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À Pescara, il suffisait d’Insigne

Par Cyrus Mohammady--Foëx
6 minutes
À Pescara, il suffisait d’Insigne

Sans club depuis le début de la saison, Lorenzo Insigne a fini par poser ses valises à Pescara, lanterne rouge de Serie B. Un retour aux sources pour l’ailier italien, qui y a connu les premières grandes heures de sa carrière il y a presque quinze ans. Alors qu’il pourrait faire ses premiers pas ce mardi soir face à Catanzaro, histoire de retrouvailles sans doute moins évidentes que nécessaires, à l’heure où Insigne comme Pescara cherchent à retrouver leur grandeur passée.

À quoi pense Lorenzo Insigne, un jour d’été 2025, alors qu’il vient de résilier son contrat avec Toronto ? À sa dernière saison toute tristoune en MLS, soldée par un petit but en douze matchs ? À des plans d’avenir, dans l’espoir de s’offrir une dernière aventure au plus haut niveau ? À moins qu’à 34 ans, Lorenzo Insigne ne commence tranquillement à rembobiner le fil de sa carrière. Et de penser, rêveur, aux premières fois où son nom fut scandé par des milliers de supporters, cette année-là dans les Abruzzes.

Ce vendredi soir d’août, les supporters de Pescara sont peut-être eux aussi empreints de mélancolie. Assis dans les tribunes du stade Adriatique, ils assistent impuissants à une cuisante défaite des Delfini face à Cesena, en ouverture de Serie B. À chaque but encaissé, au moindre mouvement collectif brouillon, se remémorent-ils un temps pas si lointain où quelques gamins pétris de talent illuminaient cette même pelouse ? Cela tombe bien, cinq mois plus tard, la saison est toujours morose à Pescara, mais le frisson Insigne est de retour auprès de cet amour qui aurait pu rester éphémère.

Dis, quand reviendras-tu ?

Tout se passe comme si, chacun dans le creux de la vague à leur manière, Pescara et Insigne devaient bien finir par se retrouver. Depuis la fin de son aventure canadienne, l’ailier de poche ne cesse de clamer son envie de poser ses valises en Serie A, dans l’espoir un peu fou de jouer la Coupe du monde en Amérique avec la Nazionale. Après tout, son compatriote Federico Bernardeschi semble alors suivre ce chemin : arrivé en même temps que lui à Toronto, l’ancien ailier de la Juve a trouvé refuge à Bologne pendant le mercato estival 2025. Oui mais voilà, le cas Insigne est plus délicat. La trentaine bien tassée, pas franchement en réussite ces derniers mois en MLS, son profil suscite des doutes.

Alors, les semaines passent, des contacts sont pris avec différents clubs transalpins, mais rien n’aboutit. Pas même à la Lazio, où l’attaquant est pourtant annoncé avec insistance. Début août, le directeur sportif romain, Angelo Fabiani, coupe court aux spéculations à l’occasion d’une interview radiophonique : « Un leader de vestiaire, nous en avons déjà un (Pedro, 38 ans, a prolongé à la Lazio cet été-là, NDLR). Et puis, je souhaite miser sur de jeunes joueurs, pas des trentenaires. Avec tout le respect que j’ai pour Insigne, je ne pense pas qu’il corresponde au projet du club. » La saison commence, Insigne ronge toujours son frein.

Insigne a toujours gardé Pescara dans un coin de sa tête. Il disait que s’il devait un jour retourner en Serie B, ce serait ici.

Enrico Giancarli, journaliste suiveur de Pescara

Il est un endroit pourtant où ses coups de reins font toujours rêver. Naples ? Bien sûr, en dix années sous le maillot des Partenopei, l’enfant de Campanie est devenu une figure emblématique du club. Seulement, c’est sans lui que le Napoli est allé chercher ses deux Scudetti. Sur les rives de l’Adriatique en revanche, rien ne peut tarir le formidable souvenir laissé par l’ailier à l’issue de son unique saison passée au club, en 2011-2012. Il faut dire que dans l’histoire récente de Pescara, ces quelques mois font office de douce anomalie.

