- Mondial 2026
- Quarts
- France-Maroc (2-0)
Le Maroc est tombé sans ses idées

Quatre ans après sa demi-finale au Qatar, le Maroc s’arrête avant le dernier carré. Dominés dans les grandes largeurs par la France, les Lions de l’Atlas ont été sacrément décevants avec une approche trop frileuse. L’équipe qui a causé de sérieux maux de têtes aux défenses brésilienne et néerlandaise s’est reniée et n’a quasiment pas vu la moitié de terrain bleue.
D’un coup, à la 59e minute, les geeks se sont redressés. Ils ont regardé attentivement l’écran, se sont frottés les yeux, et ont relu attentivement la stat qui venait de s’afficher sur l’écran : après une heure de jeu, le Maroc ne s’est procuré que 0,06 expected goals, contre 2 pour l’équipe de France, malgré un score nul et vierge. Les Bleus ont continué d’appuyer sur l’accélérateur pour faire rompre les Lions de l’Atlas (2-0), alors que ces derniers sont restés aphones (0,14 xG à 3,34 en fin match). Pas besoin d’avoir fait des longues études de mathématiques pour comprendre que Brahim Díaz et les siens auraient pu jouer longtemps sans inquiéter Mike Maignan.
Un enthousiasme disparu
Pourtant, on a vu, pour la première fois de la compétition, Dayot Upamecano moins serein ; on a senti que les côtés français pouvaient encore être pris d’assaut. Après un troisième clean sheet en autant de matchs de phase finale, il est déjà possible de concéder que la formation de Didier Deschamps est plus solide qu’il n’y paraît, mais vient surtout l’heure de regretter le manque d’ambitions marocaines dans ce premier quart de finale du Mondial. Les hommes de Mohamed Ouahbi auraient-ils pu se qualifier en se découvrant ? Pas sûr. Ils auraient en tout cas terminé la compétition comme ils l’avaient commencé : avec les honneurs.
Dès leur entrée en lice, les demi-finalistes de la Coupe du monde 2022 avaient prouvé que le jeu restrictif était derrière eux et qu’ils savaient aussi relancer court, dominer le milieu brésilien et donner le tournis à beaucoup de sélections par une capacité à s’engouffrer dans chaque micro-intervalle adverse. Avant d’affronter les Bleus, le Maroc avait récidivé en relevant haut la main le défi néerlandais, n’avait été gêné que durant la première période face au Canada et avançait sûr de ses forces. Malheureusement, elles n’ont pas été aperçue à Boston, ce jeudi soir. Les Lions de l’Atlas ont encore eu la possession (52%), mais n’a jamais su quoi faire du ballon, enchaînant souvent les passes dans son camp, gênés par le bloc haut français, même lorsque celui-ci ne s’adonnait pas un pressing intense.
On a manqué d’idées, de fraîcheur aussi. (…) Le regret, je l’ai dit aux joueurs, c’est qu’on voulait faire plus avec le ballon. En tout cas, c’était le plan.
« La première mi-temps a été compliquée parce que [les Français] étaient très bons avec le ballon, notamment sur les ailes, avec leurs joueurs en faux pieds qui rentraient, les triangles, les appuis qu’ils trouvaient dans l’axe », a concédé Mohamed Ouahbi en conférence de presse. Interrogé sur le manque d’allant de son équipe, le sélectionneur n’a pas botté en touche : « On a manqué d’idées, de fraîcheur aussi. On a une jeune équipe, on va continuer à grandir. Le regret, je l’ai dit aux joueurs, c’est qu’on voulait faire plus avec le ballon. En tout cas, c’était le plan. » Si l’équipe de Walid Regragui ne pouvait sans doute pas faire mieux contre la France en 2022, cette version 2.0 semblait avoir les armes pour proposer davantage, ce qui frustre encore davantage le téléspectateur venu voir un duel de styles entre deux des nations les plus enthousiasmantes de la compétition.
Des leaders absents
Ce bloc bas sans inspiration a fini par prendre deux buts et aurait pu craquer encore davantage – soit plus tôt avec le penalty manqué par Kylian Mbappé avant la demi-heure de jeu, soit en fin de match avec les enjambées de Bradley Barcola dans les trous laissés béants par une défense enfin découverte -, ce qui rend ce projet de jeu d’un jour caduc. « Quand on leur a laissé le ballon, on a senti qu’ils étaient peu dangereux. Finalement, on avait peu à craindre de cette équipe », a soufflé Adrien Rabiot au micro de beIN Sports. Sentiment partagé par son sélectionneur, Didier Deschamps : « J’étais un peu surpris de voir l’équipe de départ du Maroc, même si j’essaye de comprendre le pourquoi du comment et le fait de ne pas avoir de vrai attaquant pour attirer nos défenseurs. Mais à partir du moment où on a eu le ballon et que l’on a été vigilant, ils n’ont pas pu être dangereux. » À trop vouloir contenir son adversaire, le Maroc s’est renié et a concédé un score sur lequel il n’aurait pas craché en proposant davantage.

Trois ans et demi après leur épopée historique, les Marocains quittent le Mondial 2026 avec un goût amer dans la bouche. Les regrets peuvent également venir de la performance des leaders, puisque Brahim Díaz et Achraf Hakimi, fantomatiques contre la France et décevants durant l’intégralité de la compétition. Sans Ismael Saibari, cette équipe s’est finalement retrouvée bien dépourvue d’idées. Pas défaitiste pour autant, Mohamed Ouahbi semble satisfait de l’évolution de sa formation : « Je ferai le bilan plus tard, mais on avait des idées très claires sur comment faire jouer cette équipe. Je ne pensais pas qu’on pourrait aller si loin, je ne parle pas de résultat, mais de contenu. J’ai été surpris par la vitesse à laquelle les joueurs adhéraient au projet. » Alors, rendez-vous dans quatre ans, à la maison, avec encore plus d’enthousiasme, s’il vous plaît !
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