Atalanta, le pari jeune

En Italie, il y a un club que tout le monde, en règle générale, aime bien. C’est l’Atalanta. Si l’équipe bergamasque joue rarement les premiers rôles en Serie A, elle a au moins une énorme qualité : celle de détenir le meilleur centre de formation en Italie. La preuve.

Modififié
19 22
Riccardo Montolivo, Giampaolo Pazzini, Alessio Tacchinardi, Samuele Dalla Bona, Luciano Zauri, Massimo Donati, Domenico Morfeo, Roberto Donadoni, Andrea Lazzarri, Rolando Bianchi, Simone Padoin, Michael Agazzi, Giacomo Bonaventura, Manolo Gabbiadini, Ivan Pelizzoli, Marco Motta. Époques différentes, postes différents, talents différents. Mais un point commun. Tous ces joueurs, qui ont tous été, à un moment donné, des piliers de la Serie A (ou le sont encore), sont issus du même centre de formation. Celui de l’Atalanta. Oui, l’Atalanta. Cette équipe dont, dernièrement, on a trop entendu parler pour de mauvaises raisons. Des raisons de scandales, de matchs truqués, de joueurs impliqués, de points de pénalité. Sur les deux dernières saisons, l’Atalanta a en effet compté, en tout, 8 points de pénalité. Heureusement (pour elle), l’équipe bergamasque s’en est toujours sortie. Grâce au brio de son coach, Stefano Colantuono, et surtout, encore, grâce à ses jeunes joueurs issus du centre de formation. Une véritable spécialité de la maison. Selon une étude du CIES Football Observatory, l’Atalanta est en effet le huitième club au monde – et premier en Italie – en matière de joueurs formés au club et évoluant aujourd’hui dans les premières divisions des cinq grands championnats européens. 22 joueurs, en tout, dont 9 qui évoluent aujourd’hui dans l’équipe première de l’Atalanta. Un vrai modèle à suivre.

La carte de la modestie

Derrière tout cela, il y a un homme. Il s’appelle Mino Favini. Ancien joueur des années 50-60, notamment sous les maillots de Brescia et de l’Atalanta, il a aujourd’hui 77 ans et a définitivement posé ses valises à Bergame il y a 24 ans. C’est le président Antonio Percassi qui l’avait expressément fait venir de Côme. Dans quel but ? Celui de repérer des gamins prometteurs dès le plus jeune âge (6-7 ans) et les faire venir, puis grandir, à l’Atalanta. Or, depuis 24 ans, c’est ce à quoi Mino Favini s’attèle. Depuis son arrivée, l’Atalanta investit chaque année entre 3 et 4 millions d’euros sur son « settore giovanile » , le centre de formation. Récemment, de nouveaux gymnases dédiés aux jeunes ont même été construits à Zingonia, de façon que tous les joueurs de l’Atalanta, dès leur plus jeune âge, puissent s’entraîner aux côtés de l’équipe première. Et forcément, un tel investissement, cela finit par payer. Depuis l’arrivée de Favini, l’Atalanta a remporté deux fois le championnat Primavera et s’est hissé à de nombreuses reprises en finale, comme la saison dernière, où elle s’est inclinée contre la Lazio.

Mais les trophées, Favini s’en fout. Lui a d’autres objectifs, bien précis. « Notre succès, chez les jeunes, ce n’est pas de gagner des trophées, mais de parvenir à amener un garçon que nous formons depuis l’âge de 6 ans en équipe première » , assure-t-il. Et ça, Favini et sa bande y sont parvenus beaucoup, beaucoup de fois. De 1999 à 2003, Riccardo Montolivo et Giampaolo Pazzini ont notamment évolué ensemble sous le maillot noir et bleu, avant de connaître chacun des chemins différents, qui les ont aujourd’hui menés au Milan AC et en équipe nationale. Mais Favini continue de jouer la carte de la modestie. « À Bergame, nous ne créons pas des phénomènes, des gens comme Montolivo et Pazzini sont des exceptions. Mais nous créons de bons joueurs, de vrais bons joueurs. Et celui qui nait en étant bon a le devoir de faire plus que les autres pour faire grandir ses propres qualités, c’est mon credo » , assure-t-il. Cette saison, l’Atalanta compte très exactement 268 licenciés répartis en 11 équipes, des plus jeunes (nés en 2005) à la Primavera (1993). Mino Favini a, encore, du pain sur la planche.


