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Mais qui es-tu, la saison de transition ?

Par Ugo Bocchi
4' 4 minutes
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Mais qui es-tu, la saison de transition ?

Ça y est, c’est la reprise. Et forcément aussi, l’heure de fixer des objectifs. Quand certaines visent la Ligue des champions, d’autres préfèrent se contenter du ventre mou. Elles, ce sont les équipes en transition.

Lucien Favre est l’un des hommes forts du casting de cette nouvelle saison. Mais il est aussi une personne prudente. Pour son arrivée sur la Promenade des Anglais, le Suisse se met assez rapidement à couvert, conséquence d’un mercato pas vraiment choisi, à la balance plutôt négative. Ben Arfa, Germain et Mendy partis, c’est forcément difficile de viser très haut : « Je ne veux pas parler de classement, car c’est une saison qui peut être très difficile en raison des départs. On ne peut pas cacher la vérité. Mais je ne m’inquiète vraiment pas. Il faut suivre son chemin, prendre son temps. »

Des départs pas tout à fait comblés : « Si on peut intégrer les nouveaux qui sont arrivés et ceux qui vont venir, tout en faisant progresser quelques jeunes, on peut gentiment mais sûrement recréer une équipe. Ce sera déjà très positif. » En d’autres termes, il explique à L’Équipe et aux supporters du club qu’ils ne doivent pas se faire trop d’espoirs. Même si les bonnes surprises arrivent toujours quand on les attend le moins, ils devraient vivre une saison de transition. À l’AFP, le président de l’OGC Nice, lui, n’y va pas par quatre chemins : « L’objectif ? Ce n’est pas de la langue de bois, mais il n’y en a pas pour cette saison de transition. »

Le temps, en tant que temps, n’existe pas

C’est d’ailleurs généralement le dénominateur commun des équipes en transition. Un contexte de changement, un nouveau cycle et donc, forcément, un déséquilibre qui en découle. Nice et son alternance. Marseille et sa vente à rallonge. Rennes, Gourcuff et sa vision à long terme. La Lazio et le lapin de Bielsa. Milan et ses investisseurs chinois. Bref, on la retrouve un peu partout en Europe et elle se reconnaît avant tout à cette instabilité, caractérisée par un ménage général, posée en fondation. Problème auquel les dirigeants et/ou entraîneurs donnent généralement peu de réponses précises et demandent de la patience. Beaucoup de patience. Pourquoi ? Parce que c’est difficile de savoir au bout de combien de temps un projet se concrétisera, sur combien de temps une transition s’étalera.

En fait, c’est un mélange d’éducation et de pâtisserie. Une planification crescendo, pour des élèves plutôt ambitieux avec un dosage minutieux en ce qui concerne les objectifs. Les promus ne parlent pas de saison de transition, mais de maintien. Les favoris au titre parlent de titre. Les clubs habitués à figurer dans la partie haute du tableau, qui se retrouvent en difficulté, parlent de saison de transition. On demande de la patience aux supporters pour tempérer leurs exigences. En gros : « Ne vous attendez à rien cette saison. S’il se passe quelque chose, c’est un miracle. » Depuis que l’OM est en chantier, Margarita l’a bien compris : le temps est son meilleur allié. Et notamment lors de sa fameuse conférence de presse : « Je ne sais pas combien de temps ça va prendre. Mais je peux vous assurer d’une chose, c’est que je ferai les meilleurs efforts pour y arriver et j’y arriverai. » Pas de date butoir, des espoirs contenus et surtout de la bonne volonté.

L’allégorie Montanier

Mais le temps peut également se retourner contre ceux qui ne l’utilisent pas à bon escient. À trop vouloir temporiser, à trop vouloir ne pas se mouiller sur le long terme, la sanction tombe. Ça a notamment été le cas pour Philippe Montanier au Stade rennais. Pendant l’été 2013, après une énième finale perdue, le club breton voit l’arrivée de l’exilé français comme une lueur d’espoir. Lui prend son temps et annonce la transition, subit le mercato et perd une nouvelle finale. Il prend (trop) de risques à la fin de la première année, hausse les objectifs à l’Europe et se plante. Il est finalement limogé au cours de la troisième saison. Et là, c’est bien le dosage entre le temps et l’ambition qui lui a fait défaut. Sa saison de transition aurait dû lui servir de base pour la suite. Il a préféré tout revoir au deuxième mercato, avec notamment vingt mouvements de joueurs.

Elle reste toujours en retrait, n’est que rarement annoncée, car elle ne fait jamais plaisir aux supporters. Au pire, elle se devine dans les mots, les intonations, les actions. Elle permet de gagner du temps, sans prendre de risque. Elle permet de vivre sereinement, d’envisager un projet à long terme et de repartir sur un nouveau cycle. Elle est une salle d’attente dans un centre de dépistage. À l’issue de ce temps d’espérance, la sanction tombe. Soit c’est positif, et on repart du bon pied. Soit c’est négatif, et il va falloir se reposer, guérir, pour se relancer. Ou couler encore et encore. La saison de transition est une conséquence d’un déséquilibre, elle est une excuse pour des turbulences à venir, elle est généralement ce qui précède le ventre mou. Les supporters marseillais, entre autres, sont prévenus.

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Par Ugo Bocchi

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