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Patrick Videira : « Je ne suis pas un génie »

Par Maxime Brigand, au Mans
22' 22 minutes
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Patrick Videira : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Je ne suis pas un génie<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Patrick Videira a été formé au PSG, a joué dans le film Didier, a survécu à un accident d’avion qui l’a poussé à arrêter sa carrière et a traversé absolument tous les échelons du monde amateur. À 48 ans, il vit aujourd’hui une saison de rêve, en Ligue 2, sur le banc du Mans. Entretien avec un drogué assumé.

Après tout ce temps dans le foot, avez-vous compris pourquoi il vous obsède à ce point ? 

Je le dis souvent, mais ce sport est mon oxygène. J’ai joué onze ans au PSG, puis je suis parti à l’étranger, au Portugal, avant de revenir en France, à Martigues, à Cannes et à Rodez, où j’ai eu cet accident qui a bousculé ma vie de joueur (en novembre 2004, alors qu’il était assis dans un avion en direction de Bastia, la porte de l’appareil s’est ouverte et il a été aspiré, devant sa survie à sa ceinture, NDLR). Derrière, plus rien n’a jamais été pareil et j’ai dû mettre un terme à ma carrière avant de basculer vers une vie d’entraîneur parce que je ne me voyais rien faire d’autre que rester dans le foot. C’est quelque chose qui m’a toujours passionné. Jeune, quand je rentrais chez moi, j’étais déjà un petit coach.

Comment ça ? 

Je notais toutes les séances vécues dans des cahiers. Je me disais qu’un jour, ça pourrait me servir et ça m’a servi. J’ai débuté avec des U11 et comme entraîneur principal en amateur, ce qui a été une grande force, parce que j’ai coaché en Régional 2, R1, National 3, N2, N1, Ligue 2. Ces cahiers m’ont toujours suivi. Je les ai commencés en 1995. J’avais 18 ans.

Pourquoi cet attrait pour la fonction d’entraîneur ? 

Je pense que c’est dans ma nature. Sur le terrain, on m’appelait l’aboyeur. J’étais un meneur d’hommes. Du moins, c’est comme ça qu’on m’a souvent décrit, et mon choix de devenir coach, je pense qu’il n’a pas surpris grand monde.

Acteur, ça a surpris ?

(Rires) Un peu plus ! Didier, ça restera un grand souvenir. Dioto, numéro 6, maillot blanc. Avec les joueurs du centre de formation du PSG, on aura fait les comédiens pendant huit nuits au Parc des Princes, c’était marrant, avec Alain Chabat qui a été vraiment super avec nous pendant tout le tournage. Bon, le week-end suivant a été moins inoubliable. Avec la fatigue accumulée, c’étaient nos grands-pères sur la pelouse. On a perdu 4-0.

J’ai été le premier client de Jorge Mendes. Quand je suis arrivé au Portugal en 1995, à Chaves, il lançait sa boîte d’agent. C’était ses débuts et j’avais même été le chercher dans une boîte de nuit car sa voiture était tombée en panne.

C’est aussi au Parc que le foot est arrivé dans votre vie, non ?

Oui, sur les épaules de mon père. Il rêvait d’avoir un enfant professionnel. Il est très fier, je le sais, de voir la vie que j’ai pu avoir et que j’ai encore dans le foot, même s’il souffre aussi énormément. Il souffre d’ailleurs certainement encore plus depuis que je suis coach.

Pourquoi ? 

Parce qu’il sait que dans ce milieu, celui qui va morfler en premier, c’est le coach, donc moi. Nous, on est habitués à la critique, mais nos parents, notre famille, nos enfants, ils ne sont pas habitués à vivre avec. Quand je suis arrivé ici, ça a été très dur parce que jusqu’ici, j’avais eu la « chance » d’être dans des clubs où tout s’était bien passé très vite, où je n’avais pas eu à trop rencontrer la critique. Je ne la vois pas car je ne vais pas sur les réseaux sociaux, mais j’ai un garçon de 19 ans et une fille de 20 ans, et lors des premiers mois au Mans, j’ai été obligé de leur dire de ne pas regarder (Le Mans a débuté la saison 2024-2025 par une victoire lors des six premières journées, NDLR). Les voir tristes, ça a été difficile, même si on sait qu’en tant qu’entraîneur, se faire virer rapidement fait partie de notre vie.