Un jeune Montolivo face à Vikash Dhorasoo

Relégation et remontée immédiate

Mas qu’est-ce que ce Mino Favini a de plus que les autres recruteurs ? Pourquoi tous les autres clubs italiens n’utilisent pas la même recette ? La réponse est finalement assez simple : Favini a ça en lui. Il effectue ce boulot depuis plusieurs décennies et sait repérer mieux que quiconque les futurs cracks. Un peu comme un collectionneur qui sait repérer une œuvre d’art au beau milieu de centaines de babioles dans une brocante. « Je choisis ceux qui ont une vraie attitude de football, plutôt que ceux qui sont grands et costauds. Il faut que les gamins aient déjà du cœur et une vraie âme de foot. Le physique, la tactique, tout ça viendra après, cela peut être construit au fil des années  » , explique-t-il. Mais Favini a également un autre secret. Ce secret se trouve dans les tiroirs de son bureau. Chacun des 269 licenciés possède en effet une fiche technique, que Favini s’efforce de remplir à chaque match. Un boulot de titan. Les critères : technique individuelle, physique, caractère, tactique. Tout cela permet à Favini, et surtout aux entraîneurs de chaque catégorie, de voir la courbe de progression de chaque joueur, ce qui offre ensuite la possibilité de cibler ce qu’il faut rectifier ou améliorer.

Considéré comme un véritable mythe du côté de Bergame, Favini use de son charisme et de son expérience pour motiver les gamins. « Je leur dis toujours : "Vous deviendrez vraiment bons le jour où vous franchirez la haie qui sépare votre terrain d’entraînement de celui de l’équipe première." » L’inverse, finalement, de la philosophie de l’Udinese, qui recrute des jeunes joueurs dans le monde entier, les fait grandir en les prêtant, et les récupère lorsqu’ils sont arrivés à maturité. L’Atalanta, elle, fait tout à la maison. Et cela fonctionne : cette saison, l’équipe de Colantuono compte 9 joueurs formés au club : Bellini, Canini, Consigli, Capelli, Brivio, Bonaventura, Baselli, Koné et Gentili. Une base solide, avec des joueurs qui se connaissent souvent depuis longtemps, et qui permet à l’Atalanta, depuis près de 50 ans, d’être « stablement » en Serie A. Stablement entre guillemets, parce que, régulièrement, l’Atalanta descend en Serie B, mais n’y reste jamais bien longtemps. Les six dernières relégations (1987, 1994, 1998, 2003, 2005, 2010) se sont toutes soldées par une remontée immédiate, dès la saison suivante (sauf en 1998, où il a fallu deux ans). Et à chaque fois, dans l’équipe qui aide le club à remonter en Serie A, il y a, au moins, 50% de joueurs formés au club. Une vraie philosophie.

«  Je ne sais pas ce qu’il est devenu »

Enfin, Mino Favini a deux dernières fiertés. La première, c’est son flair, qu’il raconte toujours au travers d'une seule et même anecdote. « C’était la finale pour le Scudetto des "Giovanissimi nazionali". Atalanta-Juventus. Nous sommes sacrés champions d’Italie aux tirs au but, grâce à Consigli qui arrête un pénalty de Giovinco. Malgré cette erreur, je comprends que Giovinco est un phénomène. Mais dans les vestiaires, l’un de nos joueurs vient me voir et me dit : "Il ne fera jamais rien, celui-là ! Il est beaucoup trop petit !" Je lui réponds : "On verra dans quelques années où tu seras et où lui en sera." Giovinco est aujourd’hui à la Juve et en Nazionale. Le nôtre ? Je ne sais même pas ce qu’il est devenu » , se remémore celui qui regrette qu’en Italie, les jeunes joueurs soient systématiquement prêtés dans des divisions inférieures pour faire leurs armes. « Il faudrait plus de courage et de patience » , assure-t-il. La seconde fierté, ce n’est pas un joueur qu’il a formé, mais bien un entraîneur qu’il a lancé dans le grand bain. Un certain Cesare Prandelli. « En 1990, lorsqu’il a arrêté sa carrière de joueur, j’ai tout de suite pensé qu’il avait la carrure et la prestance pour devenir entraîneur. Il a entraîné chez nous pendant 7 ans, avant de partir à Lecce. Et aujourd'hui... » Aujourd'hui, la Nazionale. C'est beau. En tout cas, une chose est sûre : pour que l’Italie retrouve de sa superbe, il faudrait des dizaines et des dizaines de Mino Favini.


