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Valentin Guichard : « Ce n’est pas étonnant que pas mal d’entraîneurs soient célibataires »
À 35 ans, Valentin Guichard est le plus jeune entraîneur des trois premières divisions nationales. Si sa Berrichonne a vécu une première partie de saison aux résultats en dents de scie, la patte de l’ancienne figure de Jura Sud se fait de plus en plus sentir. Ça méritait bien un échange de début d’année pour découvrir cette curiosité des bancs français.

Que fait un entraîneur de haut niveau pendant ses vacances ?
Il essaie de donner du temps à sa famille, ses proches. C’est ce que j’ai fait, avec pas mal de kilomètres parcourus. J’ai aussi tenté de couper un petit peu avec le foot et le téléphone, même si, en réalité, on ne coupe jamais, car c’est une addiction et qu’il y a quand même un mercato potentiellement agité à préparer. On dort quand même un peu plus que quand on est en compétition et j’ai senti à la reprise que j’avais un peu plus de peps.
La première partie de saison de votre vie sur un banc de National 1 a été dense. D’abord, car ce n’est pas pour un tel projet que vous vous étiez engagé au départ. Puis, car il a fallu faire en sorte de créer un ensemble cohérent avec un groupe de joueurs qui n’avaient pas le moindre vécu commun. Comment l’avez-vous traversé ?
C’est vrai qu’il y a eu des rebondissements. Au moment des premiers échanges avec le club, on parlait de trois scénarios : une potentielle relégation administrative en N3, une autre en N2 et un potentiel repêchage en N1. Dans tous les cas, le projet de la Berri m’attirait, car ça a été pour moi l’opportunité de rejoindre un club avec une structure développée, une identité et une histoire. Un projet qui me permettait, aussi, de me concentrer uniquement sur mon corps de métier : entraîner. On a construit l’effectif pour la N2, en gardant l’option repêchage en tête, et on ne s’est pas précipités, mais l’idée restait de partir d’une page totalement blanche. Ce qui est tout sauf simple.
Pourquoi ?
Dans mon précédent club, Jura Sud, où j’ai été numéro 1 de l’été 2021 à l’été 2025, je me suis occupé pendant quatre ans du recrutement. J’y ai pris l’habitude de me dire que si tu fais 8-10 recrues, tu as toujours un joueur dont tu es vraiment déçu et un autre dont tu attendais un peu mieux. Tu as beau regarder des images, étudier… La réalité ne vient pas toujours se marier aux attentes. L’été dernier, à Châteauroux, on a recruté presque 25 joueurs. Si on fait le calcul, il y a une multiplication des potentielles erreurs. Cependant, je reste lucide : si le projet du club avait tout de suite mieux tourné, je n’aurais pas été nommé, car je n’ai pas le diplôme pour être sur un banc de N1. Aujourd’hui, j’entraîne avec une dérogation et avec la simple envie de tout donner pour réinjecter du positif dans le club et lancer un projet neuf.
On parle souvent de supériorité technique, numérique, mais on a très souvent tendance à oublier de parler de la supériorité socioaffective. C’est pourtant quelque chose de primordial, notamment dans les 30 derniers mètres.
Combien de temps faut-il, selon vous, pour mettre en place un projet ?
Un coach a besoin de temps, c’est vrai, mais il ne faut pas en abuser. J’estime que si tout est réuni et que tu gardes un groupe plutôt stable, au bout de deux ans, un ensemble cohérent et marqué doit se dégager. Maintenant, la réalité de certains projets augmente la difficulté. Avec Jura Sud, on a, par exemple, eu la réputation d’être les « pauvres » de N2. On recrutait pas mal en N3 ou en R1, quelques joueurs de N2 indésirés, mais chaque été, il y avait 10-12 recrues, et forcément, un effectif à 50% renouvelé demande un ajustement du projet de jeu. Cette fois, le projet a démarré de zéro, mais avec la confiance en mon staff et en notre méthodologie, on a pu voir après sept ou huit semaines de travail les prémices de quelque chose se dégager. Et le bilan, à la mi-saison, reste qu’une zone est bien plus longue que les autres à développer : les 30 derniers mètres.
