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Sylvain Venayre : « Quand on regarde un match à la télé, le décor disparaît »

Propos recueillis par Maxime Renaudet
Sylvain Venayre : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Quand on regarde un match à la télé, le décor disparaît<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Renversé en juin 1985 par une voiture lors d'un échange scolaire en Allemagne, Sylvain Venayre a longtemps cru qu'il était un des survivants du Heysel. Aujourd'hui historien, il interroge sa passion du foot dans Mon album Platini, bande-dessinnée qui nous plonge dans son adolescence et nous fait revivre la carrière de Platoche, aux côtés de Thierry Roland et Sigmund Freud. Sacré casting.

L’histoire de Mon album Platini commence en juin 1985, quand vous vous faites renverser par une voiture lors d’un échange scolaire en Allemagne. Racontez-nous… J’avais 15 ans et j’étais arrivé en Allemagne l’avant-veille. Comme je l’explique dans la BD, quand je sors du coma, j’ai l’impression incroyable d’avoir été une victime du drame du Heysel, que j’avais vu à la télé quelques jours avant notre séjour scolaire. En revanche, ce dont je ne me souviens pas, c’est l’accident en lui-même et les trente minutes qui le précèdent. Je me revois avec les correspondants français et allemands en train de prendre un ballon de foot, d’aller le faire gonfler à une station-service, mais je ne me rappelle absolument pas de la partie. Ce sont des informations objectives, c’est comme ça que ça s’est passé. Mais en même temps, à chaque fois que je me réveillais, il fallait que je fasse un petit effort pour admettre que je n’étais pas une victime du Heysel. Ce truc-là était tellement réel que ça m’a poursuivi pendant plusieurs années.

À chaque fois que je me réveillais, il fallait que je fasse un petit effort pour admettre que je n’étais pas une victime du Heysel.

Comment vous expliquez cette étrange impression ?La seule explication que je puisse trouver à ce rêve, que j’ai fait à plusieurs reprises, c’est la puissance des images à la télévision. Je me suis un peu replongé dans cette adolescence, ce qui correspondait à la carrière de Platini, et je me suis rendu compte que c’est vraiment le moment où le foot a basculé dans un star-system porté par les images et une sorte de professionnalisation incroyable. Ce que dit d’ailleurs volontiers Platini.

Justement, vous explorez cette importance des images, que ce soit celles de la télé, des journaux ou des albums Panini dont vous faisiez la collection.Oui, je pars de ce problème intime qui me pousse à avoir une réflexion sur le football et les images, et tout cet éveil culturel qu’on utilise très souvent dans le langage sportif. Un des personnages dit d’ailleurs que les Français ont fait rêver les spectateurs en 1998 et en 2018. C’est à la fois une figure de style usée, qu’on utilise tellement souvent qu’elle ne veut plus rien dire du tout, et en même temps, ce n’est pas si faux que ça. Malgré tout, on peut vraiment rêver de foot, et ça, on le fait à travers les images. Le foot dont il est question dans cette BD, c’est le foot spectacle, ce n’est pas le jeu lui-même ou la pratique sportive.

Votre scénario nous plonge dans votre jeunesse aux côtés de Michel Platini, Freud et Thierry Roland, mais il fait aussi cohabiter deux Sylvain Venayre. Celui qui s’est fait renverser par une voiture en 1985, et celui d’aujourd’hui, qui tempère beaucoup la naïveté du jeune adolescent que vous étiez.Oui parce qu’il se trouve que je ne suis plus tout jeune, j’ai 50 ans, mais je me souviens bien de la force des sentiments qui nous emportent quand on est pris par un spectacle sportif. En presque 40 ans de spectacle à la télé, le match qui a été le plus fort en émotion de ce point de vue-là, c’est France-Allemagne en 1982. À l’époque de Platini, ce match a même procuré plus d’émotions que le France-Portugal de 1984 en demi-finales du championnat d’Europe, que la France finit par gagner.

En 1982, le voisin nous avait prêté une petite télé avec pour qu’on puisse voir France-Allemagne.