Cesare Prandelli et Mino Favini

Par Eric Maggiori
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Un bon club sans plus. Par contre, pour que le football italien arrête de s'appauvrir il faut d'urgence que les grands clubs de la Serie A prenne ce club comme modèle (pour la formation s'entend)...
DoucementAvecLaCristaline Niveau : National
Excellent article Mister Maggiori.

Par contre, si je puis me faire mettre... "Heureusement (pour elle), l’équipe bergamasque s’en est toujours sortie. Grâce au brio de son coach, Stefano Colantuono, et surtout, encore, grâce à ses jeunes joueurs issus du centre de formation.", je ne remets pas cela en question, mais c'est oublier la trentaine de buts de German Denis sur ces fameuses 2 saisons. Si l'Atalanta s'en est sortie, c'est aussi un peu beaucoup grâce à leur attaquant argentin.

Mes respects à M. Favini! Ce monsieur aime le foot!
Pour ceux qui chercheraient à en savoir plus sur le classement évoqué en début d'article ( pour préparer un lifeban à FM, entre autres... ) : http://www.sportingintelligence.com/201 … es-131201/



Et c'est là que l'article sur JMA qui pète un câble en vendant les pépites de son CdF prend tout son sens.
DennisRapeAyala Niveau : District
Merci de rendre hommage à cet homme de l'ombre Eric!! Ça change de voir un article sur le Calcio autre que "Bali-Balo se fait gauler dans un Coffee Shop". Ca serait pas mal que d'autres clubs s'en inspirent. C'est sur que pour les jeunes en Italie c'est pas trop ca, heureusement qu'il reste des clubs comme Bergame pour former des pépites qui pourront taper a la porte de la Squadra, plutôt que de naturalisé tout les argentins qui ont une grand mère originaire de la botte.
encore un super article M. Maggiori, les clubs Français feraient bien de s'inspirer de ce modèle...
Superbe article vraiment sympa d apprendre tout ça sur un club peu connu.
Un exemple à suivre mais pas qu en Italie mais dans toute l Europe a mon avis.
Quand on entend certains dirigeant dire que la formation coûte trop cher 4 à 5 millions c est pas la mère à boire pour des clubs pro.
Mais encore faut il le faire correctement comme dit dans l article les qualités footabalistiques avant le physique.
L'article est très intéressant et même très bon, sauf la première phrase du chapeau. C'est plutôt l'inverse, car malgré le beau jeu généralement produit, l'Atalanta est détestée à cause de ses supporters bien bien nazis et ultra violents. Puis y a aussi le fait que c'est la bête noire des grandes équipes (supportées par la majorité des Italiens). Mais bref, c'est pas très important, Mino, lui, il est important.
Scotch_OMsoccer Niveau : Loisir
Message posté par Gonner
Pour ceux qui chercheraient à en savoir plus sur le classement évoqué en début d'article ( pour préparer un lifeban à FM, entre autres... ) : http://www.sportingintelligence.com/201 … es-131201/


LAUL

c'est magnifique ce classement : sans surprise, l'OM n'est même pas dans les 42 premiers!

Même Caen y est.

Comment veux-tu avoir un club stable après ça???
valeureux liégeois 74 Niveau : National
Superbe épopée de ce club en Coupe des Valnqueurs de Coupes 1987-88, sorti en demi-finale par le grand Malines (futur vainqueur par ailleurs) de Preud'Homme, Clijsters, O Hana & Den Boer. Voilà, c'était l'avant Bosman & il y avait bcp + d'équité & on ne voyait pas 10X les mm clubs ds le dernier carré des CE (mode nostalgique off).
Quand on vois l'OL deuxième du classement on se dit que bordel, si le football était un brin plus éthique (et que les gros mécènes Russe et Qataris restaient à leurs courses de chevaux) ils n'en seraient pas à lutter pour la C1... Ca fait mal au coeur de voir que le travail des uns est souillé par le pognon des autres.
FlyingDutch Niveau : DHR
le mot pépite n'est pas à utiliser avec le centre de formation de Atalanta ( regardez la liste, il n'y a pas de pépite à proprement parlé ), c'est plus des joueurs solide et fiable.
Ces joueurs sont indispensable à une équipe qui ne peut être formé de 11 crack, mais tout de même ce n'est pas parce que ce cher Eric Maggiori nous fait découvrir quelques choses de formidable dans l'unives du foot qu'il faut absolument l'adopter et en être un ardent partisan sans même faire preuve d'une once de sens critique ou d'analyse.

