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Qui est Al Walid ben Talal, le prince saoudien qui voudrait racheter l’OM ?

Par Hélène Coutard
Qui est Al Walid ben Talal, le prince saoudien qui voudrait racheter l’OM ?

Depuis plusieurs mois, la rumeur enfle dans les rues de Marseille : Al Walid ben Talal al Saoud voudrait racheter l’OM. Longtemps connu uniquement du milieu des affaires, le prince saoudien est désormais le meilleur ami de tous les Marseillais. Mais qui est-il, que veut-il, ce prince que l’on dit progressiste et richissime ?

Au fil des tweets, des DM, des audio notes, il est devenu juste Al-Walid. Comme un pote. Plus besoin de détailler son nom à rallonge, son CV ou sa nationalité, tant les petits drapeaux saoudiens fleurissent et ont parfois remplacé le bleu et blanc, sur les réseaux. Antara, 23 ans, a posté le sien il y a déjà quelques mois. « Je connais tout sur lui, s’exclame-t-il en rigolant. Dans quelles sociétés il investit, quand, pourquoi et comment il les a choisies… Qu’est-ce qu’il a fait pour son pays… » Des recherches fournies qui lui ont permis d’en arriver à une conclusion : Al-Walid ben Talal Al Saoud est un mec bien, « généreux, avec un bon cœur ». Et puis surtout, il veut acheter l’OM. Enfin, il aurait, peut-être, peut-être pas, montré un intérêt pour le club, voire fait une offre au propriétaire américain Frank McCourt (qui aurait été peut-être acceptée, peut-être refusée). Et ça suffit à Antara. « Moi j’assume, j’ai fait du lobbying sur les réseaux pour l’Arabie saoudite, raconte ce supporter de l’OM. Beaucoup disent qu’ils ne veulent pas des pétrodollars, et que Mohammed ben Salmane est une mauvaise personne… Honnêtement, si demain l’OM se remet à gagner des trophées, je peux vous dire que plus personne ne critiquera l’Arabie saoudite ! »

Si les Saoudiens arrivent, c’est sûr, au vu de mes recherches, ils vont pas venir pour jouer à la baballe.

Si on lance Antara sur Al Walid et l’Arabie saoudite, le jeune homme admet lui-même que ça peut durer un moment. Il faut dire que les enjeux sont grands, et les rêves encore plus. « Le club va complètement changer de dimension », pose-t-il sans hésitation. « L’OM a été le plus grand club français de l’histoire, mais on va pas se mentir, à l’instant T, depuis que Deschamps est parti, il n’y a plus d’ambition. Si les Saoudiens arrivent, c’est sûr, au vu de mes recherches, ils vont pas venir pour jouer à la baballe. Ils vont venir pour avoir un club fort. Moi, j’imagine une évolution énorme, avec des infrastructures qui suivent, à la Manchester City. Sauf qu’avec l’âme des supporters de l’OM, ce sera plus fort ! »

Du business à l’américaine

Quand il se rase le matin, dans sa propriété de 23 000m2 à Riyad ou dans son camp tout confort au milieu du désert, Al-Walid ben Talal pense-t-il à Marseille autant que les supporters pensent à lui ? Probablement pas. Avec ses cinq heures de sommeil par jour, il faut dire qu’Al-Walid a des to-do-lists chargées. En tant qu’homme d’affaires, son CV semble même irréprochable : il aime investir dans des entreprises, jeunes ou pas très en forme, et les emmener loin sur le long terme. Selon son unique biographie autorisée, Alwaleed : Businessman, Billionaire, Prince rédigée en 2005 par le journaliste Rizwan Khan, l’homme d’affaires commence en s’accordant un pécule de 30 000 dollars dans les années 1980. Il se voit vite accorder un prêt de 300 000 supplémentaires. Profitant de son statut de prince – il est le petit-fils d’Abdelaziz ibn Saoud, le fondateur de l’actuel État saoudien, qui eut 89 (!) enfants et donc beaucoup de petits-enfants -, Al Walid engrange ce qui est estimé à environ 40 millions de dollars en faisant office d’intermédiaire entre des investisseurs étrangers et des compagnies saoudiennes. Puis il investit. Beaucoup. D’abord, ce seront les banques, puis l’immobilier en Arabie saoudite, les hôtels partout dans le monde, et enfin, les médias. Et finalement, un peu de tout.

