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Cristiano Ronaldo, l’idole devenue un poison

Devenu, à 41 ans, le joueur de champ le plus âgé à disputer un match de Coupe du monde, Cristiano Ronaldo est, comme souvent, au cœur de l’attention et des critiques. Si ses performances sportives sont médiocres, le plus dérangeant pour la sélection portugaise est l’atmosphère toxique que sa présence génère dans le groupe, malgré lui.
« On sait ce que Cristiano a fait pour nous, mais en ce moment, il est comme nous. C’est juste un joueur de plus qui est là pour nous aider. Il est comme tous les autres. » Ces quelques mots soufflés par João Neves après le nul décevant du Portugal face à la République démocratique du Congo (1-1) ont été perçus comme un crime de lèse-majesté. Sur les réseaux sociaux, le champion d’Europe en titre, sa compagne et Bruno Fernandes, qui avait eu le malheur de liker une publication du joyau parisien, ont été victimes d’une vague de cyberharcèlement.
Actuellement, Ronaldo est lui-même un problème. Et on l’impose à un modèle qui le rejette. Le Portugal court à sa perte, victime de son entêtement à refuser de voir l’évidence.
Avec des propos souvent détournés, les groupies du quintuple Ballon d’or, ulcérées que l’on puisse considérer leur icône comme un simple joueur d’un effectif, ont publié près de 300 000 messages sur la dernière publication de João Neves, qui rendait hommage à sa défunte mère. C’est un nouvel exemple de la Ronaldo-mania et de ses effets néfastes qui empêchent le joueur et sa sélection de se concentrer sur l’essentiel : une première victoire en Coupe du monde.
Tous divisés ?
Avec toute la pression mise autour du capitaine, toujours muet en phase finale de Coupe du monde, des doutes peuvent légitimement se poser sur l’unité du groupe. Tous les regards sont exclusivement fixés sur le joueur d’Al-Nassr, et ce, même si quatre joueurs du Paris Saint-Germain, vainqueurs des deux dernières Ligue des champions, garnissent les rangs et que l’effectif est pétri de talent. Une toute-puissance contrariante pour la Seleção dans le jeu, en atteste sa performance fantomatique face aux Léopards (3 tirs dont 0 cadré, aucun dribble tenté, 25 ballons touchés), portant son total à dix rencontres sans faire trembler les filets dans un tournoi majeur (Euro et Coupe du monde). Mais le mal ne s’arrête pas au rectangle vert.
Malgré lui, CR7 fait régner une ambiance pesante, et la presse s’en donne à cœur joie pour le souligner : « Les Portugais ne se sont pas encore débarrassés de ce fardeau, a écrit le journaliste Luís Mateus dans un édito après le début de tournoi manqué du Portugal. Cristiano Ronaldo semble être écrasé par la gravité. Depuis longtemps, le brassard de capitaine ne correspond plus à son comportement, qu’il soit excusable ou non, compte tenu de son amertume. Actuellement, il est lui-même un problème. Et on l’impose à un modèle qui le rejette. Le Portugal court à sa perte, victime de son entêtement à refuser de voir l’évidence. » Comme en 2016, où Ronaldo avait jeté le micro d’un journaliste à l’eau, la guerre entre les médias (et le reste du monde) et la sélection semble être déclarée, et rien ne présage que l’issue du tournoi soit aussi radieuse.
Silence pesant et sélectionneur complaisant
Lundi, c’était au tour de Francisco Conceição de marcher sur des œufs en répondant à une question sur l’idole de Madère : « Je crois que, quand il s’agit de marquer des buts, il n’y a personne comme Cristiano. Nous ne ressentons pas le besoin ni l’obligation de lui donner le ballon. Je fais la passe au joueur le mieux démarqué. » Sans surprise, cette réponse a de nouveau mis le feu aux poudres, et le plus pesant est le silence radio du principal intéressé, qui s’est contenté il y a quelques jours de faire une story Instagram où il posait avec ses coéquipiers après une séance d’entraînement avec le message « Tous unis ». C’est tout sauf suffisant. Un joueur de sa trempe devrait, à 41 ans et avec le brassard au bras, défendre ses coéquipiers devant la presse pour recentrer le débat.

Cependant, CR7 n’est pas le seul fautif dans ce marasme. Roberto Martínez a également sa part de responsabilité. Alors que Ronaldo s’est montré incapable de faire la différence face au bloc bas de la République démocratique du Congo mercredi, le sélectionneur a préféré sortir le milieu Vintinha pour faire entrer l’avant-centre Gonçalo Ramos plutôt que d’oser mettre CR7 sur le banc. « Ça n’aurait pas eu de sens de remplacer le meilleur buteur de l’histoire du football alors que nous devions marquer », s’est défendu l’ancien sélectionneur des Diables rouges en conférence de presse.
Ce manque de courage et ce traitement de faveur interrogent. Au point qu’il paraisse impensable aujourd’hui de voir Martinez le rétrograder, ce qu’avait pourtant fait son prédécesseur, Fernando Santos, après le troisième match de la phase de groupes lors de la Coupe du monde 2022. D’autant que plusieurs journalistes affirment que le technicien, en fin de contrat en juillet prochain, aurait déjà pris la décision de quitter son poste de sélectionneur à l’issue du tournoi, quel que soit le parcours réalisé par son équipe, pour rejoindre Al-Nassr, qui n’est autre que l’actuel club du génie portugais. Avant cela, la Seleção devra tenter de relever la tête face à l’Ouzbékistan ce mardi pour espérer valider son ticket pour les seizièmes de finale. Un ou plusieurs buts de Cristiano pourraient apaiser les tensions, du moins temporairement. À moins que les Portugais ne vivent à Saltillo 2.0.
En direct : Portugal-Ouzbékistan (0-0)Par Thomas Morlec
















