Elle a été facile à faire, cette bascule entre la vie de joueur et d’entraîneur ?

Non, mais je n’ai pas eu le choix avec l’accident, qui m’a totalement paralysé. J’ai dû tout réapprendre et si je voulais revenir un jour dans le monde professionnel, je n’avais qu’une seule voie : entraîner. Comme je l’ai dit, j’ai dû repartir de tout en bas. Aujourd’hui, je ne veux pas être un exemple, mais je veux passer le message qu’avec de la persévérance, il n’y a rien d’impossible. Mais ce n’est pas simple, oui. En R2, j’ai travaillé avec des garçons qui avaient un boulot à côté, je faisais les sandwichs, je m’occupais des minibus, de faire le plein, de conduire… Derrière, à Furiani, j’ai eu la chance qu’on me donne les clés pendant six ans. J’ai géré les salaires, les déplacements, l’équipe. J’ai beaucoup de chance d’être à ce niveau, mais j’ai aussi travaillé pour ça et je vais continuer à le faire.

Vous auriez imaginé que ça serait aussi difficile ?

Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait dans le dur. Je n’étais pas un très grand joueur et, en plus, je me suis retrouvé à Paris avec une très grosse génération : Ducrocq, Paisley, Belmaldi, Distin, Anelka, Abriel, Domi… Je n’ai pas signé pro car ils étaient plus forts que moi, mais je suis aussi quelqu’un qui n’abandonne pas et j’ai quand même pu faire ma petite carrière, à vivre du foot pendant douze ans. J’ai même été le premier client de Jorge Mendes. Quand je suis arrivé au Portugal en 1995, à Chaves, j’ai été international militaire portugais et, à l’époque, il lançait sa boîte d’agent. C’était ses débuts, et j’avais même été le chercher dans une boîte de nuit, en Espagne, Le Pacha, car sa voiture était tombée en panne. Il ciblait beaucoup de jeunes, puis il a fini par trouver la perle rare avec Cristiano Ronaldo. Moi, en revanche, tout ce que j’ai pu faire, je l’ai fait avant tout au mental, car mentalement, j’étais fort. J’en suis persuadé. Je ne suis pas un génie. Tout ce que j’obtiens, je l’obtiens au travail, à la sueur.

Mes joueurs savent que je peux être super exigeant, mais si l’un d’entre eux a un souci à 5h du matin, il sait aussi que je vais être là.

Patrick Videira

Est-ce qu’il y a une volonté, dans votre vie d’entraîneur, aujourd’hui, de permettre à vos joueurs de découvrir, en eux, des qualités qu’ils n’imaginent pas avoir ? 

Il y a de ça, oui, et on a souvent dit que j’étais capable de faire sortir le meilleur de mon groupe. J’aime faire des paris. J’en ai toujours fait. Je n’ai pas peur d’aller chercher des gamins de R1 et de N3, pour les amener au haut niveau. Dans le niveau amateur, je trouve qu’il y a des tops garçons, avec des tops profils, qui ont le droit à une deuxième chance.

 

Vous avez dit tout à l’heure que le foot est votre oxygène. Il semble même être là à tous les niveaux possibles de votre vie. Votre chien s’appelle vraiment Messi ?

Oui ! Et avant lui, on a eu Pelé, Cruyff… Le foot est vraiment partout. Je dors football, je vis football.

Pendant la trêve, qu’est-ce que vous avez fait ?