Comment l’expliquer ?
Les 30 derniers mètres, c’est beaucoup de choses : une affaire d’automatismes, de talent, de créativité, de confiance. On parle souvent de supériorité technique, numérique, mais on a très souvent tendance à oublier de parler de la supériorité socioaffective. C’est pourtant quelque chose de primordial, notamment dans les 30 derniers mètres, où tu dois réussir à marier les qualités d’un joueur avec celles d’un autre, ce qui va te permettre de gommer certaines failles, et ces mariages, sociaux et techniques, tu ne peux pas les détecter en trois jours, surtout face à un groupe de 25 nouveaux joueurs.
Par quoi ça passe ?
De l’observation, du management, de l’échange. Le constat, nous concernant, est assez clair : on est une équipe qui aime le ballon, qui l’a très souvent, qui veut le contrôle, mais qui n’est pas assez dangereuse. Parfois, je pense même que l’on se trompe, que l’on pense qu’avoir la possession nous rapporte des points et on oublie qu’on ne peut pas entrer dans le but avec le ballon. On est parfois « trop propre », on attend la position idéale pour tenter. Pourtant, on voit qu’en N1, le nombre de frappes de loin est plus important qu’en N2. En quatre ans en N2, je n’ai encaissé que deux buts en dehors de la surface. Cette saison, on doit déjà en être à six ou sept.
Être une équipe « propre », c’était un objectif ?
Mathématiquement, plus tu as le ballon, plus tu vas avoir l’opportunité de faire mal et de peu concéder. J’ai aussi toujours conçu le foot comme une aventure d’émotions. La Berri a connu des frustrations ces dernières années, il y a une base de fidèles à reconquérir, et avec un jeu attrayant, si possible efficace, tu arrives davantage à bâtir un écosystème positif autour d’une équipe. Le président m’a dit vouloir remettre le foot au centre du projet, ça m’a parlé, et si on n’a pas toujours été beaux, globalement, on est satisfaits du développement esthétique de ce que l’on veut mettre en place.

D’où vient cet amour du foot ?
Comme beaucoup, j’ai voulu être pro, mais plusieurs blessures m’en ont éloigné, ainsi qu’un petit supplément d’âme, un côté « il faut absolument s’en sortir » que d’autres ont eu. J’ai fait pas mal d’essais, mais le jour J, je me suis toujours « chié » dessus. À 20-21 ans, après m’être fait deux fois les croisés, je me suis donc contenté d’une carrière en N2. Puis, on m’a tendu la main. Je sortais d’un BTS et on m’a proposé de me former en tant qu’éducateur. C’est un rôle qui m’a plu, dans lequel je me suis épanoui. Pourtant, je ne me voyais pas là-dedans. Ça s’est débloqué plus tardivement que chez d’autres. À Jura Sud, j’ai connu Yoann Damet, aujourd’hui à St. Louis, en MLS, lui était fait pour ça. Tu allais chez lui, il faisait des datas sur son ordi, alors que moi, au même âge, je jouais à la console. La chance que j’ai eue, une fois que ça s’est allumé, c’est d’avoir été appuyé par Jura Sud, mis en avant, puis le destin a aussi fait son travail.
Avant, dès que Neymar mettait un petit pont, j’étais le premier à me lever de mon canapé, mais ça, je ne l’ai plus. J’ai l’œil du coach et je vais plutôt regarder les animations.
Vous êtes un gros consommateur de matchs ?
Je prends peu, voire pas de plaisir devant les matchs, car je conçois vraiment le foot comme un métier. Avant, dès que Neymar mettait un petit pont, j’étais le premier à me lever de mon canapé, mais ça, je ne l’ai plus. J’ai l’œil du coach et je vais plutôt regarder les animations. Comme le foot me prend déjà beaucoup d’espace mental, j’essaie de ne pas me remettre une charge en regardant un nombre de matchs important. Je connais quelques joueurs de Ligue 1, mais peu. Je suis incapable de sortir deux joueurs d’Angers, par exemple. Je travaille comme ça depuis que je suis numéro un. Pour me protéger, être frais mentalement. Je considère aussi que pour le moment, la Ligue 1 et la Ligue 2, ce n’est pas mon métier. Mon métier, c’est le N1, la N2, la N3, où je regarde énormément de matchs. Je peux te donner les caractéristiques de chaque joueur de N1, car ça, c’est mon métier.
