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Cinq nations rattrapées par la guerre avant une Coupe du monde

Par Mathis Blineau-Choëmet et Adrien Radulovic
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Cinq nations rattrapées par la guerre avant une Coupe du monde

Menacé par Donald Trump en cas de participation au Mondial, l’Iran n’est pas la première nation du football à subir les conséquences d’une guerre à quelques semaine d’une Coupe du monde. Retour sur l’histoire de cinq équipes de foot déjà victimes du bellicisme des dirigeants de ce monde à l’aube de la plus grande des compétitions.

  Autriche, 1938

Dans l’histoire de la Coupe du monde, l’Autriche est la seule nation qualifiée pour la phase finale contrainte de déclarer forfait à cause d’une guerre. Alors que la Wunderteam, demi-finaliste en 1934, se préparait à participer au Mondial après une campagne de qualification réussie, celui qu’Ousmane Dembélé désigne « l’Allemand, là » décide d’étendre les territoires du Reich. Le 12 mars 1938, la Wehrmacht franchit la frontière germano-autrichienne, les drapeaux nazis flottent sur Graz, Vienne et Linz, et Adolf Hitler officialise l’annexion du pays d’Europe centrale. Cet événement pré-Seconde Guerre mondiale, l’Anschluss, pour être précis, provoque la disparition de l’équipe de football autrichienne qui se résout à dire adieu au Mondial. L’Allemagne en profite alors pour enrôler les cracks autrichiens au sein de son équipe nationale juste avant le tournoi. Ironie du sort, la Mannschaft est éliminée en huitièmes de finale par les rois du non-alignement, la Suisse. Faites du football, pas la guerre, comme dirait l’autre.

  Russie, 2022

24 février 2022. Au petit matin, Vladimir Poutine et son armée envahissent l’Ukraine. Quelques jours plus tard, la Russie, organisatrice du précédent Mondial, est bannie de la course à la Coupe du monde par la FIFA. Deuxième de son groupe de qualif grâce aux missiles envoyés par Artiom Dziouba et aux dribbles chaloupés du Monégasque Aleksandr Golovin, la Sbornaïa allait disputer une demi-finale de barrage contre la Pologne un mois plus tard. Finalement, le pays frontalier à l’Ukraine, qui accueille de nombreux réfugiés depuis cette invasion, avait gagné cette demie sur tapis vert avant d’empocher son ticket pour la Coupe du monde grâce à une victoire en finale de barrage contre la Suède.

Quatre ans plus tard, la Russie, toujours engagée sur le front ukrainien, n’a participé à aucun match de qualif pour cette Coupe du monde en partie organisée chez celui qui avait déroulé le tapis rouge à Poutine en Alaska. Une fois de trop, Donald Trump ne méritera pas de défiler dessus. Lors de sa campagne électorale, le joueur de golf avait promis d’arrêter la guerre en Ukraine, ce qui aurait pu influer sur un possible retour des Russes. Plus d’un an après avoir posé ses fesses sur les sièges moelleux de la Maison-Blanche, Trump n’a, comme avec l’Iran au sujet du nucléaire, pas tenu ses promesses : le conflit est toujours gelé et le pays de l’autre brute est toujours logiquement suspendu des compétitions de football.

  Turquie, 1950

Le football retrouve des couleurs après douze années d’interruption causées par la Seconde Guerre mondiale. Dans la joie, le Brésil accueille cette édition qui marque une rupture après des années sombres de l’histoire. Mais nombreux sont les pays qui ne peuvent pas se déplacer, majoritairement affectés financièrement par la guerre. Parmi eux figure la Turquie. Neutre pendant la quasi-totalité de la Seconde Guerre mondiale, le pays coule économiquement. Dans le camp des vaincus de la Première Guerre mondiale sous l’appellation d’Empire ottoman puis durement affectée par la Grande Dépression de 1929, la Turquie est accablée par le remboursement de ses dettes, à tel point que les civils parvenaient à peine à se nourrir. Conséquence : le pays ne pouvait assurer financièrement le déplacement de son équipe au pays du futebol.

Yougoslavie, 1994

En 1991, l’Organisation des Nations unies avait encore un peu de pouvoir. Quelques jours après le début de l’interminable guerre de Yougoslavie, le conseil de sécurité de l’ONU décrète un embargo sur les armes contre ce pays meurtri par une spirale de violences intercommunautaires. Un an plus tard, la paix n’a toujours pas été signée, et la FIFA décide d’exclure de la World Cup 1994 la Yougoslavie, qui se résume à l’époque aux territoires actuels de la Serbie, du Kosovo et du Monténégro. Quart-de-finaliste en 1990, la bande de Dragan Stojković espérait au moins réitérer cette performance aux States. Déjà exclue de l’Euro 1992 au profit du futur vainqueur danois, la Plavi quittera les éliminatoires deux ans avant la compétition, qu’elle regardera à la télévision, malheureusement plus habituée à diffuser des reportages sur la Sniper Alley de Sarajevo.

  Iran, 1986

« Football for Peace », tel est le mot d’ordre pour la 13e édition au Mexique en 1986. Même au siècle dernier, la FIFA tentait tant bien que mal de rassembler les pays, dont l’Iran, par le sport. Sauf qu’à 13 290 km des côtes mexicaines, l’Iran est engagé dans un conflit armé et sanglant contre l’Irak depuis 1980. À la suite de la chute du Shah et de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, le nouveau régime se fait envahir par un certain Saddam Hussein. Les deux pays frontaliers vont alors se livrer une guerre sans merci pendant huit ans. Niveau football, la République islamique d’Iran, bien occupée à gérer son conflit, décide de ne pas accepter les règles de la confédération asiatique et refuse de jouer ses matchs de qualification en terrain neutre. Pour ce Mondial, onze équipes du Moyen-Orient se battent pour un seul ticket. Tirée au sort dans un groupe avec Bahreïn et le Yémen du Sud, l’équipe nationale d’Iran refuse catégoriquement de jouer en dehors de ses terres et se voit disqualifiée. L’histoire retiendra que son adversaire de l’époque, l’Irak, a finalement décroché sa place au Mondial en battant la Syrie lors d’une double confrontation (3-1) et ira même défier l’équipe hôte. Quarante ans après, son ennemi américain organisera lui cette Coupe du monde à laquelle la Team Melli pourrait à nouveau ne pas participer.

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