techniques. Ils régalent tout le monde.

Le problème, c’est que toi, Pedri et Gavi jouez souvent à contre-emploi. Tu ne te dis pas qu’en courant moins, vous régaleriez plus ?

Mais aujourd’hui, si tu ne cours pas, tu ne gagnes pas ! Dans le football, le seul qui peut se permettre de marcher, c’est Messi. Les autres n’ont pas d’autre choix que de faire des efforts sans ballon. Et si tu ne les fais pas, crois-moi, l’équipe adverse saura en profiter.

On ne peut pas dire que tu marques beaucoup, mais dès que tu en mets, ils finissent sur Youtube. Comment fabriques-tu tes golazos ?

Il faut de la technique, du timing, mais c’est aussi une question de visualisation et de mémorisation. Le but que je mets contre le Brésil (petit pont de l’exter’ sur Beraldo enchaîné avec un double contact sur Bruno Guimarães, puis un tir en lucarne), j’ai été dans cette situation un paquet de fois. Lamine (Yamal) m’a fait une très bonne passe et je me suis retrouvé dans la surface. C’est une zone où tu n’as pas le temps de réfléchir, il faut activer le pilotage automatique. Donc quand j’ai vu que Morata était trop loin pour que je puisse le toucher, j’ai tenté le un-contre-un, et c’est passé.

Tu analyses tes buts ?

Bien sûr. Et je regarde aussi les tentatives qui n’ont pas fini au fond des filets. Quand je suis devant mon écran, je me dis : « Mais pourquoi je me suis pas retourné ? Pourquoi je n’ai pas plus provoqué le défenseur ? Pourquoi je n’ai pas tenté ça… » Je me pose de moins en moins de questions, ceci dit. Avec le temps, j’ai emmagasiné pas mal d’expérience, donc je réfléchis moins à ce que je dois faire sur le terrain. Ça vient tout seul.

C’était qui ton modèle dans le foot ?

Petit, j’étais attaquant, j’avais les cheveux longs, donc j’aimais beaucoup Diego Forlán. Je le trouvais vraiment très fort. Quand on m’a replacé au milieu de terrain, j’ai évidemment analysé ce que faisait Andrés Iniesta. Et puis quand je suis devenu pro, j’ai arrêté de regarder les autres. Tout ce que je voulais, c’était me mesurer à eux.

 

Avant de prendre les rênes de l’équipe première, Luis Enrique était l’entraîneur du Barça B. Il savait que tu existais quand tu étais à la Masia ?

Pas du tout ! (Rires.) J’avais pris une photo avec lui quand j’étais jeune. Je lui ai montré quand on s’est retrouvés en sélection, mais il ne s’en souvenait pas non plus. (Rires.)

Luis Enrique, quand tu es sous ses ordres, tu as l’impression que tu n’as pas de limites. Il te met tellement de trucs dans le crâne que tu es persuadé que tu vas tout casser quand tu entres sur la pelouse.

Dani Olmo

Tout le monde s’accorde à dire que tu étais le joueur qui interprétait le mieux ses consignes lorsqu’il était le sélectionneur de la Roja. Vous aviez une relation spéciale ?

Pour moi, c’était l’entraîneur parfait. Je le comprenais à la perfection, il avait un discours très direct, très clair. L’avoir comme entraîneur est vraiment une expérience enrichissante.

Mais il est fou ou pas ?

Pas du tout ! Il est perçu comme ça en France ?

Disons qu’il ne laisse pas insensible. Il n’arrête pas de dire aux journalistes qu’ils ne comprennent rien au foot.

(Il explose de rire.) C’est du Luis Enrique tout craché. Il est comme ça tout le temps, même avec ses joueurs. Il ne peut pas s’empêcher de taquiner. C’est quelqu’un qui a tout remporté en tant que joueur et entraîneur, donc quelles leçons de football peut-on bien lui donner ? S’il y en a un qui connaît ce jeu, c’est bien lui. Il a déjà remporté le championnat, il a hissé le PSG en demi-finales de Ligue de champions. On ne peut pas lui reprocher grand-chose. Les résultats parlent pour lui. Luis Enrique, je l’apprécie beaucoup. Au-delà d’être un très, très grand entraîneur, c’est quelqu’un qui a une mentalité de guerrier. Quand tu es sous ses ordres, tu as l’impression que tu n’as pas de limites. Il te met tellement de trucs dans le crâne que tu es persuadé que tu vas tout casser quand tu entres sur la pelouse.

Depuis le baiser forcé de Rubiales à Jenni Hermoso, les scandales s’enchaînent à la RFEF. Dernièrement, la Fédé vient même d’être mise sous tutelle par le gouvernement espagnol. Il se murmure d’ailleurs que cette ingérence pourrait coûter le Mondial 2030 à l’Espagne, voire sa participation à l’Euro. Ça t’inquiète ?