Sincèrement ? Je suis allé en Corse, puis je suis allé voir du football : Furiani-Thionville, en N2, et les U19 du Sporting contre Colomiers.

Qu’allez-vous y chercher ? 

Ça m’énerve car je n’arrive plus trop à regarder un match comme un supporter. Je suis toujours dans l’analyse, mais j’aime regarder du foot, partout. Même ici, il m’arrive de me balader. Je suis allé voir l’AS Le Mans Villaret, je vais voir les U12, les U15, les U17… J’en ai besoin. Concernant mon club, j’ai besoin de connaître tous les gamins. Je pense aussi que c’est important que j’y sois, que l’on voit que je reste connecté à tous les niveaux. C’est quelque chose que je ne peux pas changer. On m’a dit que j’allais sûrement devoir changer en arrivant dans le monde pro, mais je n’ai pas envie de changer. C’est pareil avec mes joueurs : ils savent que je peux être super exigeant, mais si l’un d’entre eux a un souci à 5h du matin, il sait aussi que je vais être là. Mon club doit toujours être une famille.

Comment on construit une famille ?

J’essaie, déjà, de m’inspirer de ce que j’ai vécu quand j’ai été supporter. Aujourd’hui, il y a énormément de coachs qui font des séances à huis clos, mais si nos supporters ont envie de voir toutes les séances, ils ont la possibilité de le faire. Les joueurs savent aussi qu’ils se doivent de serrer les mains de tous nos supporters quand ils viennent nous voir. C’est des choses qui sont essentielles. Les supporters qui m’attendent à la sortie des matchs le savent : je suis toujours sorti de ma voiture. Tant qu’il y a du respect, je réponds présent et j’accepte l’échange, même quand ils ne sont pas d’accord avec moi. Je suis ouvert au débat. Je suis marié avec ma femme depuis 21 ans, on peut parfois ne pas être d’accord sur certains sujets, mais ça ne veut pas dire que je ne l’aime pas.

Sauf qu’elle ne remet peut-être pas en cause des choix tactiques.

Non, mais je suis ouvert aux échanges, toujours. Mes joueurs vous le diront : ma porte est toujours ouverte. Ils ont le droit de venir discuter, ça demande du temps, de l’énergie, mais à mes yeux, le numéro 1 ou le numéro 27 est aussi important. Quand on a démarré la saison, on était 24+3 et j’ai dit aux garçons que tout le monde aurait sa part du gâteau. Certaines parts seront plus grosses, oui, mais je veux impliquer tout le monde. La preuve, d’ailleurs : il n’y a que mon troisième gardien qui n’a pas joué une minute.

Thierry Henry racontait que petit, il allait tellement vite que c’était facile pour lui. Je peux le confirmer, car je l’ai affronté quand il jouait à Viry-Châtillon et Versailles, et il allait très vite, mais quand on lui a demandé de réfléchir, il n’a pas été habitué et a dû évoluer.

Patrick Videira

Au début de votre aventure ici en 2024, à quoi vouliez-vous que ressemble ce gâteau ? 

Je voulais que mon équipe dégage des valeurs de travail, d’entraide. Je sais que les joueurs ont tous des projets individuels, mais je ne veux jamais en entendre parler. L’essentiel à mes yeux, ce n’est que le collectif. On s’en fiche de Patrick Videira, de Pierre, Paul, Jacques. Il n’y a que le club qui compte. Je l’ai dit lors de ma première conférence de presse ici : quand je vais partir d’ici, si on parle de moi, je veux que ce soit uniquement en disant que j’ai permis de faire progresser le club. C’est ce que je voudrais. Les garçons ont le droit de rater des choses, de ne pas être parfaits, mais l’humilité, la rigueur, l’entraide, tout ça, c’est essentiel. Je sais que je suis dur et on l’a encore vu récemment. À Nancy, à la 33e, j’ai sorti le petit Isaac Cossier car il n’était pas dans son match. Je l’ai eu le lundi en entretien individuel et je lui ai dit : « Je n’ai rien contre toi, mais pour le bien de l’équipe, il fallait que je te sorte. » Il a trouvé ça dur, il m’a dit que j’aurais pu attendre au moins la mi-temps, mais je n’ai pas le temps. Résultat ? Il a fait une très belle semaine, il a bossé, et à Amiens, il entre dix minutes et marque le but décisif (3-4).