Vous ne cherchez pas d’idées en dehors de votre sphère d’action ?
Je regarde la Ligue des champions, mais sinon, ma recherche va passer par d’autres supports : des contenus faits par des analystes, des reportages sur des sports un peu plus individuels… C’est une partie qui m’intéresse énormément : détecter les leviers qui font, dans le sport individuel, que l’athlète va performer.
Des leviers que vous insérez ensuite dans un sport collectif ?
J’essaie, mais ça n’est pas toujours compris dans un effectif large, où tu touches encore plus à la sensibilité. J’ai été joueur, je sais ce que c’est. On peut se dire : « Mais pourquoi il ne me parle pas ? Il a une dent contre moi ? Et pourquoi il est tout le temps avec lui ? » Pourtant, ce n’est pas parce que je parle beaucoup à un joueur que je suis proche de lui. Cette saison, j’ai deux joueurs qui ont fait une très bonne première phase et à qui je parle très peu, voire jamais. À l’inverse, il y a des joueurs qu’il faut brasser, d’autres qu’il faut valoriser. Il y a uniquement des besoins différents pour arriver à la performance.
Votre staff a quel rôle là-dedans ?
Il est vraiment essentiel, et à l’intérieur, je ne veux que des personnes qui ont un autre train de vie, d’autres visions, d’autres personnalités, d’autres regards. Un gars comme Paul Grappe, notre préparateur physique, est, par exemple, plus carré. Moi, je suis un peu artiste sur les bords. On se complète et c’est important vu le travail que l’on fait, qui n’est qu’une quête de détails, de petits détails. Peut-être que parfois, on est trop dans cette quête. Quand j’ai débuté à Jura Sud, on m’a prévenu : « Tu es sur un banc de N2, maintenant, alors bienvenue dans la machine à laver. » Sur le moment, je n’ai pas compris. J’ai vite percuté.
C’est-à-dire ?
Quoi que tu fasses, ta journée fera toujours 24 heures. Pourtant, tu es dans ta quête, qui est une obsession, mais autour de toi, tu as une famille. Parfois, on te parle et tu écoutes à moitié, car tu penses à un détail. Ce n’est pas étonnant que pas mal d’entraîneurs soient célibataires, et c’est pour ça que, personnellement, j’essaie au maximum de faire la part des choses, pour aussi m’aérer l’esprit.

Vous aérez-vous l’esprit par des activités précises ?
C’est bête, peut-être, mais je le fais assez bien en conduisant. Je suis au volant, j’écoute de la musique, je respecte ce que la loi dit, donc pas de téléphone, et je suis dans ma bulle. Je me suis d’ailleurs refusé d’habiter à côté du centre d’entraînement pour étirer ce moment. Il peut même m’arriver de prendre un itinéraire plus long, avec plus de feux, si j’en ai besoin.
Vous avez évoqué votre manque de faim lorsque vous étiez joueur. Comment, en tant que coach, on réussit à entretenir la faim de ses joueurs ?
On en revient à la sensibilité individuelle. Joueur, je me suis vite mis dans l’observation, dans une forme de camouflage, pour analyser l’impact des mots de mes entraîneurs sur les joueurs autour de moi. Je n’ai pas changé. Je retiens des petits détails, chez tout le monde, comme les chaussures portées, des petites réactions, des choses, infimes, qui racontent pas mal sur les individus et peuvent permettre ensuite d’allumer des cases pour la performance. Maintenant, il y a aussi des blocages.
Comme ?