(Agacé.) C’est un sujet délicat… Moi, mon domaine de compétence, ça reste le terrain, pas ce qui se passe dans les bureaux, mais je suis convaincu que tout va finir par rentrer dans l’ordre.

Ça fait dix ans que tu as quitté l’Espagne. Quel regard portes-tu sur ton pays depuis l’étranger ?

J’essaie de me tenir informé comme n’importe quel citoyen. Récemment, il y a eu tous ces problèmes de racisme dans les stades… C’est un fléau qu’il va falloir éradiquer le plus vite possible. On ne peut pas aller dans un stade pour balancer des saloperies, quelles qu’elles soient. Il faut vraiment que ça s’arrête.

 

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Et la politique, tu la suis ?

Un peu. J’ai vu que Pedro Sánchez avait annoncé qu’il restait au gouvernement (le Premier ministre socialiste a pris cinq jours de « réflexion », après l’ouverture d’une enquête à l’encontre de son épouse. Une campagne de déstabilisation menée par la droite, selon lui). Je n’aime pas trop parler de politique. Je n’y comprends rien et ça ne me passionne pas beaucoup. Moi, je suis plus dans l’humain que dans la politique.

C’est-à-dire ?

Les footballeurs bénéficient d’une très grande médiatisation et je considère qu’il faut qu’on en fasse quelque chose. Le football a une vraie fonction sociale, donc il est de notre responsabilité d’essayer de faire bouger quelques lignes. Quand mon père entraînait Terrassa, il y avait une famille qui était complètement dingue du club. Ils venaient tout le temps voir les matchs avec leur fille malade. Elle avait un cancer. Mon père l’emmenait aux mises au vert, dans les vestiaires, elle assistait aux séances d’entraînement… Puis, malheureusement, elle nous a quittés… Ça a été un choc. C’est terrible, le cancer… En plus, les traitements sont très longs et onéreux. C’est pour ça que j’organise tous les étés un stage de plusieurs jours dont tous les fonds sont reversés à la Casa Del Xuklis. C’est une association qui aide toutes les familles espagnoles à trouver un toit pendant que leurs enfants sont traités dans des hôpitaux catalans.

Pendant longtemps, les gens ont considéré qu’on savait juste courir derrière un ballon. Mais on est loin d’être idiots. Aujourd’hui, si tu n’as rien dans le crâne, tu ne peux pas jouer au plus haut niveau.

Dani Olmo

Tu reverses aussi 1% de ton salaire à Common Goals…

(Il coupe.) Oui, ça, c’est encore une autre histoire. Le premier match que j’ai disputé avec le Dinamo Zagreb, c’était à Vukovar. C’est une ville martyre (pendant la guerre des Balkans, la ville a été rasée après avoir été le théâtre de massacres) qui a souffert des tragédies de la guerre. J’avais 16 ans, ça faisait trois mois que j’étais là, et ce jour-là, j’ai vu les dégâts de la guerre sur les bâtiments et j’ai aussi écouté des gens qui témoignaient des horreurs qui avaient été commises pendant le conflit. Tu ne peux pas rester insensible à ça, c’est impossible. J’ai lu pas mal de livres sur le sujet, je me suis informé, puis Juan Mata a lancé son projet. L’argent récolté par Common Goal est reversé à des ONG croates qui aident les populations qui souffrent encore des conséquences de la guerre. Surtout les enfants.

Tu te considères comme un footballeur engagé comme Juan Mata ?

Juan c’est un modèle, hein, un vrai crack. Il a gagné des titres en club et en sélection, mais il a toujours eu tout un tas d’inquiétudes… Il ne correspond pas aux clichés qu’il peut y avoir sur les footballeurs. Longtemps, les gens ont considéré qu’on savait juste courir derrière un ballon. Mais on est loin d’être idiots. Le football a évolué. Les footballeurs aussi. Aujourd’hui, si tu n’as rien dans le crâne, tu ne peux pas jouer au plus haut niveau. C’est impossible.

Dernière question. C’est quoi le plus difficile à apprendre : l’allemand ou le croate ?

Le croate, c’est difficile, mais j’ai fini par le maîtriser. L’allemand, en revanche, j’ai plus de mal, notamment avec les conjugaisons… Tu vois les Indiens qui parlent à l’infinitif dans les westerns ? Bah, voilà, je leur ressemble quand je parle l’allemand.

Les Bleus vont enfin jouer au frais

Par Javier Prieto Santos, à Leipzig

Entretien publié dans le So Foot n°217 de juin 2024.

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