Vous insistez aussi souvent sur la nécessité d’avoir des joueurs en capacité de réfléchir et de s’adapter, de répondre par eux-mêmes à des situations données. 

C’est essentiel. Quand je recrute un joueur, c’est le premier élément que je regarde : l’intelligence. C’est, à mes yeux, la qualité numéro un du joueur de foot. On a beau avoir des schémas préférentiels, il faut savoir s’adapter, lire l’espace à attaquer, trouver des variantes. Quand je suis arrivé au Mans, Gabin Bernardeau, c’était un joueur de U18R1. Chez les jeunes, il n’avait pas le côté athlétique et il a travaillé énormément sur l’intelligence de jeu. Il n’allait pas vite et il a dû s’adapter pour pouvoir avoir un temps d’avance sur les autres. Ça l’a aidé pour s’en sortir. Quand on regarde les profils dans mon effectif, certains n’ont pas le profil qui est en adéquation pour le haut niveau. Noa Boissé, il fait 75 kilos, axe central, mais il réfléchit et a un temps d’avance. Lucas Bretelle, il mesure 1,70m, milieu défensif, poste où on ne veut que des armoires à glace…

Comment vous détectez l’intelligence de jeu ?

Sur une orientation de corps, le voir avant, les déplacements, la détection des zones, sur la manière dont un joueur percute quand tu vas lui présenter ton projet de jeu. Tu as des garçons qui tiltent très rapidement. Quand tu décides un jour de travailler l’aspiration dans un espace pour pouvoir plonger dans un autre, tu en as qui comprennent tout de suite. C’est un détecteur. Et en match, on le voit dans un joueur qui sait répondre au déplacement d’un adversaire.

Et ça, comment ça se développe ? 

Les joueurs qui n’ont pas réussi à faire de grandes différences via leur corps chez les jeunes ont développé leur intelligence. À l’inverse, ceux qui ont dominé athlétiquement se sont surtout appuyés sur une manière de faire la différence. Ils ont souvent oublié de réfléchir. Eux, il faut travailler en créant des contextes d’apprentissage, imposer des contraintes techniques pour développer l’intelligence de jeu. À mon époque, on jouait beaucoup plus dans la rue, donc on était mis dans différents contextes. Je pense aussi qu’on était plus passionnés par le football. C’est juste une époque différente et je pense que le joueur puissant, athlétique, il faut le mettre en difficulté pour le faire grandir. Un jour, Thierry Henry en a parlé. Il racontait que petit, il allait tellement vite que c’était facile pour lui. Je peux le confirmer, car je l’ai affronté quand il jouait à Viry-Châtillon et Versailles, et il allait très vite, mais quand on lui a demandé de réfléchir, il n’a pas été habitué et a dû évoluer. C’est quelque chose qui m’est resté : même si un joueur peut faire de grandes différences grâce à une force athlétique, il faut le faire réfléchir pour faire apparaître d’autres cordes à son arc. Un garçon qui va vite, on peut, par exemple, lui interdire un jour de se retourner pour le voir dans d’autres situations. Un joueur qui a besoin d’espaces, on peut l’utiliser dans la densité pour créer des casse-tête. Pourquoi ? Car ce garçon rencontrera un jour un joueur qui ira aussi vite que lui. Là, comment il réagira ? Il faut le préparer à ça. Être dans la densité va le pousser à voir avant, à mieux s’orienter… J’adore ce challenge. J’adore mettre les gars dans la difficulté, les piquer, tester leurs limites. Ça en dit long aussi sur le caractère d’un joueur, sa profondeur. Je le fais aussi car au bout du bout, il me faut des joueurs complets, compétiteurs, car je le suis, même beaucoup trop, sûrement.

