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Rubén Vargas, tout sauf un peintre

Par Julien Duez
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Rubén Vargas, tout sauf un peintre

Auteur du tir au but qui a offert à la Suisse son premier quart de finale dans un Mondial depuis 72 ans, Rubén Vargas a confirmé son statut de pièce-maîtresse dans l’effectif de Murat Yakın. Une belle revanche pour l’ailier du Séville FC qui vit sa meilleure vie à 27 ans et s’apprête à défier l’Argentine sans complexe.

« Moi aussi, j’étais triste de le voir pleurer ainsi. Mais la peine a tout de suite fait place à de la fierté parce qu’il n’a pas eu peur de prendre des responsabilités. J’espère qu’il continuera à tirer des penaltys. » C’est avec émotion que Fabienne Della Giacoma se remémore, dans les colonnes du quotidien Blick, quelques mois après ce soir du 2 juillet 2021, alors que les images déchirantes montrant son rejeton effondré après avoir manqué son tir au but décisif face à l’Espagne en quarts de finale de l’Euro ont fait le tour de la planète foot.

Cinq ans plus tard, Rubén Vargas a séché ses larmes, consolé sa maman et provoqué un tremblement de terre dans toute la Confédération : face à son homonyme Camilo Vargas, l’ailier du Séville FC se présente en position de cinquième tireur dans une séance où la Suisse est alors en ballottage favorable face à la Colombie. S’il le rentre, la Nati atteindra pour la première fois les quarts de finale d’un Mondial depuis 72 ans. Une éternité. La pression est énorme mais Rubén Vargas a pris du galon depuis 2021. Il s’est aguerri avec Augsbourg en Bundesliga et même si sa première saison en Liga avec Séville s’est révélée plus compliquée que prévue (notamment à cause de blessures à répétition), Murat Yakın lui a renouvelé sa confiance en équipe nationale, avec laquelle il compte deux buts et une passe décisive en seulement 249 minutes disputées depuis le début du Mondial 2026.

Ce qui se passe avec Vargas, reste avec Vargas

Dès lors, le troisième joueur le plus décisif de la Nati sent qu’il a un coup à jouer lorsque son sélectionneur le fait entrer à l’entame de la prolongation, pendant laquelle ses partenaires continuent de ramer face aux Cafeteros. Et ce coup, il va le transformer avec la même aisance qu’un batteur expérimenté sur le monticule d’un terrain de base-ball, le premier sport qu’il a pratiqué dans sa jeunesse, influencé par son père de nationalité dominicaine. « Dès l’âge de trois ans, Rubén avait toujours une batte de base-ball à la main, il a ainsi appris à courir vite, à avoir un bon sens du timing et à coordonner ses mouvements », analyse sa maman, qui lui a transmis quant à elle « le calme et le sens de la discipline ».

Les yeux rivés sur l’objectif, la trajectoire bien en vue, le coup prêt à être asséné et finalement, un plan qui se déroule sans accroc : frappe sèche qui prend Camilo Vargas à contrepied et explosion de joie, comme s’il avait rentré un home-run. Dans toutes les fan zones suisses, on laisse éclater sa fierté à l’idée de refaire partie des huit meilleures nations de la planète. Rubén Vargas, lui, ne peut qu’acquiescer en entendant son coéquipier Manuel Akanji déclarer après la rencontre que son pays peut désormais « rivaliser avec n’importe qui ».

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Dès lors, au diable la statistique d’Opta, selon laquelle la Suisse est le quart-de-finaliste qui a le moins de chance de soulever la Coupe du monde (3%) le 19 juillet prochain. Toujours prompt – à l’image d’un Felix Nmecha – à rappeler sa foi chrétienne à toute épreuve et remercier l’être suprême après chaque succès, Rubén Vargas est un attaquant qui joue sans complexe et savoure le niveau qu’il a atteint en à peine une décennie d’une carrière commencée chez lui, dans le canton de Lucerne. Pourtant, ses retards de croissance auraient pu le faire bifurquer vers une tout autre voie pendant son adolescence : peintre en bâtiment.

De ses 16 à 18 ans, Vargas entre en apprentissage auprès d’une entreprise de peinture. Le terrain a changé, pas le sérieux qu’il met à l’ouvrage : « Je voulais faire un travail physique. Je n’étais pas du genre à rester assis sans bouger dans une pièce pendant des heures. L’été, j’étais sur le chantier à 7 h 30 et je travaillais jusqu’à 15 h 30. Ensuite, j’allais directement à l’entraînement, puis je rentrais chez moi », raconte au site Blue Sport celui qui garde le souvenir d’une « très belle expérience » qui lui a « donné une motivation supplémentaire pour vraiment [s]’investir dans le football ». Depuis, les crampons ont définitivement remplacé les pinceaux mais, au vu des forfaits que doit pallier Murat Yakın, Rubén Vargas a une occasion unique de faire parler son mélange de folie dominicaine et de rigueur suisse face à la bande de Messi. Surtout quand on sait que son seul maître à bord après Dieu s’appelle… Cristiano Ronaldo.

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Par Julien Duez

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