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Hwang Ui-jo, speed game

Monsieur 46%. Depuis le début de l'année 2021, Hwang Ui-jo est impliqué dans presque la moitié des buts de Bordeaux en Ligue 1. Aucun autre joueur de l’Hexagone ne porte un tel poids dans sa formation, preuve du flair des Girondins au moment de signer le Sud-Coréen il y a deux ans. Devenu indispensable à son club, auteur d'un début de saison furieux (déjà 4 buts), titulaire indiscutable en sélection, le gamin de Seongnam est aussi une véritable star au Pays du Matin calme. Il partait pourtant de loin puisque plus grand monde ne croyait en lui avant un inattendu déclic survenu en 2018.

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N'en déplaise à son voisin Kim Jong-un, la Corée du Sud se porte et s’exporte plutôt bien. Avec les BTS en étendard, la K-Pop est désormais regardée et écoutée aux quatre coins du globe. Squid Game cartonne sur Netflix, au point que vous verrez certainement débarquer les costumes de la série pour Halloween. Et pendant ce temps-là, Hwang Ui-jo donne le tempo aux Girondins de Bordeaux. L’attaquant de 29 ans est le joueur le plus décisif de son équipe depuis le début de saison, avec quatre buts et une passe dé. Une confirmation, bien que le digne représentant de sa nation ait auparavant dû nager à contre-courant. Tout a changé il y a un peu plus de trois ans de cela, sur l’île de Java.

Foot universitaire et exil au Japon


Août 2018. La Coupe du monde en Russie a tourné court pour les Guerriers Taeguk, éliminés en phase de poules. Leurs cadets se chargent de prendre le relais. Absent de la liste des 23 pour la Russie, Hwang est bien dans celle qui participera aux Jeux asiatiques, qui se tiennent en Indonésie. Même si sa convocation fait débat. « Il était connu comme une étoile montante mais il avait été un peu oublié parce qu’il jouait au Japon, resitue Lee Seung-hun, l’un de ses proches en Gironde. Il a été très critiqué suite à sa sélection car les Coréens ne suivaient pas ses performances au Japon. » Si Hwang Ui-jo porte alors le maillot du Gamba Osaka, c'est bien sur la terre coréenne qu’il s’était révélé. À Seongnam plus précisément. La ville où il naît et celle où le ballon arrive à ses pieds. « Quand j'étais écolier, j'ai participé à un tournoi régional. Je n'étais même pas licencié, j'ai joué sous le nom d'un autre enfant » , avoue même l’intéressé dans une vidéo publiée sur la chaîne Youtube des Girondins. Il rejoint l'académie du Seongnam FC en 2008, puis file à la prestigieuse université Yonsei (l’une des trois plus cotées du pays), toujours avec la même idée.



« En Corée, beaucoup de footballeurs décident d’aller à l’université plutôt que dans un club pro parce qu’ils veulent acquérir plus d’expérience, explique Lee Seung-hun. Le jeu à l’université ressemble beaucoup au jeu professionnel en Corée. Il y a une ligue universitaire donc c’est normal d’aller à l’université pour un jeune footballeur, un peu comme aux États-Unis. » Deux ans pour s’affirmer, puis retour à Seongnam, où il marque dès sa première titularisation en K League 1. Il passe cependant la majeure partie de son temps sur le banc, alors il redouble d’effort à l’entraînement. « Il venait toujours avant l'heure de convocation pour s'exercer. Avant la séance collective, il faisait toujours des tirs au but » , se rappelle l’intendant du club, Kwak Jae-seung. Et ça finit par payer.

