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Une jeunesse sans réseaux, une Ligue 1 sans réserve ?
L’Assemblée nationale a adopté un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Or cette tranche d’âge a déjà pris l’habitude de suivre le football via Snapchat ou TikTok. La Ligue 1 risque-t-elle d’y perdre des plumes et, à terme, de l’audience ?

« Les cerveaux de nos enfants et de nos adolescents ne sont pas à vendre », s’était ému, avec indignation, le président de la République, Emmanuel Macron. Dans cette même vidéo, destinée à être largement RT, il avait annoncé une procédure accélérée pour l’adoption de cette proposition de loi destinée à interdire l’accès aux réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Snapchat, voire d’autres applis selon l’avis de l’Arcom) aux mineurs de moins de 15 ans – ainsi que l’usage du téléphone portable au lycée – afin qu’elle puisse entrer en vigueur dès la rentrée prochaine, en septembre 2026 donc. « On peut comprendre cette disposition, au regard du manque de régulation des plateformes, mis en lumière lors des auditions parlementaires », résume Boris Radojcic, directeur créatif dans une agence de communication.
Le souci du législateur apparaît en effet plus que légitime, notamment face aux dangers du cyberharcèlement, dont on a malheureusement constaté qu’il pouvait conduire, dans certains cas extrêmes, au suicide des victimes. Toutefois, d’une certaine manière, la bataille semble déjà en partie perdue. En France, 76 % des enfants de 11-12 ans possèdent au moins un compte sur un réseau social, alors même que l’âge minimum est aujourd’hui fixé à 13 ans. Une réalité qui interroge sur l’effectivité future de la loi, quand on connaît la facilité, technique en particulier, de contournement de ce genre de prohibition.
Un potentiel frein pour la Ligue des talents
Surtout que ces préadolescents constituent également une fan base potentielle loin d’être négligeable, en particulier pour les industries du divertissement. Le football ne fait évidemment pas exception, et a même dû se faire une raison. Le secteur a depuis longtemps compris que, de ce point de vue, la conquête des esprits et des habitudes se joue également sur les réseaux sociaux, et ce dès l’obtention du premier smartphone. Les réseaux sociaux occupent désormais une place incontournable dans la vie sociale, y compris chez les adultes. Pour les jeunes générations, leur utilisation relève presque de l’évidence, au même titre que de savoir lire ou écrire. Le football a dû s’y résoudre face à l’ampleur du phénomène : 63 % des jeunes supporters âgés de 16 à 25 ans utilisent Instagram pour s’informer, 49 % TikTok et 35 % X (anciennement Twitter).
Si tu es un club de moindre exposition, avec 90 % de ta fan base située dans l’Hexagone, les répercussions en matière de visibilité, de consommation de contenus, voire de revenus – notamment publicitaires – seront forcément plus sensibles.
Longtemps en retrait, la Ligue 1 a récemment franchi le cap des 50 millions d’abonnés sur l’ensemble de ses comptes officiels – dont 22 millions sur TikTok, une plateforme particulièrement prisée par les collégiens – tout en restant derrière les ligues européennes les plus suivies, comme la Premier League ou la Liga. « De fait, l’impact va se révéler à géométrie variable », précise Boris Radojcic. « Les clubs à dimension internationale, comme le PSG et ses 176 millions d’abonnés cumulés, seront peu affectés. Leur audience se construit largement hors de nos frontières. En revanche, si tu es Dunkerque ou un autre club de moindre exposition, avec 90 % de ta fan base située dans l’Hexagone, les répercussions en matière de visibilité, de consommation de contenus, voire de revenus – notamment publicitaires – seront forcément plus sensibles, même si elles resteront mesurées dans l’immédiat. » Boris Helleu, maître de conférences à l’université de Caen, nuance lui aussi l’ampleur du danger, du moins sur le plan strictement économique : « Sous réserve que la loi soit techniquement efficiente, cela ne devrait pas bouleverser radicalement le business model, qui repose avant tout sur les droits télévisés, le trading de joueurs ou encore la billetterie. »
La bataille culturelle est engagée
En revanche, l’universitaire s’inquiète davantage des effets à moyen et long terme, sur un versant plus culturellement qualitatif. « Le football ne se consomme plus uniquement le jour du match. Il a su trouver sa place dans un univers hyperconcurrentiel, celui désigné sous le concept d’économie de l’attention, dont l’un des principaux enjeux reste le public jeune. Une privation des réseaux sociaux peut susciter un certain éloignement, y compris vis-à-vis de la communauté des supporters, qui existe désormais aussi, et massivement, dans l’espace virtuel. »

Dans le même registre, un autre effet pervers, au moins envisageable, réside dans le risque d’accentuer les inégalités dans l’accès à l’information ou au spectacle du ballon rond. Cela concerne tout particulièrement la Ligue 1, dont l’actualité se vit aujourd’hui aussi – et parfois surtout – en scrollant des contenus sur son smartphone, via de courtes vidéos de moins d’une minute qui constituent l’essentiel des supports de brand content contemporains. « Sur le plan de la consommation du football, souligne Boris Radojcic, on risque de retirer une forme de gratuité du foot pour cette catégorie d’âge, notamment pour celles et ceux qui n’ont pas d’abonnement télé à la maison. Cela pourrait créer une forme de discrimination dans le droit, à moindres coûts, aux images, aux résumés et aux buts. » À moins, comme semblent l’espérer nos députés, que cela ramène nos chers bambins au stade communal IRL.
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