Il est différent du businessman saoudien typique. Sûrement parce qu’il a fait ses études aux États-Unis où il a appris à faire du business à l’américaine et pas à la saoudienne – ça inclut par exemple d’être très strict sur les horaires.

Aujourd’hui, Al Walid a des parts dans une ribambelle d’entreprises ; de Disney à Apple, de Twitter à eBay, sans compter tout ce qu’il a créé lui-même à travers son fonds d’investissement Kingdom Holding Company, par exemple le groupe de média Rotana (TV, label de musique, production cinématographique). En 2017, le magazine Forbes estimait sa fortune à presque 18 milliards d’euros. « Il est différent du businessman saoudien typique. Sûrement parce qu’il a fait ses études aux États-Unis où il a appris à faire du business à l’américaine et pas à la saoudienne – ça inclut par exemple d’être très strict sur les horaires », se souvient aujourd’hui son biographe. Alors qu’un demi-million d’hommes saoudiens ont plusieurs femmes, Al Walid a été mariée quatre fois, mais toujours à une femme à la fois, et a eu deux enfants de son premier mariage. S’il n’y avait pas cette sombre histoire de personnes de petite taille exploitées pour le divertissement des invités dans son camp de luxueuses tentes dans le désert, sa réputation n’aurait été que très rarement écornée. Pour effacer ses incartades, le milliardaire sait se montrer généreux. Quand il fait cuisiner de mirobolants repas que ses invités touchent à peine, il s’arrange toujours pour que les restes soient livrés aux pauvres de la région. Dès les années 1980, il crée l’Alwaleed Philanthropies pour faire des dons à des ONG ou des universités. Juste après le 11 septembre 2001, il fait même un don de 10 millions de dollars à la mairie de New York. Rudy Giuliani, maire à l’époque, refusera son chèque. En cause, la note envoyée avec ce cadeau, conseillant aux États-Unis de « réexaminer ses politiques au Moyen-Orient et adopter une position plus équilibrée à l’égard de la cause palestinienne ».

Je voulais lui paraître respectable, sinon j’avais peur qu’il refuse de m’adresser la parole. Je suis arrivée en super col roulé, hyper sobre. Et en fait, son assistante m’a accueillie, elle était en minijupe et en décolleté. Il n’en avait rien à carrer.

Al Walid super star

S’il s’est toujours tenu loin de la politique, Al Walid est néanmoins connu comme un progressiste. Son père, avant lui, l’était encore plus : ancien ambassadeur en France, le prince Talal ben Abdelaziz Al Saoud défendait des réformes sociétales, la création d’institutions laïques et d’un Parlement élu par le peuple. Mais c’est la cause des femmes dont son fils héritera. Au sein de son entreprise, plus de 65% des employés sont des femmes, et elles sont encouragées à retirer leur voile en arrivant au bureau si elles le souhaitent. « Il était très fier des accomplissements de sa fille et n’a jamais fait de différence entre ses enfants, se souvient Khan. Dès le début des années 2000, il a commencé à recruter des femmes à des postes haut placés. » C’est également car Al Walid l’a décidé que l’Arabie saoudite voit apparaître des employés femmes aux comptoirs des magasins Panda, la chaîne de supermarché qu’il possède. Éditrice dans une maison d’édition parisienne en 2006 lorsque la biographie de Khan est traduite en Français, Mathilde* se souvient : « C’était le tout début de ma carrière et je devais m’occuper d’Al Walid qui venait à Paris pour la sortie du livre. Je devais le rencontrer au Georges V, qui lui appartenait, et j’avais mis des heures à choisir une tenue, je voulais lui paraître respectable, sinon j’avais peur qu’il refuse de m’adresser la parole. Je suis arrivée en super col roulé, hyper sobre. Et en fait, son assistante m’a accueillie, elle était en minijupe et en décolleté. Il n’en avait rien à carrer. »

Al Walid n’est pas un rebelle, il fait partie du système. Pendant longtemps, il l’a même incarné.

