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Noël Le Graët au pays des somnambules

Notre football ressemble à ces gens qui sortent de leur lit en pleine nuit, écrivent des mails insensés, se mettent à faire la cuisine, parfois même commettent le pire, le tout sans s’en rendre compte. Bienvenue au pays des somnambules.

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Comment résister au présent ? La question est délicate. Certains s’y plongent et y succombent sans retenue. Ceux-ci auront la mode pour eux, mais dureront ce qu’ont duré les Tamagoshi, les crop-tops ou les bananes en bandoulière. Les autres, plus prudents, s’y soustraient au nom d’une drôle de conception de l’éternité. Dans le confort de leurs sempiternelles robes de chambre, ils regardent le monde changer d’un air goguenard, évitant soigneusement de tomber dans les pièges de l’actuel. Sans aucun doute Nöel Le Graët est un inactuel. La preuve, il hausse les épaules quand on lui pose une mauvaise question ou tape dans le dos de l’employé du mois pour lui souhaiter bon vent. L’esprit « PME de province » est une valeur française à préserver. En tout cas si l’on en croit l’interview (lunaire) donnée au Figaro et publiée vendredi.

Le seigneur de Guingamp y raconte son entrevue avec Deschamps, le capitaine par qui le naufrage est arrivé contre la Suisse : « Il est arrivé sûr de lui, j'étais heureux de le recevoir, et à notre poignée de main, on a senti qu'on voulait travailler ensemble. Jamais, dans mon esprit, il n'a été question de le remettre en cause. » On aurait pourtant juré le contraire. En tout cas, si l’on en croit une certaine conception de la responsabilité professionnelle. Mais non, pour le président de la FFF, l’essentiel était ailleurs : « La question a été réglée en trois minutes. Sa volonté est très forte de continuer, la mienne l'était aussi. Il n'y a pas eu de débat sur "qu'est-ce qu'on fait ?" et "comment on fait ?" » Eh non, il n’y a pas eu de débat. Heureusement d’ailleurs. C’était le meilleur moyen d’être sûr de tomber d’accord.

« C’est factuel »


Pourtant, il y en aurait eu des choses à dire sur la gestion de ce match. On peut bien se moquer de l’incroyable enchaînement de mauvaises décisions lors de ce huitième de finale. Mais enfin, elles existent bien. « C’est factuel » , comme dirait DD. Attention, inventaire non exhaustif : l’avant-match jetant le trouble sur la sélection des latéraux (pourquoi avoir sélectionné Dubois pour finalement ne pas le faire jouer dans le système auquel il était pourtant habitué ?) ; le choix du 3-5-2 qui tombe comme un cheveu sur la soupe dans un match décisif et pour un motif obscur (la gestion du trio d’attaque est-elle tactique ou politique ?) ; la titularisation (et la sélection) de Lenglet après une saison catastrophique au Barça qui a fragilisé la défense ; le passage à 4 derrière en fin de première mi-temps qui n’est pas compris par tout le monde ; la sortie de Griezmann en fin de seconde mi-temps pour Sissoko sans aucune considération pour l’état de fatigue de Benzema (qui sortira à son tour quelques minutes plus tard) ou la probabilité d’une prolongation (même Mourinho s’en est ému publiquement) ; l’entrée de Thuram (plutôt que de Ben Yedder) pour les pénos, l’engueulade avec Coman qui était pourtant le seul à avoir encore du jus... Deschamps a perdu pied dans ce match. « Il y a une question pour laquelle on n'avait, tous les deux, pas de réponse : comment a-t-on pu prendre deux buts en dix minutes face aux Suisses ? » s’étonne Le Graët. La réponse était pourtant simple. Elle tient en un mot : la confusion.

Penser la performance


Rappelons, pour sa défense, qu’une performance sportive, c’est compliqué. Il y a des choses qui ne se commandent pas, c’est sûr. À commencer par la créativité qu’exige un moment d’une telle intensité. On ne peut pas entraîner les hommes à se préparer à ces moments décisifs et intimes. Le Graët fait l’ingénu et pourtant ils sont nombreux, en France, à s’être intéressés à cette question. Et depuis longtemps. À commencer par François Bigrel, professeur d’université, qui établit une distinction intéressante entre « P1 » et « P2 » pour comprendre ce qu’est la performance sportive. P1, c’est « le moment de la performance » , celui qui émerge en situation de compétition et propre à l’athlète. Cette dimension échappera toujours au préparateur et même parfois à l’athlète lui-même. Elle correspond au vécu intime du sportif. Parfois, on appelle cela « l’état de grâce » .