Éloigné de l’élite depuis le début des années 1990 le club des Abruzzes pensait batailler une énième saison pour conserver sa place en Serie B. Et puis, voilà que toute une ville assiste à l’éclosion simultanée de trois jeunes Italiens promis à un grand avenir. Marco Verratti, d’abord : formé au club, l’enfant du coin s’impose vite comme le métronome de l’équipe. Mises sur orbite par le regista de 19 ans, les deux autres pépites de l’équipe peuvent alors enquiller les pions : Ciro Immobile, qui termine meilleur buteur de Serie B, et donc Lorenzo Insigne. Sous les ordres du génial entraîneur tchèque Zdeněk Zeman, ce Pescara marque beaucoup, encaisse pas mal aussi, et remporte brillamment le championnat.

Mais sitôt passé la nuit d’ivresse, les Delfini retrouvent un quotidien moins enchanté. Comme ses deux copains, Insigne s’en va. Quant à Zeman, il s’en va appliquer ses beaux principes sur le banc de la Roma. Bon dernier de Serie A, Pescara redescend illico presto en deuxième division. Les saisons suivantes, le club vivote en Serie B. Les Biancazzuri parviennent certes à retrouver l’élite en 2016 à l’issue d’une victoire en barrages, mais redescendent aussi vite.

Pis, depuis voilà dix ans, c’est surtout entre la deuxième et la troisième division que Pescara fait l’ascenseur. Début 2026, les voilà déjà distancés : tout juste revenu en Serie B, le club des Abruzzes pointe à la dernière place, à six points des barrages. Et dire qu’il fut un temps où Pescara distribuait les corrections. « Clairement, la saison 2011-2012 revêt une aura légendaire, affirme sans hésiter Enrico Giancarli, journaliste sportif dans la ville côtière. On a connu quelques beaux moments depuis, mais vraiment rien de comparable. »

Le pressing gagnant de Verratti

En berne sportivement, rongé par les dettes, Pescara semble n’avoir plus que ce glorieux souvenir auquel se rattacher. Marco Verratti est le premier à faire le pas. À l’été 2025, celui qui s’est entre-temps perdu dans le championnat qatari devient officieusement coprésident des Delfini. Concrètement, la société qu’il crée avec le président en place, Daniele Sebastiani, détient plus de 80% des parts du club. Depuis Doha, Verratti s’active. Au téléphone, il pousse pour convaincre Lorenzo Insigne de retourner à son tour dans les Abruzzes. Sensible aux arguments de son ex-coéquipier, l’ailier hésite pourtant jusqu’au bout.

Voilà qu’il se met plutôt à rêver d’un retour au Napoli, qui a contacté son agent quelques jours plus tôt. En vain : « Je leur ai tout de suite dit que j’étais disponible, et même prêt à jouer gratuitement s’il le fallait. Ils ont finalement fait un autre choix. Tant pis, je ne suis pas rancunier », a reconnu le principal intéressé en conférence de presse. Restait donc Pescara. « Insigne a toujours gardé Pescara dans un coin de sa tête. Il disait que s’il devait un jour retourner en Serie B, ce serait ici », souligne Enrico Giancarli. Les retrouvailles sont scellées.

Le 29 janvier dans la soirée, des centaines de tifosis accueillent leur idole, les têtes pleines de souvenirs. Depuis, la douce odeur de nostalgie qui s’est emparée de la cité n’est pas retombée. Retrouvant le numéro 11 avec lequel il a fait trembler ses premiers filets, Lorenzo Insigne est attendu comme le leader d’une équipe par ailleurs complètement renouvelée : pendant le mercato, huit nouveaux joueurs sont arrivés à Pescara, quand dix ont fait leurs valises, dont le capitaine Riccardo Brosco.

Forcément, chacun imagine déjà le champion d’Europe récupérer le brassard pour mener la mission maintien. Immenses, les espoirs qui entourent le retour de Lorenzo Insigne en feraient presque oublier les doutes quant à son état de forme réel. Comme d’autres avant eux, Insigne et Pescara rejoindront-ils le cimetière des amours retrouvées ? Peut-être, mais en attendant, l’histoire est suffisamment belle pour y croire au moins un peu.

Quatorze ans plus tard, Lorenzo Insigne fait son retour à Pescara

Par Cyrus Mohammady--Foëx

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