Souvent, on va chercher de l’expérience après une montée, mais si les garçons avec qui on a réussi à monter n’ont jamais leur chance, comment va-t-on savoir qu’ils n’ont pas le niveau ?

Comment ça ?

On a beau être un petit promu, une équipe qui arrive en Ligue 2, chaque week-end, je répète aux joueurs qu’on a besoin de gagner des matchs. Je suis tellement fou dans ma tête que même quand on a joué le PSG en Coupe de France la saison dernière, on y est allés pour gagner. Ce n’est pas un manque d’humilité, car je répète aux joueurs de toujours se remettre en question, de ne jamais se prendre pour d’autres, mais c’est de l’ambition. Tous les jours, c’est ce qui doit nous animer : progresser, gagner, avancer.

Vous avez toujours cultivé ce côté « rien n’est impossible ».

Car rien ne l’est. Rien. Quand on va jouer à Saint-Étienne, qui a un budget  X fois supérieur à celui du Mans, un effectif qui, si on prend individualité par individualité, est meilleur, on y va pour imposer des choses, gagner. Et quand cette ambition est portée par des garçons avec un esprit incroyable, je pense que tu es plus proche de la victoire qu’en voulant jouer petits bras. (Finalement, Le Mans s’est imposé sur la pelouse de l’AS Saint-Étienne, 2-3, lors de la 10e journée, NDLR.)

Vous étiez pareil à Furiani, non ?

Oui, quand on est montés en N2, j’ai dit à mon président qu’il fallait qu’on joue la montée en N1. Il m’a dit que j’étais fou, mais j’estime que la meilleure des choses à faire, si tu ne veux pas descendre, est de jouer la montée. Finalement, on a terminé 4es en 2022-2023 et 3es en 2023-2024. Je refuse les barrières. On s’est dit, cette saison, que 95% de cet effectif n’avait jamais joué en Ligue 2, mais ces garçons ne méritent pas d’y jouer ? Souvent, on va chercher de l’expérience après une montée, mais si les garçons avec qui on a réussi à monter n’ont jamais leur chance, comment va-t-on savoir qu’ils n’ont pas le niveau pour la Ligue 2 ?

 

Il faut le faire entendre à un président, ça.

Il y a une image qui m’a marqué. Quand j’étais à Istres, le club est monté de R2 en R1 et de R1 en N3. Au moment de la N3, un tout nouveau président est arrivé et le jour de la montée, il m’a viré en me disant : « Coach, vous n’avez pas le niveau de la N3. » Mais comment on pouvait le savoir car je n’y avais jamais coaché ? Avant ça, je n’avais jamais coaché en R2, ni en R1, c’était la même histoire et ça ne nous a pas empêchés de monter. Avant la saison dernière, je n’avais jamais coaché en N1. Et avant cette saison, je n’avais jamais coaché en Ligue 2. On m’a fait confiance à Furiani et au Mans alors qu’on aurait pu douter de ma non-expérience. Pourquoi ça ne serait pas la même chose pour mes joueurs ? Pourquoi Alexandre Lauray et Antoine Rabillard n’ont jamais eu durablement cette chance ? Parce qu’ils ont été mis dans une case, mais le rectangle vert a partout la même dimension.

Qu’est-ce qui fait la différence, alors ? 

Simplement comment je veux les emmener et où je veux les emmener. Après, c’est ma vision des choses, elle vaut ce qu’elle vaut, mais lors de la montée, j’ai dit au président que je voulais faire confiance à l’ossature qui nous aura permis de monter en Ligue 2.

Et s’il y a montée en Ligue 1 ?

