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Morgan Rogers, le nouveau maître de la frappe du cou-de-pied

Par Mathis Blineau-Choëmet
5 minutes

Brillant avec Aston Villa cette saison, Morgan Rogers se déplace avec sa bande à Arsenal ce mardi soir pour un choc au sommet de la Premier League. Dans ses bagages, une technique de frappe cou-de-pied imprévisible dont il est le seul à avoir le secret. Du moins, pour l’instant.

Morgan Rogers, le nouveau maître de la frappe du cou-de-pied

À Birmingham, les buildings se fondent dans le décor industriel. Quelques minutes de marche suffisent pour passer d’un quartier digne de l’époque des Peaky Blinders à un borough cosmopolite construit ces dernières années. Ce mélange d’anciennetés et de nouveautés se retrouve aussi au nord de la ville, dans le quartier d’Aston, où évolue Morgan Rogers. Artificier en chef des Villans, l’attaquant international anglais s’est en effet approprié la bonne vieille technique de la frappe du cou-de-pied, en y ajoutant quelques spécificités au nom de la modernité.

Un coup de pied violent

Dans les années 2000, le maître de ce geste, Juninho, envoyait ses sacoches avec le dessus du panard. Le Padawan Morgan Rogers, lui, touche le cuir avec le cou-de-pied, mais aussi l’intérieur. Les jambes bougent aussi différemment avec un mouvement de balancier qui nécessite une souplesse au niveau des hanches digne d’un chevalier Jedi. Autre spécificité : contrairement à l’époque de Juninho où les joueurs prenaient entre un et deux mètres d’élan, le joueur né en 2003 oriente son ballon sur seulement un demi-mètre, soit quasiment sans élan, et frappe. Certains penseront alors que ses mandales partent aussi vite qu’un tir d’U11. Que nenni, car le balancier de son corps vers l’avant et sa jambe d’appui qui se dérobe permettent de générer une puissance redoutable, et surtout efficace, avec déjà trois buts inscrits cette saison grâce à cette technique, contre Leeds sur coup franc et face à Tottenham et West Ham dans le jeu.

« C’est une technique de frappe très exigeante, note l’ancien attaquant de Liverpool et consultant Canal + Florent Sinama-Pongolle. Je la maîtrisais ballon arrêté, mais Rogers est allé plus loin. Il a travaillé ce geste à l’arrêt, puis l’a transposé dans le jeu en mouvement. Il utilise toujours ce geste à vitesse réduite, car à haute intensité, c’est quasiment impossible de l’exécuter correctement. » Le sélectionneur de l’équipe de France de footgolf note également que « la verticalité de la trajectoire, rectiligne, et la montée rapide du ballon suivie d’une descente brutale brouillent la vision des gardiens ».

Le ballon bouge tellement que les gardiens sont incapables de lire correctement sa trajectoire.

Rudy Riou, ancien gardien de Montpellier, Istres, Lens…

Un constat partagé par Rudy Riou, gardien entre autres passé par Montpellier, Istres et Lens entre 1999 et 2015 : « Parfois, c’est intérieur-extérieur, parfois l’inverse. Il y a aussi des variations hautes-basses. En résumé, le ballon bouge tellement que les gardiens sont incapables de lire correctement sa trajectoire. Avec la vitesse et une prise d’information très tardive – à trois mètres parfois –, c’est très compliqué d’intervenir. »

L’évolution technologique n’aide également pas les derniers remparts à anticiper ses tentatives. Selon l’ancien entraîneur des gardiens de Toulouse, « la composition des ballons favorise les mouvements de flottement dans l’air et rend la trajectoire beaucoup plus imprévisible » qu’à l’époque où il redoutait les frappes de Juninho en Ligue 1. Rudy Riou ajoute aussi qu’au niveau des crampons, « les équipementiers sont désormais capables de développer des technologies facilitant la réussite de ce geste technique ». Même si le matériel entre dans l’équation, cette technique nécessite avant tout une qualité technique de haute volée, car malgré son efficacité prouvée, Morgan Rogers reste pour l’instant le seul à l’utiliser. Une petite révolution au cœur d’un jeu de plus en plus normé, où l’ingéniosité peine à s’imposer.

Des pralines rares dont il faut se délecter

Outre récompenser le travail minutieux d’un joueur qui n’a pas eu sa chance dans le Manchester City de Pep Guardiola, la beauté du geste et de la frappe s’affirme comme une bouffée d’oxygène dans une Premier League où les transitions rapides et les longues touches boring font la loi. À une époque où l’efficacité prévaut au détriment du beau jeu, cela rappelle aussi que la créativité et le génie peuvent encore créer un football aussi élégant qu’inspirant.

Pierre-Emerick Aubameyang et Diego Forlán s’essayaient déjà à cette frappe, mais ils n’avaient pas atteint un tel niveau d’efficacité.

Florent Sinama-Pongolle

Malheureusement pour le spectacle outre-Manche, la technique de frappe de Morgan Rogers ne devrait pas être copiée de sitôt. Même si certains joueurs y parviennent sur phase arrêtée, Florent Sinama-Pongolle juge que l’entraînement pour maîtriser ce tir en mouvement demanderait trop de temps supplémentaire à des joueurs déjà surchargés par les heures passées sur le pré. « Le niveau de détail requis est tel que peu de joueurs accepteront la charge de travail exigée. Pierre-Emerick Aubameyang et Diego Forlán, avec qui j’ai joué à Saint-Étienne et l’Atlético, s’essayaient déjà à cette frappe, mais ils n’avaient pas atteint un tel niveau d’efficacité. Pour l’instant l’atypique Morgan Rogers n’a pas d’équivalent et ne devrait pas en avoir à l’avenir. » Peut-être imitée dans le futur, mais certainement jamais égalée, cette technique de frappe pourrait rester le bien personnel de la perle rare d’Aston Villa. À moins que le vilain Canonnier envoie un nouveau boulet ce mardi soir contre les Gunners d’Arsenal… et donne quelques idées à la planète football.

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Par Mathis Blineau-Choëmet

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