Une médaille d’or pour échapper au service militaire


« Même pendant ses vacances, il s’entraîne. Et chaque week-end, quand il est libre, il regarde des matchs à la télé. Tout le temps. » Lee Seung-hun

Vainqueur de la coupe nationale en 2014, Hwang perce l’année suivante avec quinze buts en championnat et trois autres en Ligue des champions asiatique. Des performances qui lui ouvrent les portes de la sélection. Le néo-international sud-coréen redescend néanmoins de son petit nuage avec la relégation du Seongnam FC en 2016. Irrégulier balle au pied, probablement perturbé par une sombre histoire d’infidélité dévoilée au grand jour sur les réseaux sociaux, il passe une demi-saison en deuxième division avant de traverser la mer du Japon, où ses débuts sont loin de crever le plafond. D’où les interrogations, justement, sur sa présence aux Jeux asiatiques. Le sélectionneur U23 Kim Hak-bum attribue deux wild-cards (réservées aux joueurs de plus de 23 ans) à des cadres de l’équipe A, le gardien Jo Hyeon-woo et l’indispensable Son Heung-min. La troisième va à Hwang, qu’il avait déjà entraîné à Seongnam. Son choix fait jaser. Sur le terrain, les doutes sont rapidement dissipés. Auteur d'un triplé en à peine trente minutes dès son premier match contre Bahreïn, l'enfant de Seongnam enfile le costume de patron. La Malaisie, l'Iran, l'Ouzbékistan et le Vietnam y passent aussi. La Corée du Sud remporte l’or, et son arme fatale change de dimension. Meilleur buteur de la compétition avec neuf pions, l'attaquant gagne le statut de star, une exemption de service militaire pour lui et ses coéquipiers, et un surnom : « God Ui-jo » . Le début d’une irrésistible ascension.



Dans la foulée de ce titre conquis en Indonésie, Hwang termine l’année en boulet de canon. En club, il enfile les buts comme des perles (sept en autant de matchs) et permet au Gamba d’arracher son maintien. En équipe nationale, il soigne son retour chez les A en trouvant le chemin des filets à trois reprises et s’impose comme un recours évident en attaque aux yeux du nouveau sélectionneur, Paulo Bento. Quant à sa nouvelle popularité, elle ne semble pas le perturber outre-mesure. « Je me souviens de l'avoir vu être acclamé par des fans à la sortie de l’aéroport en Corée, narre son ami Lee. Ils hurlaient et le regardaient comme un dieu mais lui restait calme, respectueux, simple. » Pour couronner le tout, Ui-jo est nommé en décembre « Joueur sud-coréen de l’année » , une distinction habituellement décernée au crack de Tottenham Son Heung-min ou la légende de Swansea Ki Sung-yueng. Deux joueurs qui se font remarquer sur les prés du Vieux Continent depuis plusieurs saisons déjà. Et que Hwang a bien l’intention d’imiter. « Jouer en Europe ? C’est un rêve pour tout footballeur, reconnaît-il en marge d’un rassemblement de la sélection sud-coréenne, à Ulsan. Si j’ai une opportunité, je la saisirai. » Ça tombe plutôt bien : cette opportunité ne tarde pas à arriver.

Pas trop de salade, toujours plus de foot


À l’été 2019, Bordeaux débourse deux millions d’euros pour s’attacher les services du Guerrier Taeguk. « C'est un joueur que l'on suivait depuis longtemps. J'ai eu l'occasion d'aller au Japon l'observer la saison dernière à plusieurs reprises » , révèle Eduardo Macia, le directeur du football des Girondins, au moment de la présentation à la presse de sa dernière trouvaille. Désireux de voir ses protégés évoluer en Europe, Bento aurait aussi vanté les mérites de l’avant-centre sud-coréen à Paulo Sousa, l’entraîneur aquitain. Quand il débarque au Haillan, Hwang a presque 27 ans. Il galère pas mal avec l’anglais, plus encore avec le français. Pas idéal pour favoriser son intégration. Et pourtant. « Ce n’était pas simple, mais il s’est assez vite adapté, se remémore Éric Bedouet, alors préparateur physique des Marine et Blanc. Il ne parle pas beaucoup, c’est vrai, mais c’est quelqu’un d’ouvert, qui va vers les autres. » D’après Lee Seung-hun, qui occupait le poste de chargé de projet international au club, c’était même « plus facile pour lui de s’adapter à la France qu’au Japon, un pays voisin de la Corée, certes, mais à la culture très différente. En plus, cette fois, il avait déjà une expérience à l’étranger et il était bien entouré » . Sa mère et son agent restent auprès de lui durant le premier mois. Ce sont désormais son frère, Ui-cheol, et sa belle-sœur qui l’épaulent au jour le jour.

