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Roberto Martínez : générations désenchantées

Par Léna Bernard
5' 5 minutes
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Roberto Martínez : générations désenchantées

Alors que le Portugal s'apprête à défier l'Espagne en huitième de finale ce lundi, Roberto Martínez continue de cristalliser les critiques après une phase de poule décevante et une victoire au forceps face à la Croatie au tour précédent (2-1). La génération dorée portugaise pourrait ainsi être sacrifiée comme la Belge en 2022. Tour d'horizon.

Le chiffre 6 croise à nouveau le chemin du Portugal au moment de défier l’Espagne en huitième de finale de ce Mondial 2026. Un chiffre auquel s’accroche Roberto Martínez depuis la préparation de la compétition, comme il l’avait expliqué lors d’une interview : « Je crois beaucoup en la numérologie. Je pense que le 6 peut apporter quelque chose de très bon. En 2016, le Portugal a gagné l’Euro, 1966 a été le meilleur résultat, il y a eu une demi-finale en 2006… Et Cristiano va disputer son sixième Mondial ». Que la Seleção das Quinas joue son avenir dans cette Coupe du monde un 6 juillet est un signe du destin, qui plus est face à la sélection de son pays de naissance. Pour cette « finale avant l’heure », Roberto Martínez joue gros dans sa crédibilité afin de ne pas laisser pour la deuxième fois de sa carrière, après la Belgique en 2022, une génération talentueuse sur le carreau.

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L’Espagne comme philosophie de jeu, la stérilité comme réalité

Né à Balaguer en Catalogne où il a débuté sa carrière de joueur professionnel au mitan des années 90, Roberto Martínez se réclame comme héritier de la philosophie espagnole avec une identité de jeu structurée depuis qu’il a pris les rênes du Portugal en 2023. Une possession organisée magnifiée par le trio Vitinha – João Neves – Bruno Fernandes au milieu de terrain, joueurs qui ont la lourde tâche d’être les premiers détonateurs des transitions portugaises et les garants d’un jeu direct, accompagnés par des latéraux offensifs. Défensivement, Martínez opte plutôt pour un pressing visant à contrôler les espaces plutôt que la traque systématique et haute du porteur de balle.

Néanmoins, la réalité du terrain est bien plus éloignée des préceptes du tacticien ibérique. Au lieu de la polyvalence et de la fluidité offensive voulues, le Portugal est devenu une sélection statique et prévisible, à l’instar de la rencontre face à la République Démocratique du Congo (1-1), où ses protégés ont été incapables de prendre à revers la défense des Léopards, à cause d’un jeu stéréotypé où aucune prise de risque n’a été admise pour chercher la verticalité. Résultat : une conservation de balle stérile sans jamais parvenir à percer le bloc congolais et une incapacité de Martínez de répondre au défi tactique.

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Tout pour Cristiano

Reste la question Cristiano Ronaldo. Malgré ses trois buts inscrits dans ce Mondial, l’attaquant de 41 ans semble aujourd’hui inadapté aux principes de jeu voulus par le chef de bord ; pourtant il reste indéboulonnable dans le onze de départ. Repositionné comme avant-centre, CR7 se retrouve isolé à la pointe de l’attaque lusitanienne et est devenu le symbole de l’immobilisme du jeu portugais. Un point de fixation, alors que le jeu de position demande la création de supériorités numériques par la circulation du ballon. Les performances du joueur d’Al-Nassr ont été vivement critiquée, notamment par Zlatan Ibrahimović sur Fox News après la victoire face à la Croatie (2-1) : « Les supporters du Portugal pouvaient s’y attendre. On ne peut pas espérer gagner quoi que ce soit en 2026 avec un Cristiano Ronaldo de 41 ans à la pointe de l’attaque. Surtout quand Ramos reste sur le banc, entre en jeu et marque. » Le technicien portugais a toutefois sorti sa star pour la première fois du Mondial, à dix minutes de la fin de ce seizième de finale.

Il a gâché la génération dorée de la Belgique, et maintenant il semble que la même chose se produise avec le Portugal.

Peter Schmeichel

Déjà actifs quand il était à la tête des Diables rouges en 2022, les détracteurs de Martínez l’accusent d’avoir gâché la génération dorée belge en gérant mal certains cadres belges, à l’instar d’Eden Hazard et à cause de ses défaillances tactiques. Un constat porté par Peter Schmeichel à la télévision danoise après le nul concédé face à la RDC. « Roberto Martínez doit être l’un des entraîneurs les plus décevants de cette Coupe du monde jusqu’à présent. Il a gâché la génération dorée de la Belgique, et maintenant il semble que la même chose se produise avec le Portugal, s’est ému la légende du football danois. Comment peut-on laisser des joueurs comme João Félix et Rafael Leão sur le banc tout en maintenant un système qui ne fonctionne clairement pas ? Le Portugal a trop de talents offensifs pour paraître si prévisible et prudent. Ses tactiques sont trop conservatrices. L’attaque manque de créativité, le milieu de terrain semble souvent déconnecté, et ses remplacements arrivent généralement trop tard pour changer le cours du match. »

De quoi frustrer les supporters portugais avec une sélection qui, sur le papier, se positionne comme l’un des prétendants au titre final. Mais avant de rêver plus grand, il faudra d’abord venir à bout de l’Espagne qui n’a pas encore encaissé le moindre but dans ce Mondial et qui se présente avec l’ensemble de ses forces en présence. Le Portugal va devoir faire plus et mieux pour ne pas vivre une désillusion avec une génération dorée au zénith de son talent. L’avenir de Roberto Martínez semble lui assuré puisque le média portugais A Bola a révélé des négociations très avancées entre le sélectionneur et Al-Nassr pour y atterrir dès la fin de la compétition. Conflit d’intérêt, faute déontologique ? Une qualification en quart de finale face au voisin espagnol pourrait permettre d’apaiser les esprits dans un premier temps.

Cristiano Ronaldo apparaît tendu avec un journaliste

Par Léna Bernard

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