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Nico Paz, le dernier des numéros 10
Depuis son arrivée à Côme à l’été 2024, Nico Paz est devenu l’une des attractions de la Serie A. Le milieu offensif argentin illumine les pelouses italiennes, semaine après semaine, match après match. Au-delà de son talent indiscutable, Paz est aussi une ode à un style de joueur que l’on pensait disparu : les numéros 10, les vrais.

Chevelure blonde foisonnante, visage juvénile et imberbe : Nico Paz a tout du gendre idéal. Depuis désormais un an et demi, les passionnés de Serie A sont sous le charme de l’Argentin. « Je crois en Nico Paz, comme Wenger a cru en moi. Je sais reconnaître un joueur qui a tout pour devenir un phénomène, une référence à son poste », déclarait Cesc Fàbregas au sujet de son poulain il y a quelques mois.
Après la victoire en Coppa Italia face à la Fiorentina (3-1), Álvaro Morata avouait même, sur le ton de la rigolade (ou pas), que si « Nico Paz restait à Como l’année prochaine, (il) jouerai(t) gratuitement ». Après une première saison déjà clinquante, le compatriote de Lionel Messi a décidé de sortir le grand jeu pour cet exercice 2025-2026 : deuxième passeur décisif de Serie A avec 6 caramels, l’ancien pensionnaire du Castilla est également le joueur qui crée le plus d’occasions par match cette saison et se glisse dans le top 5 des joueurs avec le plus de dribbles réussis en 90 minutes.
Buongiorno con questa MERAVIGLIA di ✨ Nico Paz ✨😍#ComoJuve pic.twitter.com/kVIXiETkML
— Lega Serie A (@SerieA) October 20, 2025
Au-delà des statistiques, Nico Paz, c’est surtout un enchantement visuel, un plaisir pour les yeux. À l’heure des compilations et des edits TikTok, le joyau de Como fait partie de ces très rares joueurs qui vous font rester devant votre téléviseur pendant 1h30, sans décrocher. Bien que les génies du ballon existent encore (Lamine Yamal, Kenan Yildiz, Ousmane Dembélé ou encore Rayan Cherki pour ne citer qu’eux), ces derniers restent des profils parfaitement calibrés au football moderne. Nico Paz reste un joueur de son époque, mais sa manière de jouer et son rapport au ballon rappellent les plus grands numéros 10 des années 1990-2000.
« Nico est un magicien avec le ballon »
« Un vrai trequartista (terme utilisé en Italie pour désigner le meneur de jeu, le numéro 10, NDLR) doit être capable de faire la différence grâce à sa technique et son intelligence de jeu. C’est un joueur spécial, car il fait marcher son cerveau et ses pieds, avant ses poumons et ses jambes », signé Andrea Cossu. Ancien trequartista dans les années 2000-2010, notamment à Cagliari, celui-ci n’a pas mis beaucoup de temps à tomber sous le charme de Paz : « Il ne laisse pas indifférent, c’est indéniable. Sa façon de jouer est singulière, quand il a le ballon dans les pieds, il se passe toujours quelque chose, le temps s’arrête et la magie opère. »
Dans un football où l’intensité et la verticalité sont les nerfs de la guerre, les créateurs en ont pris un coup et ont dû s’adapter, pour le meilleur et surtout pour le pire. Rares sont les joueurs pour qui, dès qu’ils ont le cuir dans les pieds, « le temps s’arrête », comme le rappelait Cossu. Nico Paz, lui, fait partie de ce club très fermé. En 2026, être le maître du temps n’est pas donné à tout le monde, comme l’expliquait Fàbregas dans un entretien pour la Provincia di Como : « Nico est un magicien avec le ballon. C’est un joueur qu’il ne faut pas brider, c’est lui qui impose le rythme en phase offensive, il ne s’adapte pas au rythme de la rencontre, mais l’impose. »
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Pour bien comprendre, Lamine Yamal ou encore Kenan Yildiz sont des joueurs créatifs et percutants, c’est indiscutable, mais ne peuvent pas être définis comme des vrais numéros 10, à la différence de Nico Paz. Explications de Cossu : « Ce sont des joueurs qui cherchent avant tout la verticalité, ce sont des numéros 10, des meneurs, mais adaptés totalement au football moderne. Ils ont ce côté créatif, mais n’imposent pas leur rythme, alors que Nico Paz le fait. Quand il a le ballon, c’est lui qui décide du rythme ce qui est devenu très difficile dans le football actuel. »
C’est sûr que la Serie A permet aux joueurs comme Paz de sortir du lot, ils ont plus de temps pour créer et faire parler leur inspiration.