« Je suis persuadé qu’il ne faut plus le balader sur tout le front de l’attaque mais l’aligner dans l’axe, ou autour d’un joueur d’ancrage. La clé, ce sera ça. » Éric Bedouet

Si ses premiers mois de découverte de la Ligue 1 sont un poil laborieux (trois buts marqués à la fin de la phase aller), l’ancien du Seongnam FC fait en revanche rapidement l’unanimité au sein du vestiaire. « C’est un garçon très gentil, respectueux, avec une super mentalité, vante Bedouet. C’est toujours l’un des premiers à arriver à l’entraînement. Il est très sérieux, mais il réussit aussi à se lâcher et à exprimer son petit brin de folie. » Un peu moins, en revanche, quand il s’éloigne des terrains. « Il n’aime pas trop sortir, sourit Lee Seung-hun. On se voyait souvent chez moi ou chez lui. Avant la crise sanitaire, on allait quand même de temps en temps au resto, mais il préfère la cuisine coréenne. Les salades, ce n'est pas vraiment un plat pour lui, c’est trop léger ! » Il faut dire que le bolide a besoin d’un plein complet pour continuer de tourner. « Depuis 2018, il n’a presque pas eu de repos, poursuit son compatriote. Le championnat japonais, les Jeux asiatiques, la Coupe d’Asie, l’arrivée à Bordeaux, les Jeux olympiques, les allers-retours France-Corée pour ses matchs internationaux... Mais je le vois tout le temps avec l’envie de jouer, même s’il est fatigué. Il ne se plaint pas et il travaille. Il vit football. Même pendant ses vacances, il s’entraîne. Et chaque week-end, quand il est libre, il regarde des matchs à la télé. Tout le temps. »



Pour le FCGB, le recrutement du buteur d’1,85 mètre revêtait un intérêt marketing. Tous les matchs du club au scapulaire sont en effet retransmis en direct par la chaîne SBS Sport, très regardée au pays. Lors d’une rencontre face à Nantes en novembre 2019, les noms des Aquitains étaient d’ailleurs floqués en coréen. À cette visibilité en Asie s’est ajoutée une vraie plus-value sportive. Hwang fait désormais figure de valeur sûre au sein d’un effectif et, plus largement, d’un club en manque de certitudes. En 2020-21, ses douze pions ont eu leur importance dans la quête du maintien. Cette saison, même si Bordeaux se morfond en bas de tableau, son attaquant vedette, lui, répond présent, avec quatre buts, dont deux missiles à Montpellier et face à Nantes. Et il n’a peut-être pas fini de grimper les échelons. « Malgré son âge, il a encore une sacrée marge de progression, prévient Bedouet, qui a quitté le staff girondin cet été. Je suis persuadé qu’il ne faut plus le balader sur tout le front de l’attaque mais l’aligner dans l’axe, ou autour d’un joueur d’ancrage. La clé, ce sera ça. » La question, maintenant, est de savoir où il poursuivra son ascension. « La prochaine étape, je n’en ai pas parlé avec lui, souffle Lee Seung-hun. Je n’ose même pas lui demander. J’ai tremblé pendant les deux derniers jours du mercato, je voulais qu’il reste et il y avait beaucoup de rumeurs sur Internet. J’habite à Bordeaux, donc je préfère qu’il reste ici ! » Les amoureux des Girondins aussi.

Par Quentin Ballue et Raphaël Brosse, avec Emmanuel Hoarau Propos de Lee Seung-hun et d'Éric Bedouet recueillis par QB et RB.