J’aurai la même vision et je tiendrai le même discours : 95% de cet effectif n’a jamais joué en Ligue 1. On en a d’ailleurs déjà parlé avec les joueurs. Je leur ai demandé qui a un jour joué en Ligue 1. Un m’a répondu qu’il avait joué deux matchs et je lui ai dit qu’il n’avait donc jamais joué en Ligue 1. Et moi, je n’ai jamais coaché en Ligue 1. Mais le truc, c’est qu’on ne peut pas savoir si quelqu’un a le niveau tant qu’on ne l’a pas vu au niveau en question. Après, au fil des étapes, on veut te faire changer, modifier des choses…

Comme quoi ?

Des choses sur l’image que tu dois renvoyer, par exemple. Jean Vercruysse s’est rompu les ligaments croisés avant le match à Saint-Étienne et j’ai été sur le plateau de beIN avec son maillot. On m’a dit que c’était moyen, mais moi, je voulais donner le soutien à mon joueur. Je suis resté moi-même, je le resterai. Et honnêtement, je prends un tel plaisir…

Vous réussissez à savourer ?

Trois minutes, seulement. Parce que tu n’as pas le temps, que tu es dans une machine à laver, que tout s’enchaîne. Dans mon bureau, j’ai quand même un mur des victoires avec des photos de chacun de nos succès. Parfois, je les compte car je sais environ combien il en faudra à la fin pour espérer quelque chose d’immense, soit environ 17 ou 18, mais tu n’as vraiment pas le temps d’autre chose.

Je n’ai pas de vice. Je n’ai jamais fumé de ma vie. Je n’ai jamais bu une goutte d’alcool, même à mon mariage. Mais mon vice, c’est le foot.

Vous ne coupez jamais ?

C’est dur et ça ne fait pas partie de ma mentalité. Au BEPF, on en a parlé et j’écoute mon tuteur, Jacky Bonnevay, qui tente de me faire comprendre que si je veux durer dans le temps, il faudra que j’apprenne à déléguer beaucoup plus, mais ce n’est pas si simple. J’essaie de prendre du temps pour courir deux, trois par semaine, le matin du match notamment, mais même là, je pense aux joueurs, au match à venir…

Qu’est-ce que vous faites pendant l’échauffement ? Vous ne sortez jamais.

Déjà, j’essaie de récupérer, car ma causerie me prend beaucoup d’énergie. Il me faut 4-5 minutes. Ensuite, j’essaie de me reconcentrer, de régler les derniers détails, de peaufiner. En général, je m’isole seul dans le vestiaire et comme j’ai une grande confiance en mon staff, je n’ai pas besoin de voir l’échauffement.

Et que faites-vous après un match ?

Je me couche tard, très tard. Souvent, je revois un peu le match. J’essaie de retomber, aussi. Pendant un match, je fais entre 16 000 et 17 000 pas. Je sais que c’est plus fort que moi, mais j’ai besoin d’être acteur pour transmettre de l’énergie à mes garçons et qu’ils soient acteurs aussi. Joueur, c’est ce que j’aimais : avoir un entraîneur acteur, proche de nous, avec qui on pouvait échanger en permanence.

Votre femme, elle vit comment tout ça ?

Elle aussi, elle souffre beaucoup. Lors des matchs, elle vient, mais elle a du mal. Parfois, elle est obligée de partir et je m’en veux souvent de lui faire vivre ça. (Il marque une pause.)

Vous, à l’intérieur, qu’est-ce qui se passe ?

Beaucoup de choses. C’est intense. Parfois, on peut tout lâcher, comme sur ce but à la dernière minute à Amiens. En fait… C’est une drogue. Le foot, c’est vraiment ça. C’est un plaisir, mais un plaisir hyper intense. Je n’ai pas de vice. Je n’ai jamais fumé de ma vie. Je n’ai jamais bu une goutte d’alcool, même à mon mariage. Mais mon vice, c’est le foot.