Quand au ''classement'' des centres de formation, il est assez diuscutable puisqu'il n'est que quantitatif ( même la je comprend pas trop le compte, personnelement je peux trouver 15 joueur formé à l'ajax dans les 15 championnat majeur )
FlyingDutch Niveau : DHR
Message posté par b4bou1
Quand on vois l'OL deuxième du classement on se dit que bordel, si le football était un brin plus éthique (et que les gros mécènes Russe et Qataris restaient à leurs courses de chevaux) ils n'en seraient pas à lutter pour la C1... Ca fait mal au coeur de voir que le travail des uns est souillé par le pognon des autres.


Non t'inquiète même en gardant tout ces joueur l'ol ne peut gagner l'europa league
preuve à l'appuie : http://www.hapshack.com/images/aKgBj.jpg
Pegliblucerchiata Niveau : Loisir
Les supporters de l'Atalanta nazis? tu es sûr? J'ai souvent vu des drapeaux avec la tête de Che Guevara et les amitiés des supporters de l'Atalanta sont avec des supporters de gauche (Ternana et notamment ceux de Francfort). Il suffit de voir quelque vidéo pour comprendre l'incroyable liason entre les supporters du virage et la ville. Tous les ans ils organisent une superbe fête et toute la ville participe. Tout mon respect pour ces supporters!
Message posté par ck3ll
L'article est très intéressant et même très bon, sauf la première phrase du chapeau. C'est plutôt l'inverse, car malgré le beau jeu généralement produit, l'Atalanta est détestée à cause de ses supporters bien bien nazis et ultra violents. Puis y a aussi le fait que c'est la bête noire des grandes équipes (supportées par la majorité des Italiens). Mais bref, c'est pas très important, Mino, lui, il est important.


Atalanta / supporters nazis?
Euh...... es-tu bien sûr de savoir de quoi tu parles mon cher Trifon?
La tifoseria bergamasque est réputée pour être marquée très à gauche plutôt
Va dire à un gars du Wild Kaos ou de la BNA que c'est un nazi, tu seras bien reçu je pense
Très bon article !
cardinaltisserant Niveau : DHR
à pas confondre avec dortmund, le pari jaune et l'Om le paris jôôone
Toofos
Message posté par Scotch_OMsoccer
c'est magnifique ce classement : sans surprise, l'OM n'est même pas dans les 42 premiers!
Même Caen y est. Comment veux-tu avoir un club stable après ça???
Je connais un mec de 20 piges qui a fait les stages OM. Eh bien, il m'a raconté que c'était racaille et compagnie. Intimidations, bagarres, insultes, bref, tout ce qu'il y a de plus minable. Et c'était du genre Arabes contre Blancs.
C'est l'une des explications à la faiblesse du centre de formation de Marseille qui devrait sortir des bons joueurs tout le temps. Un mec de son bled (du 13) est parti à Lyon. Il fait son trou petit à petit en Ligue 1.
Message posté par leolom
Un bon club sans plus. Par contre, pour que le football italien arrête de s'appauvrir il faut d'urgence que les grands clubs de la Serie A prenne ce club comme modèle (pour la formation s'entend)...


tout à fait d'accord! mais ce n'est pas encore pour cette année (vu le nombre record de joueurs étrangers qui ont été engagés!)
@b4bou1


lyon se bat pour accéder à la C1 parce qu'il a fini 3ème derrière l'om malgré un budget supérieur et il va surement être privé de ldc par la réal sociédad,club pas trés fortuné qui n'a pas d'investisseurs russes ou qatari,non?
et si c'est ton club qui aurait bénéficié de ses investisseurs tu ne verrai peut être pas les choses de la même façon.
Belle article EM. C'est pour ce genre d'article que je suis sur sofoot !
Sinon le premier club italien est 9ème, ça prouve qu'il y a encore beaucoup à faire au niveau du secteur jeune
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
19 22