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Perfect Imperfection : quand Éric chantona

Le tonton terrible du foot français, Éric Cantona, sort ce vendredi son premier album. Celui qui a fait de son football un art et qui ne cesse de l’exprimer par n’importe quel autre moyen le fait cette fois en chanson et nous propose Perfect Imperfection, un album voulant s’inspirer de Nick Cave, Leonard Cohen, Bashung, Marianne Faithfull ou encore Gainsbourg. Rien que ça...
Le King est de retour. Pas Elvis, non. Ce roi-là nous a habitués à des punchlines aussi relevées que son col. Ce roi, c’est Éric Cantona. « Un artiste, c’est celui qui a le don d’éclairer une chambre noire », philosophait-il. Un artiste, il l’a toujours été. Sur le terrain, déjà, où il illuminait le Théâtre des rêves de Manchester United dans les années 1990. Mais son art n’arrête pas aux bandes blanches qui délimitent le terrain de jeu. Des lignes, il en trace, en peint, en lit, en écrit.
Cantona a arrêté sa carrière au sommet de son art, à 30 ans, mais s’y consacre toujours à bientôt 60 piges. Jouer dans un film de Ken Loach, peindre des toiles expressionnistes ou photographier à l’argentique, monter sur scène, (tourner des pubs,) c’est ce qui a occupé Cantoche. Celui-ci ne cesse de s’exprimer, quelle qu’en soit la manière. Mais aujourd’hui, c’est vers la musique qu’il se tourne. Ce vendredi 13 mars, sort son premier album nommé Perfect Imperfection, avec comme inspirations Nick Cave, Leonard Cohen, Bashung, Marianne Faithfull ou encore Gainsbourg. Barclay étiquette le CD, mais rien à voir avec le championnat anglais qu’il a remporté à quatre reprises.
Faire l’amour, pas la guerre
Récemment, pour Clique, l’ex-striker a proposé une « loi internationale qui dirait que si un président décide d’aller faire la guerre, qu’il soit le premier au front, au lieu d’envoyer des jeunes de 18 ans ». Lui ne voit pas ses enfants aller faire la guerre, et fait du pacifisme un sujet récurrent dans cet album de onze titres, dont certains sont déjà parus dans un EP en 2023. Dans « Droigts », dont le clip est réalisé par Johan Dalgaard et la musique composée par Gaëtan Roussel, son texte, inspiré du combat du lanceur d’alerte Julien Assange, critique les puissants de ce monde qui nous privent de nos droits. Cantona propose alors d’utiliser ce qu’il nous reste, nos doigts, pour « les leur foutre au cul ». Quel poète ! On ne sait pas qui de Khazri ou de Trump appréciera le plus.
Mais Cantona n’est pas qu’un révolutionnaire. L’enfant du soleil de Marseille rappelle qu’en plus d’être indigné, il peut rêver, il peut aimer. C’est ce qu’il exprime dans « Of the Sun ». Le texte lui en serait venu instinctivement, comme quand il frappait dans le ballon. « C’était à Bangkok. Je suis entré dans la chambre et me suis mis à griffonner. Les mots sont venus comme ça… » se souvient-il dans le dossier envoyé à la presse. S’est-il relu après ?
Derrière son visage froid et autoritaire, il y a la chaleur du Sud, il y a un gros lover. Maniaque, Cantona raconte la genèse de « We Drive » : « J’étais à Marrakech. L’hôtel où j’ai mes habitudes étant complet, je me suis retrouvé dans un autre, sans charme ni âme. Je n’avais qu’une hâte : prendre le volant, rouler, fuir avec mon épouse dans le désert. » Avec elle, c’est l’amour ouf, « On se love » pourrait être leur hymne. « On ralentit, on freine. On s’élance, on s’arrête. » Il ne parle pas de course d’élan ici… Bientôt 60 bougies, mais Cantona reste un grand enfant. Dans son écriture comme en dessin, il assume sa puérilité. Perfect Imperfection se conclut alors par « À la gorge des loups », joué sur un piano jouet.

Est-ce qu’Éric Cartona ?
Son premier album est, finalement, comme son titre l’indique. Ses odes à l’amour, à la paix et à la liberté, chantées par sa voix grave, ce qui permet de le différencier d’un Yannick Noah, proposent une façon d’appréhender le monde. « Cette parfaite imperfection, c’est la vie même », cite-t-il. Qu’on apprécie ou non son art, Cantona s’en fout, il s’en est toujours foutu. Depuis ses débuts à l’AJ Auxerre, le King trace sa route sans réellement prêter attention à ce qu’on pourrait penser de lui. Alors, pour ce premier album, on lui donne la note de 6 sur 10. Allez 7 : un chiffre qui collera toujours bien à ce sacré numéro qu’est Cantona.
Raphaël Varane, obsolescence programméePar Ethan Ameloot
Photo : Jason Hindley.





















































