- CAN 2025
Comment les clubs amateurs gèrent les départs à la CAN
Alors que la CAN 2025 bat son plein au Maroc, plusieurs clubs amateurs de l’Hexagone, comme Istres, Villefranche Beaujolais ou Chauray, doivent composer avec l'absence de leurs joueurs appelés en sélection. Entre fierté et défi sportif local, l'impact se ressent fortement pour ces structures qui ne sont pas celles des clubs de Ligue 1.
Depuis mi-décembre, Pierre Emerick-Aubameyang n’est pas le seul joueur à manquer à son club. Il faut même voir plus loin que la Ligue 1, où plusieurs dizaines de participants à la CAN évoluent. En National 2 ou National 3, à Toulon, Fréjus Saint-Raphaël, Chauray ou Bordeaux, certains joueurs manquent aussi à l’appel, partis défendre les couleurs des Comores, du Gabon ou du Bénin. C’est d’ailleurs un des charmes de la Coupe d’Afrique des nations : les joueurs sélectionnés sont issus de viviers variés, parfois des divisions inférieures, comme le Camerounais Arnaud Mael Kamdem, convoqué par David Pagou alors qu’il tâte le cuir en sixième division au Brésil. Chez les amateurs, aussi, ces absences peuvent laisser un vide et demandent une certaine adaptation.
Moins d’expérience, plus de tests
Pour ces clubs, il s’agit avant tout d’un défi sportif, car les joueurs concernés, souvent plus âgés et plus expérimentés, remplissent un rôle de premier plan au sein de l’effectif. « C’est parfois un joueur avec un rôle structurant, dans l’équipe de par son expérience, son leadership, son impact sur le terrain, indique Zaki Noubir, entraîneur d’Istres, en citant Salim Ben Boina, appelé avec les Comores. Salim, c’est un cadre de l’équipe, très impliqué dans l’animation du jeu, qui apporte de la stabilité, de l’expérience, de la personnalité… Même en dehors du terrain, il a une vraie influence dans le vestiaire auprès des plus jeunes. » Même son de cloche pour le FC Chauray, en National 2, qui doit faire sans son gardien numéro 1, Saturnin Allagbé. « C’est quelqu’un qui impose un rythme, traité comme un leader, dont le poste confère une forte influence sur le jeu », développe son coach Fabrice Fontaine.

Pour faire face à ces absences annoncées, les staffs n’ont guère le choix : anticiper et bricoler intelligemment. « Les effectifs ne sont pas pléthoriques, donc leur absence nous oblige à nous adapter rapidement en ajustant le système de jeu ou en donnant plus de responsabilités à d’autres joueurs », résume Zaki Noubir. À Chauray, la solution passe par la confiance accordée au numéro deux. « On avait anticipé avec Matteo Maiutica, capable d’assurer pendant trois ou quatre week-ends », détaille Fabrice Fontaine. Ailleurs, on mise sur le collectif, l’état d’esprit et le reste de l’équipe pour compenser les manques. Cette période est aussi perçue comme révélatrice : tester des joueurs, renforcer la cohésion, observer la capacité d’adaptation et, pourquoi pas, voir certains talents se révéler en l’absence de leurs coéquipiers.
La CAN comme une vitrine
Si les clubs professionnels disposent de leviers financiers et d’effectifs étoffés — tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir un couteau-suisse comme Warren Zaïre-Emery pour remplacer Hachaf Hakimi —, la réalité est différente en National 2. « Plus vous descendez en niveau, plus vous êtes contents d’avoir des internationaux… et plus c’est compliqué quand ils partent », résume Fabrice Fontaine à Chauray. Pas de joker, pas de remplaçant équivalent, peu de budget pour compenser. « En tant que promu de National 2, chaque élément qui perturbe notre fonctionnement a plus d’impact. Ce sont des joueurs de gros calibre sur lesquels on mise beaucoup. »
Ils ont énormément à apporter à leur retour, dans le partage d’expérience.
Au FC Villefranche-Beaujolais, cette équation bien connue est même allée jusqu’à influencer des choix contractuels : l’année dernière, le capitaine de l’équipe Clément Couturier, en parallèle international malgache, n’a pas été prolongé à cause de son statut de taulier en équipe nationale. « On a pris la décision de ne pas continuer car on ne pouvait pas se permettre d’avoir un capitaine absent toutes les cinq ou six semaines », concède Edouard Chabas, coordinateur sportif du club.
Pour autant, les clubs ne vivent pas ces sélections comme une malédiction, bien au contraire. « Montrer qu’un joueur est sélectionnable et performant à l’international, c’est bon pour nous », insiste Fabrice Fontaine. La CAN agit comme coup de projecteur avec une visibilité évidente, un attractivité renforcée, un boost de notoriété pour le joueur et ses partenaires, avec une valorisation à prévoir sur le marché des transferts. Un handicap sur le moment, mais ces sélections peuvent mettre en place un cercle vertueux pour tout le monde. « Ils ont énormément à apporter à leur retour, dans le partage d’expérience, poursuit Fontaine. Aller dans ce genre de compétition, vivre d’autres contextes et ensuite les partager, c’est là où on les attend. » Cela ne fait aucun doute que Saturnin Allagbé aura des choses à raconter après son huitième de finale contre l’Égypte de Mohamed Salah, lundi.
Le Cameroun assure contre le MozambiquePar Célia Merckens
Tous propos recueillis par CM




























