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Prandelli en bleu de chantier

En très bonne voie pour se qualifier pour l'Euro 2012, l'Italie de Cesare Prandelli semble reprendre des couleurs. Le trou noir de l'Afrique du Sud est oublié. Place au ciel bleu. Avec ou sans nuage?

24 juin 2010. L'Italie toute entière assiste, impuissante, à l'un des plus grands fiascos de son histoire sportive. Quatre ans après le titre mondial obtenu à Berlin, la Squadra Azzurra se fait sortir au premier tour du Mondial par la Slovaquie, sans avoir remporté le moindre match. Marcello Lippi fait son mea culpa, s'en va, mais tout n'est pas sa faute. L'Italie entre dans un tournant générationnel difficile à aborder. Les vieux sont trop vieux pour être encore au top niveau, mais pas assez pour être mis à la porte. Quant aux jeunes, ils tardent à s'affirmer au haut niveau, la faute aussi aux anciens qui ne veulent pas laisser leur place. Un cercle vicieux dont l'issue est confiée à Cesare Prandelli qui, en 5 années à la Fiorentina, a réussi à obtenir de grands résultats et à se faire aimer de tous. Demain, son Italie sera à Kiev, pour défier l'Ukraine en match amical. Après quoi, elle recevra l'Estonie le 3 juin, et au terme de cette rencontre, Prandelli pourra dresser le bilan de sa première année à la tête de la Nazionale. Un bilan somme toute positif, émaillé de quelques interrogations faisant front à de belles certitudes.



L'Euro, les jeunes, les étrangers



Première certitude. Sur le plan comptable, son Italie a tout bon. Invaincue dans son groupe de qualification, la Squadra Azzurra a quasiment un pied en Pologne et en Ukraine, forte de ses 4 victoires (dont une sur tapis vert) et de son nul en Irlande (0-0). Elle compte déjà 6 points d'avance sur ses deux poursuivants les plus proches, la Slovénie et la Serbie, et aura l'avantage de jouer 3 des 5 derniers matches à domicile. Autant dire qu'à moins d'une chute improbable, elle sera de la partie lors de l'Euro 2012, compétition dont elle n'a pas dépassé les quarts de finale depuis 2000, et cette célèbre finale perdue contre la France. Pas forcément un bon souvenir non plus.



Seconde conviction. Prandelli a entamé le renouvellement générationnel que Marcello Lippi n'avait pas réussi à entreprendre. Sa "nuova Italia" (nouvelle Italie) comprend aussi bien des jeunes joueurs que des plus expérimentés, et accueille également les controversés "oriundi" : ces Sud-Américains désireux de prendre une revanche sur des pays natals qui les ont toujours ignorés. Parmi eux, Amauri, Cristian Ledesma et Thiago Motta. Ironie, alors que bon nombre d'italiens sont sceptiques face à ces naturalisés, c'est justement Motta, dernier appelé en date, qui offre la victoire, vendredi dernier, face à la Slovénie (0-1). « Les oriundi ne sont en aucun cas un problème. Au contraire, c'est une chance » affirme Prandelli après la rencontre. Joli pied-de-nez. Parmi la nouvelle génération, l'ancien coach de la Viola a déjà ses chouchous. Giuseppe Rossi (24 ans), Mario Balotelli (20), Andrea Ranocchia (23), Leonardo Bonucci (23), Claudio Marchisio (25) feront, entre autres, partie de l'ossature de l'équipe nationale de demain. Dans son projet jeune, le sélectionneur a même pour dessein d'inscrire une équipe composée uniquement de joueurs italiens de moins de 21 ans au championnat de Serie B. A côté de cela, il compte bien ajouter à sa Nazionale quelques valeurs ajoutées : Gigi Buffon (qui, quand son heure viendra, cèdera sa place à Sirigu), Cassano, tant snobé par Lippi, et Andrea Pirlo, quand son genou capricieux le permettra.



Troisième point fort. L'Italie a retrouvé sa solidité défensive. Battue en 2009 par l'Egypte (0-1) et le Brésil (0-3), puis en 2010 par le Mexique (1-2) et la Slovaquie (2-3), l'équipe qui s'était autrefois rendue célèbre pour sa solidité défensive avait perdu de sa superbe. En positionnant Chiellini-Ranocchia dans l'axe, et en misant sur des latéraux robustes comme Balzaretti et Criscito, la Squadra n'a encaissé qu'un seul but en 5 rencontres de qualifications à l'Euro 2012. Maldini et Cannavaro ont de quoi être rassurés.


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L'Espagne, les vieux, les buts



Premier nœud. Evidemment, tout n'est pas tout rose. Ou tout bleu. A peine intronisé, que déjà, la presse italienne reproche à Prandelli le manque de jeu fluide de son équipe. De fait, hormis face aux Iles Féroé (pas le plus redoutable des adversaires), l'Italie n'a jamais réussi à dominer à outrance son adversaire. L'Irlande du Nord a résisté jusqu'au bout, l'Estonie a mené au score pendant plus d'une demi-heure et la Serbie a été battue grâce à l'ami Bogdanov. Ce qui fait encore défaut dans la construction, c'est le milieu de terrain, pourtant doté d'un bon niveau technique avec des joueurs comme Mauri, Montolivo, De Rossi ou Aquilani. Mais les automatismes manquent cruellement. Normal, pour une équipe qui n'a que 8 matches officiels dans les pattes et qui a tendance a trop vouloir se comparer, à tort, à une Espagne en place depuis plusieurs années.




Seconde interrogation. Impossible de le nier, la Nazionale de Prandelli a un souci en attaque. Si les statistiques disent qu'elle a inscrit 13 buts en 8 rencontres, la réalité du terrain est différente. 3 l'ont été sur tapis vert et 5 contre les Féroé. Le calcul est donc vite fait. Avec dans ses rangs des Pazzini, Matri, Borriello, Gilardino, Cassano, Balotelli, Rossi et Quagliarella, la Nazionale ne manque pourtant pas d'atouts offensifs. Néanmoins, aucun d'entre eux ne réussit à s'imposer comme le vrai "bomber", qui manque depuis Cristian Vieri. Or, les résultats de la Serie A imposent un réel casse-tête à Prandelli. L'actuel meilleur buteur se nomme Toto Di Natale. 33 ans. 25 buts en 29 matches. Derrière lui, Marco Di Vaio. 34 ans. 18 buts en 30 matches. Sans parler de Del Piero (36 ans), sauveur de la Juve la semaine dernière, et de Totti (34), régénéré depuis l'arrivée de Montella. Problème donc, les buteurs en forme ne rentrent pas dans le plan jeunesse de Prandelli. Pourtant, ce dernier ne leur ferme pas la porte. « Totti et Del Piero? Si lors du dernier match de qualification, il me faut absolument 3 points, je les convoque » a-t-il affirmé la semaine dernière. Et Inzaghi?



Dernier vœu. La discipline. Prandelli l'a vite fait comprendre : avec lui, on ne rigole pas. Exclu pour un coup de pied kung-fu avec Manchester City, Mario Balotelli n'a pas été convoqué pour les matches face à la Slovénie et l'Ukraine. Même punition pour De Rossi, après sa manchette sur Darijo Srna. « Je tiens beaucoup au code éthique. En faisant ces choix, qui peuvent même pénaliser l'équipe, je souhaite montrer à mes joueurs que les valeurs morales sont aussi importantes que les valeurs techniques » témoigne le coach. Cassano est prévenu. Pour un avenir radieux, l'Italie a besoin de son talent. Pas de le voir finir un match en slip en train d'insulter l'arbitre.



Eric Maggiori

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