S’abonner au mag

Sur la route de Goodison

Par
6' 6 minutes
0 Réaction
Sur la route de Goodison

Quand Liverpool se fait éjecter du Big Four, les seconds couteaux commencent à tutoyer ce rêve inaccessible : la Ligue des champions. Et cette année, les prétendants se bousculent aux portes de la quatrième place qualificative pour la plus prestigieuse des Coupes d'Europe : Liverpool donc, Man City, Aston Villa, Blackburn, Portsmouth et surtout Everton, ah oui, « l'autre club de Liverpool »...Mais après tout, les Toffees (caramels mous) pourraient bien refaire le coup de 2005 et forcer les Reds à chatouiller les oreilles du trophée qui les a grandes. L'occasion de rappeler que le foot se conjugue aussi en bleu sur les bords de la Mersey.

Joleon Lescott est un mec super “tendance”. Parce qu’il fait la promo des tortillas Doritos sur son site internet. Et surtout parce que son manager à Everton, David Moyes, ne cesse de louer la polyvalence du néo-international. C’est que malgré son positionnement sur le terrain, arrière gauche ou défenseur central, Lescott est souvent bien placé dans la zone de finition, marque beaucoup de buts, 5 depuis le début de la saison, et non des moindres. Samedi dernier, il a planté un des deux pions qui font aujourd’hui dangereusement tanguer Wigan, encore défait hier soir par Middlesbrough.

Plus fort, le 12 janvier, Joleon terrasse Manchester City, le concurrent direct. Everton occupe la quatrième place de Premier League, devant son voisin d’Anfield, ses super actionnaires et ses dizaines de millions d’euros consacrés au recrutement. Ironie du sort, c’est un énième derby de la Mersey perdu face aux Reds (1-2), à Goodison Park, qui a véritablement relancé les Toffees dans la course à l’Europe, après un début de saison prometteur mais inconstant.
Depuis cette damnée 10e journée, Everton a enquillé neuf succès en 14 matchs même si le club digère mal, comme Tottenham ces deux dernières années, les “big games” dont se régalent les candidats au titre (trois défaites contre Arsenal et Manchester, un nul à Stamford Bridge).

L’effectif 2007-2008 possède les trois vertus cardinales d’une très bonne équipe de Premier League. L’amour des corps à corps de Phil Neville, Tim Cahill, Nuno Valente, Joseph Yobo ou encore Thomas Gravesen. La vitesse de Yakubu Ayegbeni et d’Andy Johnson en attaque. Et enfin une plus-value technique au milieu de terrain et sur coups de pied arrêtés grâce à Mikel Arteta et Steven Pienaar.

Goodison Park attend une nouvelle passerelle vers la Ligue des champions, une deuxième chance. En août 2005, avalés par Villarreal, les Toffees avaient perpétué la malédiction, celle d’un club malchanceux, sans aura continentale et décrédibilisé localement, la faute à une décennie 90 moisie à souhait. C’est oublier un peu vite que le Everton FC dominait déjà la Division One en 1891, avant la naissance du Liverpool FC, ou encore qu’il fut le premier locataire d’Anfield. Ah oui, « l’autre club de Liverpool » ?
L’autre club de Liverpool

Neuf championnats, tout de même… Ajoutez-y cinq Cup et une Coupe des coupes : le palmarès a de la gueule. Everton le doit à une congrégation de méthodistes soucieux d’encadrer la jeunesse dans l’Angleterre victorienne de la fin du 19e siècle.

En 1878, les ados de la paroisse endossent la tunique du St Domingo Football Club. Après les matchs, ils vont boire un coup dans l’ancienne fabrique de caramel “Ye Anciente Everton Toffee House”, dont l’enseigne inspire le nom actuel du club, adopté en 1879. Douze années passent, puis premier coup dur : les Toffees quittent Anfield Road et prennent la route de Goodison Park. L’année suivante, le bébé rouge naît à l’initiative du brasseur et propriétaire d’Anfield, John Houlding, celui-là même qui avait expulsé les précédents locataires. Au moins lui doit-on le fameux “derby de la Mersey”.
En 1888, Everton a participé, en compagnie de onze autres clubs, au premier championnat d’Angleterre. Et la fortune n’est pas souvent au rendez-vous : 25 ans plus tard, au crépuscule de la pourtant “Belle époque”, les Blues ont terminé neuf fois sur le podium pour le seul titre de 1891. L’entre-deux guerres, c’est ensuite l’avènement de Dixie Dean, “the Iron man”, un pur scouser en acier trempé qui survécut à un grave accident de moto pour mieux souder les Toffees : 379 buts en 431 rencontres de première division et trois couronnes nationales dont la dernière en 1939, respect !

