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Luca Masali : « Pour les supporters du Toro, souffrir ce n’est rien, finalement ! »

Auteur de science-fiction reconnu en Italie, Luca Masali s’essaye depuis peu au polar sur fond d’embrouilles politico-sportives. Ou comment un supporter invétéré du Torino règle ses comptes avec ceux du camp d’en face, les « bossus » de la Vieille Dame...

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Dans Kadhafi, le foot et moi, Luca Masali reconfigure les années 1980 à base d’uchronie (cette reconstruction fictive d’une histoire vraie) et de fatras joyeux qui mêlent personnages de roman et figures bien réelles de l’époque. Alors que les organisations favorables à la lutte armée sont réduites à la portion congrue et que la FIAT prend le pas sur les syndicats ouvriers, Giovanni Oddone, petit dealer et tifoso irréductible du Toro, est incarcéré pour une vague et incertaine accusation de terrorisme. Dans la principale prison turinoise, il monte une arnaque XXL inversement proportionnelle à ses talents de malfrat, entre détenus de droit commun, mafieux et militants politiques. Dans cette comédie foutraque, il est question d’Henry Kissinger (le mythique diplomate américain), de Gianni Agnelli, l’avvocato légendaire de la FIAT et de la Juve, flanqué d’une héritière dingo, du drame du Heysel, de l’opération Gladio (initiée par la CIA) et du petit peuple des bas-fonds de la cité piémontaise. La Juve et le Toro sont également comme deux personnages de cet opéra burlesque aux multiples ramifications. Le titre originel fait d’ailleurs référence à l’équipe de Massimiliano Allegri, La maledetta Vecchia Signora (quelque chose comme « Cette maudite Vieille Dame » ). Dans tout le livre, Luca Masali ne cesse d’affubler de « bossus » ( « gobbi » , le surnom péjoratif des Juventini), tous les gens qui ont un rapport plus ou moins proche avec la Juve. Même Giovanni Oddone, son héros pitoyable, finit par travailler pour l’ennemi, omniprésent et héréditaire, et par tromper son équipe fétiche... On n’est jamais mieux trahi que par les siens...


Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire Kadhafi, le foot et moi ?
Mon éditeur à Il Saggiatore voulait que je raconte quelque chose qui s’inscrive dans l’histoire italienne. Il souhaitait que ça tourne autour de la tragédie du Heysel. J’étais à Turin en ce jour funeste puisque c’est la ville où je suis né. Il y avait un silence irréel cette nuit-là et il y avait un gars, un seul, qui courait en hurlant « hourra, hourra, on a gagné » . Je lui ai dit : « Comment peux-tu être joyeux après cette tragédie ? (39 morts) » . Il m’a hurlé dessus, hyper agressif, en me demandant si j’étais un supporter du Toro, la seconde équipe de la ville. Cela m’a durablement marqué. Dans le désert surréaliste de cette nuit, il n’y avait qu’un supporter heureux de la victoire de la Juventus en Coupe d'Europe des clubs champions. J’ai répondu à mon pote éditeur : « C’est un bon départ pour un livre, mais je ne veux pas écrire un truc sur la tragédie du Heysel. Je préfère écrire à partir de la fin des années 1980 sur la naissance de ce qu’on vit aujourd’hui. »

Pourquoi choisir l’uchronie pour écrire cette histoire ?
Cela vient de jeux que je faisais avec mon père, gamin. Cela m’a permis d’épicer mon enfance et de repeindre la réalité. D’apprendre à raconter des histoires, aussi. Comme écrivain, ça autorise à tordre la réalité à sa guise et de ne pas perdre le fil avec les jeux de sa prime jeunesse. C’est également un bon départ pour produire de la littérature.

Le colonel Kadhafi tient un rôle central dans votre récit...
(Il coupe) Quand j’ai commencé à écrire, Kadhafi était toujours vivant. En réalité, il était une figure importante de notre histoire, ces années-là (la Libye a été une colonie italienne dans la 1re partie du XXe siècle, ndlr). Il est également vrai qu’il était au conseil d’administration de la FIAT ; c’est vrai aussi qu’il a envoyé des missiles contre Lampedusa (1), sans parler de ses liens avec Craxi (ancien président du Conseil ; inquiété par la justice, il s’enfuit en Tunisie en 1994, ndlr), Andreotti (ancien président du Conseil, suspecté de liens avec la mafia, ndlr) ou Berlusconi. Dans les années 1980, les relations entre de nombreux dirigeants politiques de mon pays et Kadhafi étaient plus que troubles. Aussi, utiliser la figure de Kadhafi pour décrire cette époque m’a paru opportun.

