- Mondial 2026
- Demies- Angleterre-Argentine
La vie est Bellingham

Ce mercredi, les Anglais s’apprêtent à croiser le fer avec les Argentins, champions du monde en titre. Si ce duel s’annonce âpre, il s’agit sans doute de l’un des rendez-vous dont a toujours rêvé Jude Bellingham pour porter son pays en finale et maintenir les espoirs d’un deuxième Graal 60 ans plus tard.
Dans l’ombre de l’increvable capitaine Harry Kane et ses innombrables pions, Jude Bellingham est là, prêt à surgir pour sauver les siens pendant cette Coupe du monde. Encore une fois, face à la très belle équipe de Norvège (1-2), le milieu de 23 piges a révélé une part de lui qu’on avait peut-être omis de concevoir tant la saison du Real Madrid a laissé de regrets. Ce samedi soir, la planète foot s’est extasiée devant un type capable de renverser un match qui semblait filer entre les pattes des Three Lions qui ne se nomme pas Harry Kane. Auteur d’un doublé sous le cagnard de Miami, il semblerait que le natif de Stourbridge soit le dénicheur de solutions que tout un peuple attendait depuis belle lurette pour se retrouver à une marche d’une finale de Coupe du monde.
Jude’s law
Après la partie face à la bande d’Erling Haaland, le bonhomme au dégradé parfait se pointe en zone mixte, l’air agacé. La raison ? Thomas Tuchel, sélectionneur de la Team England, a balancé qu’il était tout à fait mécontent du contenu proposé par ses joueurs malgré la qualif : « Le résultat est fantastique, être en demi-finales, c’est incroyable, mais je ne suis pas satisfait de notre performance. […] Nous avons eu de la chance. » Voilà qui révolte l’ancien joyau du Borussia Dortmund, visiblement d’humeur à titiller l’autorité du coach et à monter au créneau pour ses potes : « Peut-être qu’il ne sait pas ce que c’est de jouer dans ces conditions face à Erling Haaland, Ødegaard, Nusa, Sørloth, c’est difficile sur le terrain, c’est un match éprouvant. […] Mes pensées et ma reconnaissance vont aux joueurs sur la pelouse qui ont livré un superbe match. » Et toc, le groupe vit bien.
Lui, condamné à livrer des prestations et à obtenir la reconnaissance de l’éternel second, s’octroie le droit de remettre les pendules à l’heure. Discuter d’une telle sortie médiatique de son tacticien, n’est-ce pas plutôt le rôle du gars dont le bout de tissu orne le bras lors de chaque match ? Là où le buteur du Bayern Munich incarne une forme de continuité et de leadership institutionnel, le numéro 10 anglais incarne l’audace, la fougue et l’impétuosité, quitte à user de son boulard pour se mettre en porte-à-faux avec son propre sélectionneur en défendant ses coéquipiers. Si la confiance qu’accorde le technicien au crâne dégarni à Harry Kane empêche sans doute quelque part ce dernier de se découvrir autant que Jude Bellingham, le brassard ne suffit plus forcément à désigner celui qui donne le ton. À défaut d’être le capitaine de l’Angleterre, le Madrilène semble peu à peu en devenir le pouls.
Meneur d’émotions
Outre le transfert de leadership qui a pu être observé en dehors du terrain, le champion d’Espagne 2024 a appris à enfiler le costume de sauveur. Offensivement, il est difficile de contester la nouvelle dimension du type : avec 6 caramels plantés, tous à des moments bien précis opérant une bascule considérable pour la rencontre, le voilà qui pointe à la quatrième place du classement des buteurs de ce Mondial, à la même échelle qu’un certain Harry Kane. Pourtant, le Merengue ne s’éclate pas à la pointe de l’attaque et ne tire pas les pénos. Il crée, mène le jeu et semble parfois traversé d’un éclair venu d’ailleurs pour enfiler le costume de héros.

Face au Mexique (2-3), ce cher Jude s’est même mu en défenseur de classe mondiale pour sauver Jordan Pickford d’un malencontreux but qui aurait changé le cours de ces huitièmes de finale. À la fin de la joute face à la Norvège, les supporters anglais de l’enceinte de Miami ont chanté d’une voix l’indémodable Hey Jude, un remerciement envers celui qui a envoyé le pays du pudding en demies. L’ex-joueur de Birmingham, ému, contemple son œuvre. À chaque course rageuse, chaque célébration et chaque prise de parole un peu trop franche, le gamin des Midlands de l’Ouest renvoie l’image du bonhomme qui mesure exactement le poids du maillot qu’il porte et celui des attentes qui l’accompagnent. Jouer pour l’Angleterre, c’est se coltiner 60 années de « It’s coming home » ironiques et/ou bourrés d’espoirs, d’éliminations traumatisantes, de tirs au but envoyés dans les nuages et de générations dorées reparties les mains dans les poches.
Harry Kane connaît évidemment le fardeau, lui qui en a longtemps été le visage le plus fiable. Mais Jude Bellingham semble décidé à en faire autre chose. Il donne simplement l’impression d’être aussi impatient que tout un pays d’aller le chercher. Parler trop fort ou laisser son ego prendre un peu de place dans le vestiaire ? Une aubaine pour tous ces British. Après tout, pour mettre fin à 60 ans d’attente, l’Angleterre n’avait peut-être pas besoin d’un nouveau capitaine, mais bien d’un type suffisamment culotté pour se comporter comme si le poids de cette éternité lui appartenait déjà.
Un ex international anglais met le feu aux poudres avant d'affronter l'ArgentinePar Suzanne Wanègue











