Et de l’autre, juste en face, il y a « P2 » , la préparation théorique à la performance qui est du domaine du coach. Il ne s’agit pas de plaquer des préconceptions, mais de se cultiver, de donner des outils de conceptualisation à son joueur pour essayer d’appréhender, en conscience, ce moment unique quand il se présentera. « Il s’agit d’accompagner la performance, mais pas de la détruire » , dit intelligemment Bigrel. Telle est l’erreur de Deschamps. Ses gesticulations en P2 ont rendu P1 impossible. « Aucun observateur n'imaginait qu'on allait être éliminés après avoir mené 3-1 à dix minutes de la fin » , plaide Le Graët. Faux. Car c’est précisément ce qui était arrivé quelques heures auparavant entre l’Espagne et la Croatie.

Des nouvelles du Titanic


Ce qui est vertigineux en fait dans les propos de Le Graët, ce n’est finalement pas le soin que le grand leader met à paraître normal. On a bien le droit d’avoir envie de passer pour un inactuel. En philosophie, c’est même plutôt une qualité. Non, le problème, c’est qu’on reconnaît dans cette volonté de ne surtout pas penser le présent un aveuglement propre au football français de ces dernières années. Est-il nécessaire de rappeler l’invraisemblable succession de dénis qui ont mené au fiasco Mediapro ? Au quasi-effondrement de notre Ligue 1 ? À l’historique impuissance de notre catégorie Espoirs à produire le moindre jeu en triangle contre des Pays-Bas largement prenables en quarts de finale de l’Euro ? À l’invraisemblable qualification pour une compétition prestigieuse (les JO de Tokyo) à laquelle personne ne veut participer (l’Espagne envoie 6 de ses demi-finalistes dont Pedri) ? Faut-il aussi rappeler la défiance grandissante à l’égard des critères d’attribution des diplômes d’entraîneur en France, du contenu des formations délivrées par la DTN ? Sur aucun de ces sujets l’interrogation n’est même possible. L’élimination prématurée en huitièmes de finale de l’archifavori de la compétition n’est en fait pas si difficile à expliquer. C’est la conséquence logique d’un naufrage toujours en cours.

Le football d’après


Et on ne parle ici que de notre Hexagone. Si l’on élargit maintenant le spectre, c’est tout le football européen qui est plongé dans une phase de révolution profonde. L’énergie déployée par la Fédération pour se tenir éloignée de tous les bouleversements est, là aussi, admirable. Citons-les pour mémoire : le modèle économique des clubs professionnels, l’irruption de la data dans le recrutement et le quotidien de toutes les grandes fédérations et clubs européens (à commencer par le Danemark ou l’Angleterre), le format des compétitions, la pression des nouveaux diffuseurs, les compétences nouvelles des entraîneurs confrontés à une évolution toujours plus rapide des modèles de jeu, la fragmentation de l’audience... Sur aucun de ces sujets le football français ne semble avoir avancé la moindre idée, le moindre « concept » pour parler comme Pablo Longoria, lui aussi tombé en disgrâce depuis.

Le football français semble vivre dans un monde parallèle, hermétique aux sensations extérieures, répéter des gestes de manière automatique sans véritable conscience des conséquences, refusant même toute forme d’interrogation. Au fond, notre football ressemble à ces hommes qui sortent de leur lit en pleine nuit, écrivent des mails insensés, se mettent à faire la cuisine, parfois même commettent le pire, le tout sans s’en rendre compte. Devant le visage effrayé de leurs proches inquiets des conséquences dramatiques que pourrait avoir une telle pathologie, le lendemain matin, ils le jurent pourtant, ils ne se souviennent de rien. Au XXe siècle, La France était le pays des philosophes. En 2021, elle est celui des somnambules.

Par Thibaud Leplat
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