Habitué des classements Times ou Forbes, Al-Walid est sans conteste le plus occidental des princes saoudiens. À l’Ouest, on le connaît même comme le prince saoudien le plus riche, le plus visible. On n’hérite pas du surnom de « Warren Buffet saoudien » pour rien. Et Al Walid est à l’image de la carte grise de son yacht, le célèbre bateau de 85 mètres du méchant de James Bond dans Jamais plus jamais. Fabriqué sur commande pour un marchand d’armes saoudien, Al Walid le rachète finalement à Donald Trump dans les années 1980, alors que celui-ci connaît des difficultés financières. Car le prince est d’abord un Donald Trump avant d’être un activiste ou un généreux donateur ; il est avant tout un capitaliste qui obéit aux règles du business. « Al Walid n’est pas un rebelle, il fait partie du système. Pendant longtemps, il l’a même incarné, rappelle Abdulaziz Almoayyad, directeur de la communication d’ALQST, une ONG indépendante qui lutte pour les droits humains en Arabie saoudite. Son père voulait un vrai changement social au pays, mais Al Walid, lui, n’a jamais eu assez de morale pour utiliser son immense fortune pour pousser ces réformes. »

Ça a pris du temps parce que McCourt a agacé les acheteurs, à vouloir sortir par la grande porte et faire croire que c’est lui qui va permettre à l’OM de se relever… D’après ce que je sais, il va peut-être garder un petit pourcentage contre certaines contreparties.

Au conditionnel

Il sait des choses, mais préfère rester anonyme. À Marseille, depuis que le nom d’Al Walid a refait surface, les discussions s’animent vite. Jointe au téléphone, cette source anonyme (appelons-le S-A) assure que « l’OM est vendu, et l’officialisation est pour bientôt ». Cela fait un moment que S-A en est persuadé. « Quand la thèse Boudjellal-Ajroudi est devenue populaire en juillet 2020, je savais que c’était impossible parce que la vente avait été mise en stand-by. En plus, je savais qu’Ajroudi n’était pas crédible financièrement. » Selon lui, c’est à Noël que les négociations se sont durcies. Des détails par-ci, des petites lignes par-là : Frank McCourt, comme à l’époque de la vente des Dodgers à Los Angeles, ne laisserait rien passer. « Ça a pris du temps parce que McCourt a agacé les acheteurs, à vouloir sortir par la grande porte et faire croire que c’est lui qui va permettre à l’OM de se relever… D’après ce que je sais, il va peut-être garder un petit pourcentage contre certaines contreparties. » Les incidents de la Commanderie auraient également retardé la signature.

La réorganisation actuelle le montre, et puis le temps d’attente a permis d’apaiser les relations et signer une nouvelle convention avec les supporters, comme avant toute vente. Après tout, le deal PSG-Qatar avait été officialisé en juin.

Depuis, S-A aurait reçu, vu, entendu tout un tas de preuves qu’il considère comme crédibles. S’en détache cette anecdote : « Frank McCourt a fait envoyer 10 000 euros de merchandising aux Saoudiens. » Pour lui, de toute façon, tous les indices sont là ; « la réorganisation actuelle le montre, et puis le temps d’attente a permis d’apaiser les relations et signer une nouvelle convention avec les supporters, comme avant toute vente. Après tout, le deal PSG-Qatar avait été officialisé en juin. » Tout de même, S-A tient à doucher certains des espoirs d’Antara et ses copains. Non, l’OM ne va pas soudainement acheter Lionel Messi. « Il y aurait entre 10 et 15 nouveaux joueurs. Certains joueurs en fin de contrat à l’OM sont déjà au courant de la vente, on leur demande juste d’attendre l’officialisation pour renégocier et rester. Je pense que l’ambition, pour l’instant, ce sera de trouver des jeunes joueurs à fort potentiel ou des joueurs formés au club. Quand l’OM retrouvera la Ligue des champions, là il y aura d’autres ambitions, mais ça prend du temps, on ne sera d’abord qu’à l’étape PSG 2012. » L’étape « PSG 2012 » , Antara ne sait pas s’il s’en satisferait. Et Al Walid ? De son côté, le milliardaire saoudien vient de signer un deal juteux liant la Warner et son label de musique Rotana. En juin 2020, son « entourage » daignait accorder quelques mots à La Provence. « McCourt ne veut pas vendre, et même si c’était le cas, Al-Walid n’achèterait pas. C’est une rumeur infondée », insistait-on. D’ailleurs, cette personne ajoutait, histoire de clore le débat : « En plus, il n’aime pas le foot. »

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