Comme le fait qu’un joueur de plus de 30 ans a connu tout un tas de management – celui où le coach tapait sur les jeunes, où le coach tapait sur les cadres – ou qu’au même moment, tu dois gérer des jeunes qui débutent. Coach, tu es au milieu, et ton boulot est de faire en sorte que tout le monde comprenne que tu veux le bien de tout le monde. Mais je suis lucide : mon management ne va peut-être parler qu’à cinq joueurs du groupe. Ce qui est important, et on en revient à la composition du staff, c’est que celui de mon coach adjoint, qui a une autre personnalité, va peut-être parler à cinq autres joueurs, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le monde soit concerné. Je reste le décideur, mais je vois le foot comme un tableau collectif.
Je me suis d’ailleurs refusé d’habiter à côté du centre d’entraînement pour étirer ce moment de conduite. Il peut même m’arriver de prendre un itinéraire plus long, avec plus de feux, si j’en ai besoin.
Mais combien de temps faut-il pour détecter quel joueur a besoin de quoi ?
La vérité est que c’est un éternel recommencement car tout au long d’une saison, ton joueur évolue. Surtout, il y a tellement de choses que l’on ne maîtrise pas. Tellement qu’il y a peu, je me demandais : au fond, en tant que coach, à quel point affectes-tu réellement sur un joueur ? À quel point ta causerie le touche vraiment ?
Vous avez trouvé la réponse ?
Non. (Rires.) Je sais que je ne l’aurai jamais, car à moins de séquestrer tous les joueurs, ici, au club, et de leur enlever les téléphones, tu ne sais pas qui vient manger chez eux, qui échange avec eux, comment ils dorment, ce qu’ils mangent. La seule chose que tu fais, c’est orienter un discours, et il faut accepter de ne pas tout contrôler. Un coach veut réduire les incertitudes, au maximum, mais la vérité est qu’il y en a trop.
C’est difficile à accepter, ça ?
Non, c’est juste la réalité, et c’est pour ça que quand on me dit « bravo, tu as sorti tel joueur », je réponds que je n’ai sorti personne. Ce qu’on fait, c’est créer un contexte pour aider un joueur à s’épanouir du mieux possible. Pour autant, six mois plus tard, l’exact même joueur va peut-être ne pas s’épanouir du tout dans un autre contexte. C’est le foot : de la sensibilité, les réponses à un contexte… Mais le joueur qui réussit dans la durée, c’est celui qui va réussir à s’épanouir dans le plus de contextes. Plus que le talent, c’est ce qui fait la différence.
Et un coach qui réussit dans la durée ?
C’est être convaincant, sans être figé, ne pas être aveugle face aux signaux d’alerte. C’est un jeu d’équilibre, en fait. Il faut être convaincu de ses idées, être têtu, et, par exemple, à la Berri, je joue depuis le début de saison avec Issam Bouaoune devant la défense. C’est un ancien 10 et depuis que je suis coach principal, j’ai toujours utilisé un ancien 10 devant ma défense. Au début, à Jura Sud, on m’a dit qu’en N2, c’était de la folie. Je n’ai pas voulu faire la tête brûlée, me prendre pour un autre, mais j’ai cru en mon intuition, et ça a fonctionné. J’estime d’ailleurs que c’est cette conviction forte en certaines idées qui fait que ton groupe adhère, même s’il faut aussi, pour le bien de ton groupe, sentir quand tu vas trop loin. Il faut également parfois se la jouer un peu acteur, dire à ton groupe qu’il va s’en sortir alors qu’au fond, tu flippes, mais là encore, c’est un jeu d’équilibre très fin.

Depuis votre arrivée, on parle aussi du côté très joueur de vos séances. Ça a toujours été ainsi ?
Je n’ai rien inventé. J’ai simplement été, tôt, voir ce qu’il se passe en Espagne, au Portugal, sur la périodisation tactique et le jeu de position… J’ai commencé à étudier ces courants avant d’être coach de l’équipe première, à Jura Sud. En revanche, un point m’a accompagné tout de suite : le fait que chaque exercice en salle de muscu ou sur le terrain doit servir au jeu. Je n’ai, par exemple, jamais fait une conservation passe à dix. C’est un exercice qui, à mes yeux, peut te faire travailler la technique, un peu la mentalité, mais qui n’a aucun sens de jeu dans l’idée : où est-ce que tu attaques et où est-ce que tu défends ? L’autre élément, bien sûr, c’est que le cerveau doit toujours être stimulé.
