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« Au Roazhon Park, la voix du speaker passait par-dessus notre son »

À l’affiche des dernières Transmusicales de Rennes, les Bretons ont aussi eu l’occasion le même week-end de jouer au stade avant le coup d’envoi du match entre le Stade rennais et l’Olympique de Marseille. L’occasion était bonne de vérifier leurs connaissances en matière de football et de savoir comment cette rencontre entre deux mondes s’était passée. Rencontre avec les deux sportifs de ce quatuor de math rock, le guitariste Jonathan et le batteur Bertrand, plus fans de foot anglais que des clubs locaux.

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Derby ce week-end : plutôt Guingamp ou plutôt Rennes ?
Jonathan : On est des fils du Roudourou. L’époque où Drogba et Malouda jouaient, vers 2002, 2003.
Bertrand : J’ai vu un match là-bas où y avait Sonny Anderson en face ! Et Ronaldinho aussi, un 3-2 complètement fou pour Guingamp contre le PSG qui menait pourtant de deux buts. En souvenir marquant, y a aussi le Guingamp/Nantes de Coupe qui a fait un truc du genre 4-3 arraché tout à la fin de la prolongation (en fait 3-3 et qualification du FCN aux tirs au but en 8es de finale de Coupe de la Ligue en 2003, ndlr).

Vous êtes des Côtes d’Armor ?
Jonathan : Oui, on est à Rennes maintenant, mais on est du Trégor.
Bertrand : Moi, j’ai vécu plus du côté de Saint-Brieuc, mais les autres, c’est les coins de Lannion, Perros-Guirec… Et là-bas, c’est Guingamp à fond. Après pour être honnête, je n’ai jamais vraiment été supporter, ça me faisait juste marrer d’aller avec mon père au stade.
Jonathan : Moi, c’est même pire, je supportais plutôt Nantes quand j’étais gamin donc le fameux match de Coupe au Roudourou, j’y étais aussi et j’étais venu avec mon écharpe du FC Nantes. Je m’étais fait insulter, alors que j’étais gamin. Mes parents avaient halluciné, des mecs trop agressifs. Donc du coup, ils m’avaient demandé d’enlever mon écharpe à la fin du match pour sortir du stade.

Et les deux finales au Stade de France ?
Bertrand : Pas vues, mais en revanche, j’ai un souvenir du deuxième match. En gros, on avait une grosse teuf programmée ce soir-là, et sur la route pour y aller, on avait mis la radio avec les commentaires du match, et le commentateur avait pété un câble sur un des buts, ça faisait un truc du style : «  Tête ! Tête ! Reprise ! Buuuuuuut ! » Et du coup, tout le restant de la soirée, on a fait de la danse hip-hop en criant ça. « Tête ! Tête ! »

Le Roazhon Park, vous connaissiez avant d’y jouer ?
Jonathan : Moi non.
Bertrand : J’ai fait deux matchs là-bas à l’époque où j’étais étudiant, mais te dire quels étaient les adversaires… Je venais d’arriver à Rennes comme étudiant et on avait pris une énorme saoulade avec des potes avant d’y aller. Donc ouais, c’était ce genre de matchs où tu cries dans les tribunes, où t’es content, mais pour les souvenirs… Pas vraiment, non !

Comment vous êtes-vous retrouvés à jouer un concert de math rock un soir de match de L1 ?
Jonathan : Ça s’est fait dans le cadre d’un partenariat entre le Stade rennais et les Trans. En fait, ce soir-là, c’était la première grosse soirée du festival et, juste après le match, y avait un bus qui partait directement du stade pour emmener ceux qui le voulaient au Parc Expo où sont les concerts. Dans le partenariat il y a eu un deal comme quoi un des groupes à l’affiche des Trans devait venir jouer quelques morceaux au Roazhon Park en avant-match.
Bertrand : Et ils n'ont pas trouvé meilleure idée que d’envoyer un groupe de math rock ! À la base, on n’était pas au courant de ce partenariat, on a juste reçu un coup de fil des Trans nous disant : ça vous dit de jouer au Roazhon Park ? Euh… plutôt ouais ! Écoute, c’est plutôt bien marrant, et ce n’est pas dit du tout que ça nous arrive encore, donc on va dire oui.

Et au final, c’était comment ?
Bertrand : On est arrivés sur place, on a fait nos balances et là… L’acoustique, c’est trop gogole. C’est complètement fou, t’as le son qui fait tout le tour du stade.
Jonathan : En revanche, c’était pas évident d’avoir les gens attentifs parce qu'ils ne viennent pas voir un concert, clairement. En plus, on a eu le retour de nos potes en tribunes qui nous ont dit que notre concert était moins fort que les annonces du speaker ! Du coup, le public n'a pas forcément percuté qu’il y avait un groupe qui jouait live. Ou peut-être qu’il s’en foutait encore plus !

