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Dans la folie de Guadalajara

Le Mexique joue dans la nuit de jeudi à vendredi contre la Corée du Sud, mais Guadalajara n’a pas attendu El Tri pour faire monter la température d’un match qui s’annonce bouillant. Résumé d’une soirée qui aura fait le bonheur des carrossiers locaux.
Il est 23 heures, et Mana salue enfin la foule amassée sur la Glorieta Minerva, lieu de rassemblement de tout Guadalajara lors des grands événements populaires, bons ou mauvais. Le groupe de vieux rockeurs mexicains, qui a participé à la cérémonie d’ouverture du Mondial, a chanté des chansons d’amour impossibles pendant trois heures. Mais les habitants de la capitale de Jalisco n’en ont pas assez. Des milliers de personnes convergent vers l’avenue Chapultepec, située en centre-ville, pour s’envoyer une dernière Tecate en espérant qu’une connerie leur vienne à l’esprit. Alberto est le premier à embraser la foule en dégommant la roue arrière de sa moto sur le bitume. « Je m’en fous complètement d’y laisser mon pneu, on est ici pour s’amuser », sourit le motard avant de s’évanouir sur l’avenue en faisant une roue arrière, là encore sous un tonnerre de cris de joie.

Kuduro local et chibre national
Alberto laisse derrière lui des vieux ravis d’être là, des hommes torse nu ou avec des maillots du Mexique, et des filles en minijupes avec une sévère envie de danser. Ça tombe bien, un gros 4X4 GMC décide de bloquer tout le boulevard pour communier avec ceux qui l’exhortent à faire cracher sa sono au rythme des Payasos del Rodeo (Les clowns du rodéo, en VF). Emilio, look d’Américain et sourire jusqu’aux oreilles, ne se fait pas prier. Des milliers de personnes commencent alors à danser sur le Kuduro local, en rythme, bourrés et heureux d’accueillir le Mondial. « À Guadalajara, on aime la fête, mais entre le concert de Mana, la Fan Fest, et le match de demain, c’est encore plus incroyable », beugle José, torse nu, avant de grimper dans la benne de l’énorme bagnole d’Emilio. Tellement énorme qu’elle accueille bientôt une dizaine d’autres types éméchés avec des maillots de la Colombie et du Tri. Emilio, loin de câbler, laisse faire : « J’ai l’impression d’être le roi du monde, là », explique-t-il en klaxonnant comme un gamin.
Je n’ai jamais vu ça de ma vie. C’est incroyable ce qui vient de m’arriver, je m’en souviendrai toute ma vie.
Derrière lui, un autre 4X4 blanc vient de tirer le frein à main. Son conducteur, un type de 40 piges, ouvre son coffre pour dévoiler un énorme sound system qui crache un autre tube local : La Chona. Un mouvement de foule se produit alors : un groupe de Mexicains ont aperçu un Coréen dans la foule. Ils le portent en triomphe sous les cris de « Corea va a probar el Chile Nacional ! » (La Corée va goûter au chibre national, en VF). Le jeune Asiatique goûte pour l’instant au sens de la fête locale : ses lèvres ont le droit à la fois à la tequila locale et à des baisers volés avant que son corps ne s’envole à nouveau dans le ciel de Guadalajara. En redescendant sur terre, Chun, véritable héros du soir, a le droit à une ovation couplée à un nouveau refrain repris à l’unisson par toute l’avenue Chapultepec : « La Corée et le Mexique sont des peuples amis. » Chun ne pige rien à ce qu’ils disent, ni à ce qu’il se passe, mais il est heureux. Comme jamais. « Je n’ai jamais vu ça de ma vie, explique-t-il dans un anglais niveau CE1. C’est incroyable ce qui vient de m’arriver, je m’en souviendrai toute ma vie. »
« Si le Mexique gagne, la ville va vraiment prendre feu »
À quelques mètres de toutes ces émotions, un jeune bloque l’avenue avec sa camionnette de société. « J’attends que les gens partent pour tourner, et s’il le faut je vais attendre ici des heures », sourit-il en multipliant les checks avec des fêtards qui le remercient pour son geste. Pablo, 25 ans, maillot du Tri sur les épaules, et étudiant en médecine, est l’un d’entre eux : « Il nous faut pas grand-chose pour faire la fête ici. Demain si le Mexique gagne, la ville va vraiment prendre feu ! »
De l’autre côté de l’avenue, une limousine entourée de néons bleus vient elle aussi chercher son quart d’heure warholien. L’homme qui conduit le véhicule a pas mal de kilomètres au compteur, l’envie de s’enjailler et surtout un costard blanc qui lui vaut des « Al Pacino ! Al Pacino » de la foule. Complètement torché, il regarde, hagard, une jeune femme monter sur le toit de son véhicule pour se lancer dans un twerk conclu par un baiser langoureux avec deux autres filles.

L’ambiance est caliente, bon enfant, mais aussi anti-Albiceleste : « Menos Argentina, America Latina ! » Un slogan expliqué par la vingtaine de José dont l’haleine de chacal traduit une nuit bien arrosée : « Les Argentins, c’est vraiment des cons. Ils se prennent pour les meilleurs du monde en tout. Bon en football, c’est le cas, et c’est chiant, en vrai… On les déteste. » Il est deux heures du matin, la fête bat son plein, et la police garée près d’un bar qui passe du Bad Bunny n’a pas l’intention de mettre fin au bordel ambiant. « Tu veux qu’on fasse quoi ? T’es au Mexique ici, c’est toujours comme ça… » Viva Mexico, Carajo !
Au Mexique, une statuette de Jésus en maillot de foot fait polémiquePar Javier Prieto Santos, à Guadalajara





















