C’est-à-dire ?
De ma vie de joueur, j’ai retenu des leçons. J’étais défenseur et il était plus facile pour moi de défendre en N2 qu’en R1. Pourquoi ? Parce qu’en N2, si tu viens fermer un angle de passe, ton adversaire met le pied sur le ballon et ressort. En R1, un adversaire face à trois défenseurs va potentiellement faire la tête brûlée, défier la logique. À partir de ça, j’ai toujours travaillé avec l’idée de développer des joueurs confiants et créatifs. J’ai exploré des courants comme le funiño, la méthode Coerver, j’ai pas mal fait travailler des groupes de jeunes dans des espaces réduits, sur le dribble de dégagement, la feinte, la prise de balle, l’orientation… Simplement car tu as beau travailler toute la semaine tous les circuits possibles, si le week-end, au bout de 30 secondes, l’adversaire vient te bloquer l’angle de passe, quelle est la réponse que vont apporter tes joueurs ? Si tu as uniquement misé sur les circuits, tu es mort.
Un coach m’a déjà dit qu’il préférait un défenseur gagnant tous les duels et qui envoyait un ballon sur deux en touche qu’un joueur plus relanceur comme moi…
Comment travaillez-vous ces réponses ?
En maximisant, lors des séances, l’adaptation des joueurs. On a des principes forts, oui, mais l’idée n’est pas de dire à un joueur X que pour aller dans telle zone, le ballon doit passer par Y et Z. On met plutôt en lumière des zones faibles à exploiter, et sur le terrain, en partant de nos principes, le joueur doit traiter en temps réel les informations devant lui et s’adapter. On crée un contexte, encore une fois, et je n’ai jamais dit à un joueur : « Là, tu dois utiliser ton pied gauche, de l’intérieur… » Je me fiche de s’il fait sa passe de l’extérieur. Dans le jeu de position, il y a simplement des rôles fonctionnels à respecter pour s’offrir du temps et de l’espace. Et il faut, parfois, dans un premier temps, accepter de se sacrifier en fixant sans toucher le ballon avant de n’intervenir que dans un second temps. Ça, ce n’est pas simple à faire intégrer.
Car un joueur peut se sentir bridé ?
Absolument, mais l’idée est plutôt que la créativité doit être amenée dans les bonnes zones. Maintenant, chaque entraîneur a ses idées. Moi, par exemple, en phase de construction, je ne veux jamais plus de trois joueurs. D’autres coachs préfèrent en mettre sept. Mais sur ce point comme sur d’autres, je ne pars que d’une question : joueur, qu’est-ce que j’aurais aimé vivre ?
Vous avez été frustré, parfois ?
Un coach m’a déjà dit qu’il préférait un défenseur gagnant tous les duels et qui envoyait un ballon sur deux en touche qu’un joueur plus relanceur comme moi… Je conçois ce jeu par le plaisir, le jeu, la prise de risques, et j’essaie d’amener mes joueurs là-dedans. Mon job, c’est donc d’orienter certains profils, de les remplir. En début de saison, on a un ailier qui préférait jouer côté gauche, revenait toujours sur son pied droit, mais ne variait jamais. Petit à petit, on a travaillé, car pour moi, un ailier doit maîtriser quatre approches pour frapper : il peut prendre appui sur son attaquant, qui lui remet face au jeu et frapper ; il peut dribbler, accélérer côté, puis frapper ; il peut donner à l’attaquant, qui le lance dans le demi-espace ; il peut aussi rentrer intérieur et armer en vitesse, tout seul. Et plusieurs approches pour dribbler aussi. J’insiste car c’est un poste clé pour mon animation, mais je suis aussi lucide. En N1, on a une variété de profils : des joueurs formés, d’autres à maturité plus tardive, d’autres qui ne pourront jamais tout nous offrir…
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— La Berrichonne de Châteauroux (@LaBerrichonne) January 15, 2026
Est-ce plus simple de travailler avec des jeunes joueurs ?