C’était juste avant le coup d’envoi ?
Bertrand : Avant l’arrivée des joueurs. En fait, on était supposés jouer vraiment dans le rond central. Y avait une scène montée spécialement pour la bouger rapidement, mais au final, la LFP a décrété que ça pourrait niquer trop la pelouse, du coup on a joué sur le bord du terrain devant la tribune présidentielle vide.
Jonathan : On jouait pourtant de 20h48 à 20h53, donc vraiment à quelques minutes du coup d’envoi, mais les mecs devaient être encore aux petits fours. En revanche, on a eu droit au démontage de scène le plus rapide de l’histoire. Dès que c’était fini, on a enlevé les cales et tout le monde l’a poussé très loin parce que Canal reprenait l’antenne. Il me restait deux accords, mais le responsable technique était au taquet, à la seconde près. C’est là que tu sens que c’est deux mondes qui ont du mal à se mêler quand même…
Bertrand : Tu sens qu’il y a un fossé culturel. Les gens savent pas forcément ce que c’est, du rock, et encore moins du math rock. C’est pas du garage un peu classique, c’est assez chelou ce qu’on fait. Mais du coup, y avait un anachronisme assez sympa là-dedans au final et c’est cool. Y a des gens dans le public qui ont eu l’air de kiffer, donc tant mieux. Et puis pour nous, c’était une expérience unique, on est loin des scènes classiques où les gens savent à peu près ce que tu fais.
Jonathan : Maintenant, dans des soirées, quand on nous demandera c’est quoi le plus gros concert que t’as fait, on aura la réponse direct : un stade !

Vous avez eu le temps de jouer combien de morceaux ?
Jonathan : On a fait un medley en prenant tous nos bouts de morceaux les plus accessibles et punchy en les collant ensemble.
Bertrand : En fait, on s’est surtout bien marré pendant les balances où on a fait du rock de stade : les Whites Stripes, Born in the USA… Sinon, c’était assez tendu en fait, ça rigole pas trop, le monde du foot. En attendant de monter sur scène, ils nous ont mis dans une petite pièce où y a le contrôle anti-dopage avec quelques bières et interdiction de sortir pour pas croiser les joueurs. C’est spécial. Du coup, une fois sur scène, on n’était pas forcément trop à l’aise. Bon, à la fin, Ermining est venu se frotter à nous.

Vous n'avez pas vu de joueurs ?
Bertrand : Non du coup, impossible. On faisait un peu tache en coulisse avec tous les mecs en costard et en survêt. Mais l’organisation d’un match comme ça, c’est un truc de malade, calé à la seconde près.

Vous êtes restés voir le match ?
Bertrand : Comme je te disais, je suis pas très chauvin du foot du coin, et franchement, ce match m’a donné raison, parce que c’était vraiment pas terrible.

C’était Marseille en face quand même (0-1, score final) !
Jonathan : Ben ouais, mais c’était chiiiant… J’ai tenu une mi-temps.
Bertrand : Je pense qu’on est mal tombés. J’ai vu des matchs de Ligue 1 cools, mais là, pour le coup, c’était pas terrible. Manque d’engagement, de rythme, les passes foirées tout le temps. Dès que ça essaie de jouer vers l’avant, les joueurs sont pas dans le tempo, la passe en profondeur est trop longue…

C’est quoi votre football alors ?
Bertrand : Moi, je suis anglais, donc forcément, je suis plus facilement la Premier League.

Avec un club préféré ?
Bertrand : Je suis du secteur de Tottenham, mais je supporte pas spécialement ce club. En fait, c’est bizarre, mais j’ai beaucoup de mal en règle général avec les clubs historiques, Man U, Liverpool, ça c’est pas pour moi. Arsenal non plus, mais là, c’est par une espèce de chauvinisme anglais parce que c’est le club des Français. Et puis, comme je suis né à Tottenham, je peux pas supporter Arsenal ! Non, moi, c’est Leicester cette saison qui me fait bien marrer. Ils tiennent le coup, c’est fou. Jamie Vardy sort de nulle part et il plante comme un connard.
Jonathan : Il a battu le record de buts de Van Nistelrooy, ça défonce (11 matchs de suite en marquant au moins un but en EPL, ndlr). En fait, moi, j’aimerais bien les voir aller au bout, rien que pour faire chier les gros clubs. Ou bien Arsenal, parce que Wenger, je commence à avoir un peu pitié de lui, en fait. Donnez-lui un titre, quoi… Et puis ça joue bien cette année, j’ai vu le match contre United, ils leur ont fait super mal collectivement. Sánchez a fait un match taré.

Et Manchester City ?
Bertrand : Mouais… C’est dur d’aimer ce club. Comme le PSG, c’est sans âme et nouveau riche. Mais après, dans les deux cas, faut reconnaître que ça déroule souvent du très beau jeu. Du Silva, Sterling, Agüero, ça fait plaisir à voir.
Jonathan : De Bruyne aussi.

