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Tuchel en scène

Et si Thomas Tuchel était la plus belle des choses qui pouvaient arriver à l’Angleterre ? Un an et demi après avoir débarqué au chevet de la sélection anglaise, le tacticien allemand continue d’entretenir cette relation d’amour-haine avec les supporters, ses propres joueurs et globalement tout ce qui ressemble de près au de loin à un Rosbif. Pour le meilleur ?
England aus den Federn. L’Angleterre a décidé de se faire secouer les puces, en version allemande. Après huit saisons sous l’égide du mollasson Gareth Southgate, incapable de sortir des sentiers battus et de secouer les statuts des gars à sa disposition, Thomas Tuchel et son escouade sont venus en Amérique pour choquer le monde. Relation tumultueuse avec les supporters – qui ont appris à l’aimer, au fond – piques incessantes à ses joueurs pour les maintenir sous pression, innovations tactiques permanentes : l’Allemand est venu pour sortir le Royaume de sa torpeur.
Bald and furious
Fidèle à lui-même, Tuchel n’a pas attendu le lancement du tournoi pour challenger ses hommes. Les supporters parisiens (ou bavarois) auront même parfaitement reconnu leur ancien chouchou, à l’exception peut-être de cette calvitie fulgurante. Des meubles comme Harry Maguire, Trent Alexander-Arnold ou Cole Palmer ont ainsi été invités à observer la mission commando, bien installés sur leur canapé. Reece James, Jarell Quansah, Djed Spence et Ezri Konsa se sont ensuite partagé le couloir droit au fil des blessures, des expulsions et des humeurs de leur coach. Lequel a changé de tactique comme de chemise face à la Norvège, faisant alterner Jude Bellingham entre meneur et relayeur à trois reprises.
L’utilisation de Bellingham ? Je pense que ce n’était pas simple pour Morgan (Rogers) de ne pas jouer au poste qu’il préfère.
De quoi donner encore plus de valeur à la prestation XXL du héros du jour ? Absolument pas. L’Allemand s’est même montré particulièrement timide au moment de saluer sa prestation, préférant chanter les louanges de Morgan Rogers après une question sur cette utilisation du Merengue. (« Je pense que ce n’était pas simple pour Morgan de ne pas jouer au poste qu’il préfère en numéro 10. Mais c’est l’un de mes joueurs clés. »)

De quoi s’attirer les foudres du co-meilleur buteur des Three Lions, qui ne s’est pas gêné pour allumer son sélectionneur après avoir sorti le pays de l’ornière. « Peut-être qu’il ne sait pas ce que c’est que de jouer dans de telles conditions face à Erling Haaland, Ødegaard, Nusa, Sørloth… Ce n’est pas une équipe facile à jouer. Je crois qu’on essaie de créer un environnement positif et il faut continuer. »
Même Churchill serait fier
Et si c’était justement ce que s’acharnait à créer Tuchel, bien que cela ne saute pas aux yeux ? Arrivé en sélection décrié au sortir d’une saison compliquée à Madrid, l’ego de Bellingham le porterait-il autant sans les coups de semonce de son entraîneur ? Difficile à dire. La relation entre le boss et les fans anglais, jamais les derniers à se faire entendre, reste peu évidente à interpréter non plus. Un jeu du chat et de la souris entamé depuis des mois. L’épisode d’octobre dernier, quand le parcage avait scandé « Sommes-nous assez bruyants pour vous ? » lors d’un déplacement en Lettonie, quelques jours après une plainte de Tuchel concernant l’ambiance de Wembley, en est l’un des principaux exemples. « C’est juste et bien joué. Un bon sens de l’humour », s’en était amusé le targetman ce soir-là.
Quelques mois plus tard, les supporters ont encore franchi un pas en entonnant un chant encore plus acerbe : « Tuchel you’re the one, Churchill bombed your mom, football’s coming home again ». C’est (très) limite, mais ça joue. Surtout, cela résume parfaitement le sentiment qui traverse tout un royaume au moment où un Teuton s’impose comme la principale source d’espoir de voir Harry Kane soulever le trophée Jules Rimet le 19 juillet. En plus de devenir le premier sélectionneur de l’histoire à guider un autre pays que le sien au titre de champion du monde, Thomas Tuchel resterait comme l’Allemand le plus apprécié outre-Manche. Ça valait bien quelques passes d’armes.
Jude Bellingham, la star programmée à la conquête de l’AngleterrePar Tom Binet














