En parlant de ce France-Allemagne 1982, il me semble que vous l’avez regardé dans des conditions un peu spéciales.C’est tout à fait exact. J’avais 12 ans, et on venait de déménager avec ma famille dans un appartement absolument vide. On avait juste des matelas gonflables, des couvertures et un pique-nique. Le voisin est venu sonner à la porte en disant qu’il était tout à fait inadmissible qu’on ne puisse pas voir le match. Il nous avait prêté une petite télé avec une antenne dessus, pour qu’on puisse voir France-Allemagne. Ce qui fait dire au personnage que, quand on regarde un match à la télé, le décor disparaît. D’ailleurs, quand j’explique cela à Freud, qui n’a pas connu la télévision, le décor disparaît et cela autorise les personnages à entrer eux-mêmes dans la télé.

J’avais plus de sympathie à l’époque pour quelqu’un comme Jean Tigana, ou Alain Giresse.

Vous avez vécu l’attentat de Battiston comme quelque chose d’extrêmement douloureux. Qu’est-ce que ça vous fait de le revoir aujourd’hui ?Comme quelqu’un qui a vécu tout ça dans le sens où en fait, ces images, on les a beaucoup beaucoup revues. C’est même un des problèmes, y compris pour le dessinateur, car l’attentat de Schumacher sur Battiston, ça fait 40 ans qu’il tourne en boucle. Souvent, c’est d’ailleurs le piège de ces images de foot, car on nous repasse toujours les mêmes : un bel arrêt, un beau but, une belle action collective ou un très vilain geste. Mais ce qu’on perd dans cette manière de se remémorer le football, c’est le temps long du match, les 90 minutes qui se jouent sur des rythmes évidemment inégaux.

Platini était votre idole de jeunesse ?Pas vraiment, j’avais plus de sympathie à l’époque pour quelqu’un comme Jean Tigana, ou Alain Giresse. Mais la carrière de Platini me permettait de circonscrire mon enfance, puisqu’il commence en 1972, deux ans après la Coupe du monde au Mexique, et accessoirement, ça a été le moment où les albums Panini sont devenus autocollants. Enfin, il finit sa carrière en 1987, l’année où j’obtiens mon bac. Et après le bac, je suis parti faire autre chose, j’ai arrêté le foot, sans d’ailleurs beaucoup lui manquer.

Vous collectionnez encore les albums Panini ?Non, plus maintenant, mais mon petit voisin le fait avec une grande passion. Je ne les ai même pas gardés, alors que j’avais pris le plus grand soin à essayer de les avoir le plus complet possible. Et je constate que ceux qui ont fait ça les mettent en vente sur Ebay à des prix incroyables. Mais notre éditeur a eu l’extrême gentillesse d’en acheter un du Mondial 1982 en Espagne, et il est complet. C’était aussi, je crois, une des raisons pour lesquelles on est allé chercher Christopher comme dessinateur, afin d’avoir un dessin qui correspond à ce qu’on raconte. Tout tourne autour des images, tel que les albums Panini les représentent, et je trouve qu’on retrouve ça dans son trait.

Platini s’est toujours prudemment tenu à l’écart des engagements partisans. Et se tenir à l’écart des engagements partisans, ça veut dire légitimer leur existence.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Platini ?Je crois qu’il ne faut pas trop trop attendre des sportifs une fois qu’ils sortent du terrain de jeu. On a un peu tendance à les prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Certains d’entre eux font des carrières politiques, et on a pris l’habitude que le ministre des Sports soit un ancien sportif de haut niveau. Ça n’a pas forcément beaucoup de sens. Le joueur que vous avez aimé disparaît au moment où il arrête sa carrière.

La politique est un des autres sujets abordés dans votre BD qui, de fait, est à la fois roman personnel et roman national.Oui, car la politique a traversé les débats sur le football à la fin des années 1970 et au début des années 1980. De ce point de vue-là, Platini s’est toujours prudemment tenu à l’écart des engagements partisans. Et se tenir à l’écart des engagements partisans, ça veut dire légitimer leur existence. C’est une question qui a été tranchée il y a très longtemps par le philosophe Alain qui disait : « Quand quelqu’un me dit qu’il n’est ni de droite ni de gauche, la première chose qui vient en tête, c’est que ce n’est certainement pas quelqu’un de gauche. »

Publié aux éditions Delcourt dans la collection Coup de Tête, Mon album Platini, de Sylvain Venayre, Christopher et Mathilda est disponible en librairie depuis le 21 avril.

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Propos recueillis par Maxime Renaudet

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