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Cristiano Ronaldo, la compétition de trop

Le pari de Cristiano Ronaldo a échoué : il ne sera jamais champion du monde suite à la défaite du Portugal en huitièmes de finale face à l'Espagne (1-0). Et s'il n'est pas le seul responsable de cette élimination, son obstination n'aura fait qu'entacher sa légende.
Dans le film Un jour sans fin, Bill Murray se réveille chaque matin sur la musique I Got You Babe de Sonny and Cher. Contrairement au personnage du film Phil Connors, Cristiano Ronaldo n’est pas bloqué dans une faille temporelle puisque sa pointe de vitesse prouve que les années passent. Pourtant, le Portugais aussi vit la même scène en boucle tous les quatre ans : une élimination en Coupe du monde et un retour au vestiaire la tête baissée et les larmes aux yeux. La première fois que le peuple lusitanien a vu des larmes de tristesse sur le visage boutonneux de celui qui portait alors le numéro 17 c’était en 2004. Des larmes que partageait alors tout un pays après la défaite en finale de l’Euro face à la Grèce au Estádio da Luz de Lisbonne. À ce moment-là, l’ensemble des Portugais étaient émus devant les larmes de celui qui était destiné à devenir le nouveau Luis Figo. Vingt-deux ans plus tard, il n’y a plus vraiment de compassion devant ces larmes. Juste de la colère et des regrets que cette fabuleuse histoire se termine beaucoup trop tard.
41 ans toujours puceau en Coupe du monde
Face à l’Espagne, Cristiano Ronaldo a rappelé qu’il avait bien 41 ans. Que ce soit dans ses appels de balle, sa difficulté à accélérer, ses tentatives de dribbles, ses frappes ou son positionnement. Tout ce qui a fait que Cristiano Ronaldo restera à jamais comme le ou l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Sauf que l’âge biologique de CR7 a beau être de 28 ans selon la science, il est bien de 41 ans selon sa carte d’identité. Et cela se voit sur le terrain. À la veille de cette rencontre, le natif de Funchal s’était rendu en conférence de presse où il avait évoqué une future retraite internationale : « Je mettrais un terme à ma carrière internationale quand je le souhaiterai, pas quand vous les journalistes le voudrez. »
Cristiano le sait, la légende qu’il a bâtie est tellement grande que c’est lui qui décide s’il est sélectionné ou pas. On ne ferme pas la porte au nez d’un homme qui pèse 233 sélections – record du monde – et 146 buts – record du monde aussi -, et ce même s’il devient encombrant et gênant pour tout le monde. Malgré son égocentrisme et son amour de soi, Cristiano Ronaldo connaît le football et voit bien le problème. Il l’a d’ailleurs rappelé en conf de presse en asummant qu’il n’était plus le joueur qu’il avait été par le passé. Pour autant, il ne veut pas lâcher la rampe.
Comment lui en vouloir ? Il a vécu des Coupes du monde avec Danny, Liedson, Hugo Almeida, André Almeida, Luis Neto et on lui propose d’en faire une avec Vitinha, Bruno Fernandes, Nuno Mendes et João Neves. Pire, il a vu son éternel rival soulever le trophée au Qatar et se dit que sur un malentendu ça peut marcher. Sauf que, comme pour Jean-Paul Dusse, ça n’a pas fonctionné. Et voilà qu’il termine son histoire avec la Coupe du monde avec des records dont il se serait bien passé, comme celui du joueur avec le plus de défaites ou celui qui a tenté le plus de frappes sur une édition sans avoir créé la moindre chance de but à un coéquipier.
Un coupable peut en cacher un autre
Malgré tout, dire que cette élimination du Portugal est exclusivement de la faute de Cristiano Ronaldo serait mensonger et injuste. Ce n’est pas de la faute de Cristiano Ronaldo si le corps de Nuno Mendes le trahit à chaque compétition internationale. Ce n’est pas de la faute de Cristiano Ronaldo si Vitinha ne ressemble en rien au joueur qui régale dans le milieu du Paris Saint-Germain. Ce n’est pas de la faute de Cristiano Ronaldo si Bruno Fernandes – élu meilleur joueur de Premier League cette année – est passé au travers de son Mondial. Ce n’est pas de la faute de Cristiano Ronaldo si Pedro Neto joue avec l’arrière de son crampon déchiré. Et surtout, ce n’est pas de la faute de Cristiano Ronaldo si la fédération portugaise a mis sur son banc le Raymond Domenech espagnol. Fan de numérologie, Roberto Martinez avait déclaré que le chiffre 6 « peut apporter quelque chose de très bon ». Bien vu, le Portugal s’est fait éliminer face à l’Espagne le 6 juillet.
Arrivé sur le banc du Portugal pour succéder à Fernando Santos – qui lui aussi avait fait la compétition de trop même s’il avait eu le courage de mettre CR7 sur le banc en 2022 -, Roberto Martinez aura fait ce qu’il sait faire de mieux : briller en qualifications et lors des matchs en bois avant de s’écrouler une fois la vraie compétition lancée. Car oui, c’est bien beau de remporter une seconde Ligue des nations et de taper le Luxembourg 9-0, mais tout ça ne pèse pas bien lourd à côté d’une élimination en quarts de finale de l’Euro 2024 et en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Surtout, en trois ans et demi sur le banc, Martinez n’a jamais inculqué de réelle identité de jeu à cette Seleção. Comme lors de son passage avec la Belgique résumé par Radja Nainggolan dans l’émission Take A Seat : « Ceux qui disent que c’est un bon entraîneur, ce sont des gens qui ne comprennent rien au foot. Pour moi, un bon entraîneur donne une idée de jeu à une équipe. Et avec Martinez, il n’y a jamais eu de style de jeu. Tout reposait uniquement sur les qualités individuelles. Si nous étions en difficulté, on passait le ballon à Hazard, De Bruyne, ou Lukaku. »
Au Portugal, l’idée était la même sauf que tout reposait sur les épaules vieillissantes de Cristiano Ronaldo. Et si cela a fonctionné lors de la Ligue des nations où CR7 a fait trembler les filets lors des quarts, des demies et de la finale, ça n’a pas été la même histoire lors de ce Mondial. S’il voulait répéter le même scénario que lors de la finale face à l’Espagne, Roberto Martinez aurait peut-être dû reproduire son choix de sortir Cristiano Ronaldo avant la fin du temps réglementaire pour faire entrer Gonçalo Ramos, qui aura sauvé le Portugal contre la Croatie avant de rester cloué sur le banc au tour suivant.
Est-ce que la fin de Cristiano Ronaldo aurait été différente avec un autre coach sur le banc ? Cette question restera malheureusement à jamais sans réponse. Une chose est sûre, le niveau de Cristiano Ronaldo aurait été le même, la différence serait qu’il aurait peut-être eu plus de ballons à négocier et qu’il aurait goûté un peu plus au banc pour reposer ses gambettes qui n’attendaient que ça. C’est en tout cas désormais une certitude, Ronaldo ne sera jamais champion du monde. Et s’il ne veut pas entacher encore plus sa légende, le massacre doit s’arrêter. Que les Portugais regardent alors dans le rétroviseur et se rappellent des moments légendaires – la victoire à l’Euro 2016, son Euro 2012 exceptionnel, sa Coupe du monde 2006, ses buts salvateurs ou encore son amour pour le maillot – en tentant d’oublier les années de trop. Les supporters pourront alors de nouveau être émus en voyant les larmes de CR7 en tribunes lors du sacre du Portugal à la Coupe du monde 2030.
CR7 évoque la fin de sa carrièrePar Steven Oliveira














