À votre mariage, vous n’avez quand même pas regardé de foot, si ?

Vous savez… Je m’arrange toujours pour voir un match. J’ai été voir ma fille à Birmingham, où elle fait ses études de RH pendant six mois, et sur place, j’ai été voir Birmingham-Leeds alors que je n’étais là que deux jours. Après, j’ai transmis ça à mes enfants. Mon fils joue ici, au Mans. Récemment, ma fille a aussi été voir Aston Villa-Chelsea, d’elle-même. Elle a trouvé ça fantastique. Mais ils voient aussi ce que ça peut me faire et je les fais souffrir avec tout ça.

 

Mais quand Jacky Bonnevay vous parle de sas de décompression, que vous lisez ce qu’il a encore pu se passer récemment avec Pierre Mignoni (entraîneur du RC Toulon, victime de décompensation, NDLR), ça ne vous fait pas réagir ? 

Je me dis que je dois faire attention à moi, je le sais, d’autant plus que je reste un jeune coach. Mais ici, vous savez, l’alarme se met automatiquement à 23 heures et bien souvent, il est 00h-00h30, et quand je sors de mon bureau, je la déclenche. Ça sonne sur le téléphone du team manager, il sait que c’est encore l’autre fou du village qui sort juste du bureau…

Le président Gómez, il a quel rôle dans tout ça ? 

Il a toujours été bienveillant avec moi, et surtout au début. Il a aussi l’expérience. Il a connu des grands coachs, la Ligue 1… Il a aussi un côté paternel, même si on se prend parfois la tête car on a une relation de confiance et que l’on se dit tout. Ce n’est pas évident tous les jours d’être avec un gars comme moi, je le sais bien, parce que je suis très exigeant.

Sur quoi ?

Sur tout. Je trouve que ce n’est jamais assez. J’ai un but mobile, je veux en avoir un deuxième. J’ai un hybride, j’en veux un deuxième. J’en veux toujours plus, mais c’est ce qui me fait avancer dans mon métier. T’as une 2CV, demain, tu veux une R5. Jamais rassasié.

Comment vous mesurez le chemin parcouru ? 

En voyant, par exemple, Grégory Paisley sur le plateau de beIN en début de saison. Il est le parrain de mes enfants et je suis le parrain des siens, il est fier de moi. Il m’a amené de partout au cours de sa carrière. Sa carrière, ça a été la mienne. Il a gagné la Coupe de la Ligue en 2004, j’étais là pour la toucher avec lui. Mais on a toujours notre rêve : travailler ensemble dans un club, lui en tant que DS, moi en tant que coach. Il a passé ses diplômes de manager général, on se l’est toujours dit.

Et au moment de vous retourner sur cette saison, quelle image il restera ?

Le fait de voir le nombre de personnes qu’on a réussi à faire revenir au stade, déjà. Le fait de voir mes garçons s’épanouir, aussi. Ils sont heureux au quotidien, ils dansent ensemble, chantent ensemble, et c’est l’essentiel. Ils n’ont pas le meilleur coach, on n’est pas la meilleure équipe, mais on est un vrai collectif, dans les bons comme dans les mauvais moments. J’ai toujours voulu faire du foot pour ça. Pour vivre en groupe. Maintenant, il faut n’avoir aucun regret, aller au bout de ce quelque chose de potentiellement fantastique, mais même si on n’y arrive pas, on aura tout donné. Il ne faut jamais oublier que tout ça appartient avant tout aux joueurs, que ce sont eux les acteurs. Patrick Videira, là-dedans, il n’est là que pour les accompagner. Tout leur revient, même si au quotidien, je pense que je les gonfle. Dans mon projet de jeu, il y a écrit qu’il faut travailler dur pour gagner facilement. Comme on ne gagne jamais facilement, vous pouvez imaginer à quel point on travaille dur. (Rires.)

Amiens murmure au complot

Par Maxime Brigand, au Mans

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