Deuxième coup dur : le second conflit mondial ensevelit le palmarès du Everton FC. Il faut attendre un nouveau quart de siècle pour voir s’épanouir Howard Kendall et la pépite Alan Ball, l’un des oubliés de l’Empire britannique (en 1966, il remporte la Coupe du monde avec l’Angleterre mais n’est pas sacré Chevalier de l’Empire britannique, comme quatre autres de ses coéquipiers).
Sa génération dorée, Everton a su l’exploiter au présent comme pour construire l’avenir. Après deux passages à l’étage inférieur, les 60’s admirent des Blues tout feu tout flamme squatter l’avant-garde du classement. Ce qui n’est pas de trop dans la mémoire collective, au vu de la tornade rouge qui s’abat sur l’Angleterre et sur l’Europe dans les années 1970. Les Toffees tentent de ne pas fondre devant tant de grâce, prennent des raclées dans les derbys et recommencent à jouer au yo-yo. La direction donne les clefs de la fabrique à un glorieux ancien de la maison, Howard Kendall, tacticien sommaire mais exceptionnel meneur d’hommes. Le kick and rush vit des jours heureux à Goodison Park. La touche longue et les gros coups de savate sont à la mode. Mais le jeu proposé reste un peu cheap aux yeux des supporters, d’autant que l’équipe ne passe pas le cap de la 7e place en championnat. Kendall persiste, fait les soldes en Irlande, en Ecosse et au Pays de Galles et gagne, enfin, une Cup en 1984, tandis que Liverpool triomphe en C1 pour la quatrième fois en sept ans.

Le déclic…et le début de la fin

Qui se souvient qu’Everton fut le principal rival de Liverpool dans la deuxième moitié des années 1980 ? Avec leur effectif style “Lions britanniques”, les Toffees jouent au foot avec des qualités et des valeurs de rugbymen. Leur pedigree sent la zone mais ce qui les rassemble, c’est la rage de vaincre, ou un diffus sentiment de revanche peut-être pour certains. Le gardien gallois Neville Southall a gardé les cages du Bury FC tandis que ses compatriotes Pat van den Hauw et Kevin Sheedy ont consommé du fighting spirit à Bolton et à Liverpool.

En attaque, deux Ecossais titillent les chevilles des défenseurs adverses : Graeme Sharp et surtout Andy Gray, le renard des surfaces le plus accrocheur du royaume. Durant les cinq premiers mois de l’année 1985, Everton ne perd plus un match quelle que soit la compétition, remporte le championnat au nez et à la barbe des Reds de Kenny Dalglish, relégués à 13 points. Dans la foulée, à Rotterdam, les Blues enlèvent la C2 face à l’anachronique Rapid de Vienne d’Antonin Panenka (3-1) mais s’inclinent en finale de la Cup devant Liverpool. S’achève alors une demi-saison exceptionnelle qui suscite beaucoup d’espoir. Puis survient un nouveau coup dur : le drame du Heysel.
Cinq ans…Un nouveau titre en 1987 pour la bande du transfuge Gary Lineker et quelques duels homériques avec Liverpool, dont les finales de Cup 1986 et 1989, n’ont jamais pu effacer le traumatisme né de l’exclusion de toute compétition européenne des clubs anglais.

Aujourd’hui, les Toffees actuels ne savent sans doute pas grand-chose des exploits de leurs ainés. Sont-ils conscients de la dette européenne qu’a contractée l’Histoire avec le club ? Everton veut sa Ligue des champions, les fans rêvent de voir Barcelone supplanter Sunderland ou Fulham à Goodison Park. Le club a appris depuis bien longtemps à fuir le passé pour évacuer le gâchis du Heysel. Du coup, cette philosophie engendre une politique de recrutement “droit devant”. Jugez plutôt : se côtoient aux avant-postes Yakubu Ayegbeni, 29 buts avec Portsmouth en deux saisons puis 24 buts entre 2005 et 2007 sous les couleurs de Middlesbrough, James Beattie, meilleur striker de Premier Leaugue avec Southampton en 2003, et Andy Johnson, l’ancien goleador de Crystal Palace, 49 buts entre 2003 et 2005.

Le 29 mars prochain, les trois hommes devront affûter leurs crampons. Ce jour-là, à Anfield, malheur au vaincu. L’occasion pour Everton de conjurer le mauvais sort. Et pour Joleon Lescott de s’enfiler un paquet de Doritos le cœur léger.
Pierre Arnaud

Everton-Tottenham, 21h

Alan Rothenberg : « Le gouvernement des États-Unis s'est trop impliqué dans la Coupe du monde 2026 »

Par

Commentaires

Les membres ont posté 0 commentaire sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Les grands récits de Society: Touche pas à son poste
  • Enquête
Les grands récits de Society: Touche pas à son poste

Les grands récits de Society: Touche pas à son poste

Cyril Hanouna. On ne parle que de lui. Et rarement pour en dire du bien. Adoré par ses très nombreux fans mais détesté par le milieu, le héros de Touche pas à mon poste est devenu en quelques mois le parrain du PAF. Mais combien de temps cela durera-t-il? La question se pose. Et la réponse, pour beaucoup, est évidente.

Les grands récits de Society: Touche pas à son poste
Articles en tendances




Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.