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Raúl Jiménez, à la bonne heure

Par Oscar Crassous
5' 5 minutes
Réactions
Raúl Jiménez, à la bonne heure

Écarté des terrains pendant près d’un an après une fracture du crâne et souvent critiqué en sélection, Raúl Jiménez a l’opportunité de porter son pays à domicile et d’enfin devenir un attaquant reconnu au Mexique. Avec trois Coupes du monde à son actif, mais aucune titularisation dans la compétition, son histoire reste un point noir dans la carrière de l’enfant de Mexico. À 35 ans, la légende de Wolverhampton a l’occasion de se réconcilier avec cette dernière.

Et si c’était lui ? Si l’heure de la reconnaissance était enfin arrivée pour Raúl Jiménez et ses 35 balais. Jusqu’à présent, la Coupe du monde et ses instants de magie ont décidé de lui tourner le dos. Trois participations au Mondial pour seulement 116 minutes passées sur la pelouse, du jeune rookie à la bête blessée, avec cette impression que l’estrade sur laquelle il pouvait s’élever pour devenir l’une des figures de sa sélection ne lui serait jamais dressée. Pour celui qui pourrait bientôt devenir le deuxième meilleur buteur de l’histoire du Mexique (il est à un pion de Jared Borgetti et ses 46 réalisations et à sept du patron Chicharito), son histoire avec le Mondial n’est pas finie. Elle commence seulement, et au meilleur des moments. Dans son stade Azteca où il a fait ses premiers pas. À la maison.

Jiménez, forte tête

L’enfant du Club America revient de loin. Le 29 novembre 2020, l’attaquant de Wolverhampton monte au duel à la tête avec David Luiz sur corner. Dans cette époque Covid et ses stades vides, l’impact du choc résonne. « Il y a des choses que l’on peut faire disparaître de sa mémoire. Mais ce bruit, je ne pourrai jamais l’oublier », raconte Nuno Espirito Santo au bord des larmes dans Code Red, un documentaire qui retrace ce terrible épisode pour Raúl Jiménez. Le Mexicain s’effondre, le crâne ouvert et lourdement ensanglanté. « À ce moment-là, je pensais qu’il était mort, rejouait Daniela Basso, son épouse. J’ai appelé tout le monde que je connaissais au club pour essayer d’avoir de ses nouvelles. Au bout de 45 minutes seulement j’ai su qu’il était vivant. Le médecin m’a dit de venir à l’hôpital. Je savais que c’était quelque chose de grave. » Elle fait trois heures de taxi depuis Londres, avec leur fille Arya, âgée de seulement six mois. Au chevet du buteur des Wolves, les nouvelles sont rassurantes. Jiménez est miraculé.

« J’avais cette fracture du crâne, l’os était cassé et il y avait un peu de saignements à l’intérieur du cerveau. Cela poussait mon cerveau à l’intérieur et c’est pourquoi l’opération a dû être rapide. Les médecins ont effectué un excellent travail », détaille l’attaquant mexicain. On pense que la carrière de Jiménez appartient désormais au passé, dont sa saison à 27 buts l’année précédente restera le point d’orgue. « Il n’arrivait plus à marcher droit, il déviait sans cesse sur le côté », continue Daniela. La rééducation est longue, incertaine, périlleuse. Mais dès la première journée de Premier League le 14 août 2021, la star des Wolves est titulaire. « Je sais que je dois encore plus profiter du football. Les 9 mois qui ont suivi étaient compliqués, je voyais mes partenaires s’entraîner sans savoir si je pourrais rejouer, décrit-il. Il y avait un peu d’appréhension au début, quand je voyais un ballon haut qu’il allait falloir jouer de la tête. Mais une fois que je me suis rendu compte que cela ne me faisait rien, je n’ai plus eu peur. »

Le mal aimé d’El Tri

« Siiiii señor. Give the ball to Raúl and he will score. » Adulé à Wolverhampton, où la chanson à sa gloire descend chaleureusement des travées du Molineux Stadium, Jiménez a une histoire bien différente avec la sélection nationale. Elle avait pourtant bien commencé, avec un titre olympique acquis du côté de Londres en battant le Brésil de Neymar en finale. Rien que ça. Malgré ses 126 sélections, ponctuées de 45 réalisations, l’enfant du Club América n’est jamais parvenu à devenir le 9 que le Mexique attendait et a toujours subi la comparaison avec le vénéré Chicharito.

Je suis heureux pour lui, c’est une forme de rédemption.

Javier Aguirre, sélectionneur du Mexique

À la Coupe du monde 2014, le jeune Raúl Jiménez est déjà là, se contentant de six petites minutes contre le Brésil. Quatre ans plus tard, le Mexicain est barré toute la saison par l’arrivée de Seferović à Benfica et ne joue que 54 minutes en Russie. Touché par une pubalgie avant la dernière édition au Qatar, il n’y fait que des entrées, peu convaincantes. L’émergence de Santiago Giménez au Feyenoord laisse penser qu’un quasi-homonyme arrive pour le remplacer et que le buteur de Fulham, de retour chez les Wolves la saison prochaine, a laissé passer sa chance.

Raté : un transfert catastrophique à l’AC Milan du concurrent et une confiance retrouvée en sélection sous les ordres de Javier Aguirre plus tard, Raúl Jiménez s’avance vers un Mondial à la maison avec un statut de titulaire. « Aujourd’hui, il me semble très mature, détendu et très à l’aise dans ce qu’il a à faire. C’est un joueur très important pour nous, qui ne compte pas ses efforts. Je suis heureux pour lui, c’est une forme de rédemption », expliquait le sélectionneur Javier Aguirre au sujet de son joueur. Buteur en finale de la Gold Cup l’an dernier pour s’offrir un deuxième trophée en sélection, le natif de Mexico doit encore se mettre le public dans la poche. Souvent limité à être un (très bon) tireur de penalty et critiqué pour son manque d’efficacité sous le maillot mexicain, Jiménez a aussi eu des sorties maladroites, la dernière en date à l’encontre de ses supporters. Un but dès le match d’ouverture contre l’Afrique du Sud, ce jeudi soir, serait une bonne manière de lancer sa quatrième Coupe du monde.

Une manifestation devrait avoir lieu lors du match d’ouverture de la Coupe du monde 2026

Par Oscar Crassous


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