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Pourquoi Paolo Maldini fait-il du Venezuela son affaire ?

Ces dernières semaines, Paolo Maldini a décidé d’élever la voix concernant la situation au Venezuela. Sur ses réseaux sociaux, le plus célèbre des numéros 3 s’est félicité de la capture de Maduro, embrassant une position pro-USA. Sa prise de position en a surpris plus d’un, mais trouve ses racines bien plus loin que ça. Explications.
Le 5 juin 2023, l’AC Milan annonçait dans un communiqué des plus banals le divorce avec Paolo Maldini, en trois petites lignes. Une décision pas vraiment du goût d’une grande majorité des supporters rossoneri, encore aujourd’hui. Depuis, le numéro 3 se veut plutôt discret. Excepté quelques interviews et des matchs de charité, le quinquagénaire milanais se tient désormais à distance du rectangle vert et du monde du football. Si quelques clubs, surtout saoudiens, ont tenté de s’attacher les services de l’ancien défenseur, celui-ci a toujours décliné. Maldini, c’est Milan et rien d’autre. Enfin, en ce qui concerne le foot, parce que sinon, le quintuple vainqueur de la Ligue des champions profite de son temps libre pour s’exprimer sur plein de sujets politiques qui ne le concernent qu’indirectement. Le dernier en date ? Le Venezuela.
Nicolás Maduro au marquage
Qui a dit que 2026 ne serait pas pire que 2025 ? Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis décident, sans aucun accord international, de cueillir le président vénézuélien Nicolás Maduro ainsi que sa femme au saut du lit. Bien que ce kidnapping ait été perçu comme une attaque directe à la souveraineté d’un pays démocratique, bon nombre de Vénézuéliens se sont félicités de ce départ forcé du président déchu. En bon « citoyen du monde » Paolo Maldini s’est associé à leur joie. Sur son compte Instagram, celui-ci a multiplié les publications pour se réjouir de cet enlèvement. « La fin de 27 ans de dictature », a-t-il lâché, entre des vidéos de manifestation partout dans le monde et des discours de María Corina Machado, opposante à Maduro et qui a notamment offert son prix Nobel de la paix à Donald Trump.
Maldini ha pubblicato di recente un Instagram un video di un discorso di María Corina Machado, leader dell'opposizione venezuela e Premio Nobel per la Pace, e altre immagini della gente in festa nelle strade.
— Pallonate in Faccia @pallonateinfaccia.bsky.social (@pallonatefaccia) January 6, 2026
Après Cristiano Ronaldo, Donald Trump s’est-il trouvé un nouveau sympathisant dans le monde du football ? Difficile à dire, tant Paolo Maldini s’est surtout félicité du départ de Maduro avant tout. Et son opposition farouche à ce dernier ne date pas d’hier. Depuis une dizaine d’années, il n’est pas rare de voir des publications de l’ancien directeur technique du Milan contre le président vénézuélien. Il y a quelques années, il avait même soutenu Juan Guaidó, considéré par bon nombre de spécialistes comme un pion des USA, aux idées bolsonaristes. « Trois objectifs lui ont été assignés […]. D’abord, fracturer les Forces armées vénézuéliennes et faire en sorte que, se retournant contre Maduro, elles le renversent. Aussi, en appelant aux sanctions et en les justifiant, créer une crise économique telle que les programmes sociaux vont s’effondrer, entraînant le gros de la population à se retourner elle aussi contre le pouvoir chaviste. Enfin, légitimer une intervention militaire étrangère, au nom de la “responsabilité de protéger”. De ces trois objectifs, un seul a été atteint : la mise à genoux du pays par l’asphyxie de son économie », expliquait dans les colonnes de L’Humanité Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine.
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En avril 2017, alors que le Venezuela était traversé par d’importantes vagues de contestation, Maldini s’était également félicité de ces manifestations. Alors que l’ancien international italien s’est toujours montré relativement discret sur ses convictions politiques concernant l’Italie, c’est différent en ce qui concerne le pays sud-américain. Mais n’y voyez pas ici un ancien chaviste déçu par la trahison de Maduro à la révolution, c’est tout le contraire.
Une prise de position par alliance
Pour comprendre les prises de position de Paolo Maldini, il est nécessaire de s’intéresser à sa femme, Adriana Fossa Blanco, avec qui il est marié depuis plus de 30 ans, et avec laquelle il a eu deux fils, dont Daniel (actuellement à la Lazio). Bien que son père soit d’origine italienne, Adriana est née et a grandi au Venezuela, avec un père entrepreneur à succès et une mère issue de la grande bourgeoisie vénézuélienne.

Dans un Venezuela où les inégalités sont particulièrement fortes (le Gini, coefficient qui mesure le niveau d’inégalités dans la répartition d’un revenu ou d’une richesse au sein d’une population, est aux alentours de 60% au Venezuela, le chiffre le plus élevé d’Amérique latine avec le Brésil et la Colombie, la France est à 23%), l’ascension de Hugo Chávez dans les années 1990 a secoué tout le monde. Si une bonne partie de la classe ouvrière va soutenir Hugo Chávez, la bourgeoisie va s’y opposer farouchement, défendant ses intérêts économiques, et organiser une contre-révolution, soutenue par États-Unis. Pour les intéressés, le documentaire La Révolution ne sera pas télévisée retrace ce moment charnière de l’histoire vénézuélienne. Adriana Fossa et Paolo Maldini embrassent ni plus ni moins que les convictions politiques de leur classe sociale. Lorsque l’ancien capitano déclare « 27 ans de dictature », il reprend les éléments de langage de la classe bourgeoise vénézuélienne qui, par ses intérêts de classe, s’est toujours farouchement opposé au chavisme. Alors que l’extrême droite impose son idéologie dans les quatre coins du monde, ne comptez pas sur Paolo Maldini pour la tacler. De toute façon, les idoles sont faites pour être déchues.
Porté par ses Français, Milan mange Bologne et étend sa sériePar Tristan Pubert

























