Il a quoi de plus que les autres ce championnat anglais ?
Bertrand : C’est le plus relevé, en tout cas le plus dense, tout le monde peut battre tout le monde. Là, c’est Leicester la bonne surprise, mais avant, t’as aussi eu Southampton avec Schneiderlin, Lallana, Luke Shaw, Lambert. Du coup, c’est hyper vivant à suivre. Everton aussi avec un gros Lukaku encore. Bon, tout le monde s’en branle d’Everton, mais ça tourne bien !

Sinon, vous pensez que le PSG a ses chances contre Chelsea en 8es de C1 ?
Bertrand : On va voir ce que ça peut donner… Après, concernant le PSG, c’est surtout chiant qu’ils aient si peu de concurrence en Ligue 1, c’est de pire en pire à ce niveau-là. Y a plus aucune opposition en fait.
Jonathan : 17 points d’avance à même pas mi-saison, c’est incroyable.
Bertrand : T’avais Monaco, mais ils ont décidé de vendre leurs joueurs, de faire du blé. C’est triste. Mais pour revenir au 8e contre Chelsea, ça me ferait plaisir que le PSG franchisse un petit palier cette saison, se qualifie encore et passe ce coup-ci au moins jusqu’en demies. Au PSG, le joueur qui me fait bien rêver, c’est Pastore. Quand il est en forme, c’est un régal. Cavani aussi. J’étais sur-fan du Napoli époque Cavani, Lavezzi, Hamšík. Quand ils étaient au taquet, Naples c’était un marteau. Injouable !

Un prono sur la victoire finale ?
Jonathan : En Ligue des champions ? Barcelone. Le trio Messi-Suárez-Neymar est incroyable.
Bertrand : Suárez, pfff… C’est pas du tout le même style que Messi, mais le mec est fou, il peut te mettre des reprises de partout.
Jonathan : Après, je suis pas assez la Bundesliga pour savoir ce que fait le Bayern cette saison. Mais le Barça, définitivement, c’est hallucinant. Iniesta revient bien aussi.
Bertrand : Sinon, y a le Real, mais j’aime pas du tout ce club. Cette espèce d’imagerie superhéros, le délire avec les Galactiques… Et puis, les Pepe et Ramos, c’est vraiment des joueurs qui me font pas plaisir du tout. Dans l’ensemble, le Real, c’est pas très beau à voir jouer, trop athlétique. Bon, t’as Ronaldo, mais tout ce que je vois de ce gars, c’est des pubs de caleçon, je peux pas m’en empêcher et ça m’empêche de le kiffer.
Jonathan : Ronaldo, j’ai commencé à regarder son film. C’est super chelou, hyper mis en scène. Tu le vois tout seul chez lui, super amoureux de son gosse, mais on voit pas tous les gens qui l’entourent en fait. Tu le vois faire ses petits déj lui-même, alors que tu sais bien que c’est pas vrai. Mais y a une part de fascination avec ce mec qui a un putain d’ego et un narcissisme affolant.

Et l’Euro ?
Bertrand : Je vais suivre l’Angleterre forcément, mais c’est 25 ans de déception, cette équipe. Surtout la génération Gerrard, Lampard, Rooney, comment ils ont fait pour rien gagner ?
Jonathan : Moi, je suis de l’héritage France 98. J’étais un gros fan de Trezeguet. Mais même encore aujourd’hui, individuellement, ça reste super, la France, mais collectivement, je sais pas… C’est difficile.

Vous êtes plutôt de l’école FIFA ou PES ?
Bertrand : Je suis pas mal Football Manager, mais attention la bouffe de temps… J’ai arrêté à cause de ça, mais sinon, c’est super excitant comme jeu. Aller chercher les petites pépites que t’achètes sous le manteau, c’est vraiment bien branlé. J’ai pas mal joué à ça dans le camion pendant les tournées.
Jonathan : J’ai joué à PES depuis l’époque ISS. Y a eu des années pourtant où les PES étaient plus décevants que FIFA, mais je suis resté fidèle. En fait, c’est deux jeux super cools, mais c’est juste que c’est pas pareil, y a deux écoles vraiment différentes. Avec PES, je m’amuse à jouer en construisant, comme les vraies équipes, faire tourner le ballon… C’est plus lent que FIFA, mais c’est bien fichu. Y a eu un moment, on a récupéré le camion de tournée de Yelle, vu qu’on a signé sur son label et qu’on est potes. Y a une télé avec prise, direct on a amené la console et joué à PES. Des vrais gamins.

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Propos recueillis par Régis Delanoë, à Rennes
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Le samedi soir au roazhon les matchs sont beaucoup plus ennuyeux que le mercredi à 10h en salle de gym !
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