Une sorte de maître du temps. En effet, il suffit de se mettre devant un match de Côme et d’observer Nico Paz pour bien comprendre : dès qu’il a le ballon, le temps semble s’arrêter, à la manière de Zidane, Baggio, Riquelme, ou encore Rui Costa. « Ce qui m’impressionne chez lui, au-delà de sa qualité technique, c’est sa capacité à lire le jeu, d’être toujours bien placé et de faire les bons choix, au bon moment, ce qui est plus difficile aujourd’hui », souligne Domenico Morfeo. Le trequartista aux 282 matchs de Serie A rappelle qu’à son époque, « il y avait beaucoup de joueurs similaires à Nico Paz, mais aujourd’hui, c’est plus difficile d’en voir, car le jeu demande autre chose », et ajoute que « Nico Paz aurait même sûrement joué mezzala dans les années 2000 ».
La Serie A, et après ?
Bien que la Serie A ne soit plus aussi fermée qu’il y a quelques années, elle reste un championnat moins rythmé et intense que ses voisins européens. L’endroit idyllique pour les profils créatifs ? « C’est sûr que la Serie A permet aux joueurs comme Paz de sortir du lot, ils ont plus de temps pour créer et faire parler leur inspiration », confirme Cossu qui rappelle qu’avant tout, « pour qu’un trequartista soit performant, ce n’est pas une question de championnat, mais surtout de système. À Como, Nico Paz joue dans une équipe qui le met dans les meilleures conditions. » Il est vrai que le numéro 10 est tombé au meilleur endroit pour s’exprimer, dans une des équipes les plus joueuses de Serie A (Côme a le pourcentage moyen de possession le plus élevé de la Serie A, 61,2%, mais également la troisième équipe à cadrer le plus de tirs/match).

Une Serie A moins rythmée que ces voisins européens, certes, mais qui n’est pas non plus une partie de plaisir pour les joueurs créatifs. Avec Côme, Nico Paz doit souvent faire la différence face à des blocs bas regroupés : « Ce n’est vraiment pas facile pour un numéro 10 de trouver le décalage face à un bloc bas, chose à laquelle Paz est confronté quasiment chaque week-end. Certes, la Serie A est moins rythmée, mais pour un trequartista dans une équipe dominatrice, cela veut aussi dire de faire la différence dans des petits espaces. Ce n’est pas simple, mais Nico Paz y arrive », analyse Cossu.
C’est avant tout un excellent joueur, sûrement l’un des meilleurs de sa génération. Il a les qualités techniques mais aussi physiques pour s’adapter à tous les championnats.
Évoluant à Côme, dans un championnat moins ouvert, le métronome serait-il dans un cocon idéal ? Pour Domenico Morfeo, l’Argentin est « avant tout un excellent joueur, sûrement l’un des meilleurs de sa génération », autrement dit « il a les qualités techniques mais aussi physiques pour s’adapter à tous les championnats. » Bien qu’il ait cette âme de numéro 10 à l’ancienne, Nico Paz est un joueur moderne : « Il a un style de jeu singulier, c’est sûr, mais c’est un joueur moderne. Dans un championnat plus ouvert, il pourrait même être encore plus fort, il aura encore plus d’espaces et pourra être encore plus dangereux », estime Andrea Cossu. Ça tombe bien, le Real Madrid compte bien le rapatrier pour la saison prochaine.
Le Côme de Caqueret explose le TorinoPar Tristan Pubert
Propos d’Andrea Cossu et Domenico Morfeo recueillis par TP.























