Je n’idolâtre personne et avec moi, chacun a sa chance, peu importe le statut. Comme dirait Mbappé, on ne me parle pas d’âge (Rires.) C’est ce qu’il s’est passé avec Jad Koembo, qui est formé ici, qui jouait en réserve la saison dernière. Le président veut relancer la formation, Jad a d’abord repris avec nous parce qu’on était en reconstruction, mais je l’ai testé une fois, deux fois… Au bout de deux séances, je lui ai demandé : « Pourquoi tu joues toujours en deux touches de balle ? » Il m’a répondu : « Parce que c’est ce qu’on m’a toujours demandé. » Je lui ai expliqué que tant qu’il n’y avait aucun adversaire devant lui, je voulais le voir conduire le ballon. Le lendemain, je lui ai montré deux trois images. Puis, on l’a essayé à un poste, puis à un autre, et finalement, on s’est rendu compte qu’il savait tout faire. Résultat, il a joué tous les matchs. Et c’est marrant, car maintenant qu’il a le morceau dans les mains, tu sens qu’il veut plus encore, qu’il devient super pro, qu’il se couche tôt, et on doit presque lui demander d’un peu lâcher de lest pour qu’il ne finisse pas en surentraînement. En tout cas, aujourd’hui, c’est une réussite et la preuve que les portes sont ouvertes au talent. C’est aussi une réalité : un bon jeune, tu peux le modifier. Un joueur de 35 ans, ça sera plus dur, ou tu devras te battre davantage avec des choses ancrées. À moyen, long terme, l’objectif du club est d’avoir plein de Jad : des talents, qui montent de catégorie, que l’on développe… Mais il faut aussi tomber, là aussi, sur le joueur qui s’épanouit dans notre contexte.
Il ne faut pas vous parler d’âge, mais vous êtes quand même le plus jeune entraîneur des trois premières divisions nationales. Il y a aussi cette problématique du diplôme. Où en êtes-vous ?
C’est une vraie question, car en fin de saison, l’objectif n’est pas de tout casser. On cherche une stabilité pour le club, redorer l’image de la Berri, la rendre de nouveau attrayante, même si on a connu des accrocs, comme notre récente élimination en Coupe de France (4-1, face à Fontenay-le-Comte, club de N3), qui a été très, très dure à avaler. Pour le BEPF, il faut avoir cinq ans d’ancienneté. Je suis dans ma cinquième année et je vais donc postuler en 2026, pour moi, mon club. Aujourd’hui, j’ai une dérogation, mais sans elle, quand on connaît la situation financière du club, ça sera difficile de continuer, je le sais, car il faudrait assumer les amendes. L’année va être importante, l’envie est de continuer. Maintenant, si je ne suis pas conservé, c’est que les choses doivent se passer ainsi. Peut-être qu’il faudra utiliser d’autres moyens pour y arriver, comme être adjoint en Ligue 1, en Ligue 2, ce qui m’a déjà été proposé, mais je ne cours pas après la gloire, l’argent. Je dis même souvent que si ça doit s’arrêter, ça s’arrêtera.
Vraiment ? Mais pour faire quoi ?
J’ai énormément de recul par rapport à ma fonction, ce qu’on gagne, et demain, s’il faut que je retourne dans la vie « normale », je serai capable de le faire. Je pense que je deviendrais chauffeur-livreur, dans mon camion, avec ma musique.
Et rien ne vous manquera ?
L’humain, les émotions… C’est ce que je viens chercher le matin et ce qui manque le plus aux entraîneurs au chômage. C’est aussi ce qui me pousse à réfléchir, à fouiller, pour ne pas rater le prochain virage, car tous les 10 ans, le foot évolue. En N2, avec Jordan Gonzalez, je pense qu’on a été les premiers à proposer le jeu de position comme on l’a proposé. On n’a rien révolutionné, mais on a osé des choses. Il faut savoir sentir les courants. Je regarde moins de matchs qu’avant, mais quand je le fais, c’est surtout ça que j’essaie de trouver : ce que sera le foot demain.
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