Il y a également Gianni Agnelli et sa fille imaginaire, cocaïnomane et déjantée...
Il y a beaucoup de légendes urbaines à propos des héritiers de la famille Agnelli. À propos de Lapo (Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, ndlr), je ne suis pas sûr que ce ne soit que des ragots, car il y a quand même beaucoup, beaucoup d’histoires à son propos. Comme il y a eu un suicide (Edoardo, le fils de Gianni en 2000, ndlr), j’ai préféré inventer une fille qui n’existe pas dans la réalité, mais qui ressemble aux garçons. La dynastie Agnelli, c’est un peu notre famille royale à nous, même si c’est un peu moins fort aujourd’hui. Lapo est une sorte de roi, mais Gianni Agnelli (mort en 2003, ndlr), lui, était une sorte de figure aristocratique absolue, un gentleman ; je ne suis pas d’accord, mais c’est comme ça qu’il est perçu dans l’imaginaire collectif italien.

Dans le livre, il est beaucoup question du Toro, de Gigi Meroni aussi. Êtes-vous un fan du Toro qui nécessairement déteste la Juve ?
Ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. Je suis né à Turin, mais mon père qui était anthropologiste est venu de Lombardie. À son arrivée, il était ami avec des gars qui venaient de l’Italie du Sud et qui travaillaient à la FIAT. Des supporters de la Juve, donc. C’était un monde étrange à l’époque, on te demandait très tôt : « Tu soutiens qui ? Le Toro ou la Juventus ?  » Pas question de s’y soustraire. Je ne comprenais pas ce qu’ils me voulaient. Il n’y avait pas de tradition de football dans ma famille. J’ai répondu : « le Toro » , parce que pour des gens comme moi, c’était supposé être la « bonne » équipe. Aussitôt, j’ai commencé à me sentir comme un tifoso du Torino. Être un fan des Grenats signifie que tu ne soutiens pas l’équipe du « chef de l’usine » .

Pourquoi avoir choisi ce titre originel, « Cette satanée Vieille Dame » ?
Parce que je suis du Toro ! (il rit).

L’opposition binaire entre deux clubs d’une même ville autour de présupposés politiques a-t-elle encore un sens aujourd’hui en Italie ?

Oui, bien sûr, même si ça a un peu évolué, comme la chose politique d’ailleurs. C’est une question d’honneur pour les supporters. À Turin, les gens de gauche soutiennent le Toro. La Juventus, c’est pour... tout le monde (Rires).

Est-il douloureux de supporter le Toro aujourd’hui, alors que la Juve domine tant ?
Oui, absolument, mais ça l’a toujours été. C’est dans l’ADN du club de faire souffrir ses supporters. De la catastrophe de Superga à la mort de Gigi Meroni et toutes ces défaites... Vivre à l’ombre de la Juve n’est pas facile non plus. Pour nous, souffrir, ce n’est rien finalement. (Ironique) Les pires années, c’est quand on gagne le championnat, mais on est tranquille ; c’est arrivé il y a tellement longtemps (1976) que seuls deux ou trois vieux à l’asile s’en souviennent... C’est ce qu’endurent les vrais supporters des Grenats.

Que se passe-t-il dans la ville quand la Juve perd une finale de la Champions’ comme le 3 juin dernier, contre le Real ?
(Il hésite). On peut probablement dire que la moitié de Turin est vraiment, vraiment heureuse. J’étais du côté de ceux qui rigolaient... (il éclate de rire)

Vous avez bien des amis qui supportent la Juve ?
Maintenant, je vis à Milan, et comme tu peux imaginer, il n’y a pas beaucoup de supporters bianconeri à Milan.

Propos recueillis par par Rico Rizzitelli À lire : Luca Masali, Kadhafi, le foot et moi, éditions Métailié Noir, 21€

(1) - Bettino Craxi et Giulio Andreotti sont suspectés d’avoir prévenu Mouammar Kadhafi d’un bombardement américain visant à l’assassiner en avril 1986. Il y a échappé de justesse. En représailles, la Libye a tiré deux à trois missiles Scud vers des stations de l’US Coast Guard installées sur l'île italienne de Lampedusa. Elle aurait fait exprès de rater sa cible pour ne pas déplaire à ses amis italiens.
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