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Mais pourquoi l’OM mise sur Marcelino ?

Par Maxime Brigand

Pisté par l’OM en 2020, puis au cours de l’été 2022, Marcelino Garcia Toral, proche de longue date de Pablo Longoria, est tombé d’accord avec le club marseillais mercredi pour prendre la suite d’Igor Tudor. Question : pourquoi lui ?

Mais pourquoi l’OM mise sur Marcelino ?

Lors d’un après-midi de la fin des années 1980, Marcelino Garcia Toral, alors milieu de terrain du Sporting Gijón, s’est retrouvé en short et s’est étranglé. La faute à un chewing-gum, à un noyau d’abricot ? Non, la faute au Milan d’Arrigo Sacchi. Explications livrées à So Foot, en décembre 2021 : « Chaque fois que je recevais le ballon, je me disais : “Mais putain, il n’y a aucun espace pour développer du jeu.” Lorsqu’il n’avait pas la balle, son Milan vous étouffait, et dès qu’il le récupérait, on avait l’impression qu’il jouait à 13. Son Milan était une machine parfaite. » Si parfaite qu’une fois les crampons rangés dans le fond du grenier et la bascule vers sa seconde vie de coach opérée, l’Espagnol a toujours cherché à approcher cet idéal « d’expression collective ». Ça a été le cas dès ses débuts dans le coaching il y a plus de 25 ans et ça l’a été lors de toutes ses aventures de la dernière décennie, à Villarreal, à Valence et sur le banc de l’Athletic. Tout n’a pas été simple pour le natif de Careñes sur la période – Marcelino a notamment été éjecté de Valence après avoir terminé deux fois 4e de Liga, atteint le dernier carré de la Ligue Europa et soulevé la Coupe du Roi, ce qui n’avait pas suffi à son président de l’époque, Anil Murthy, et à son sulfureux patron, Peter Lim –, mais il est impossible de ne pas reconnaître la capacité du technicien à implanter un projet de jeu clair et ambitieux. Parfait, c’est évidemment ce que recherche Pablo Longoria – en plus d’un coach qui apprenne vite le français –, lui qui côtoie Marcelino depuis une bonne quinzaine d’années et le connaît sur le bout des doigts.

Fermer les portes et varier les configurations défensives

Mais à quoi doivent s’attendre les supporters marseillais sur le plan du jeu ? Tout d’abord, à voir débarquer un cuisinier qui sait exactement ce qu’il veut faire sortir de sa cuisine et qui a traversé l’intégralité de ses derniers projets avec des 4-4-2 ultracompacts mêlant explosivité à la récupération et quadrillage optimal des zones clés en phase défensive pour protéger le plus efficacement possible son navire – comme le disait Claudio Ranieri il y a quelques années, le premier objectif d’un coach est de « fermer la porte de maison, sinon, les voleurs entrent et te volent tout. C’est une fois que tu as tout fermé que tu peux décorer et organiser l’intérieur comme tu veux. » Marcelino n’a jamais été un amoureux de la possession pour la possession (son Valence a affiché un taux de possession moyen de 47,8%, et son Bilbao a tourné à 48,1% en 2021-2022), mais a toujours cherché à développer des équipes portées par le rythme, la verticalité et l’assaut du but adverse. L’Athletic a, par exemple, fini à la cinquième position des équipes tentant le plus leur chance en Liga la saison dernière. Sur ce point, les fans de l’OM devraient s’y retrouver.

Une variante très importante, déjà annoncée par Longoria, va en revanche être à prendre en compte dans le jeu sans ballon. Après une saison passée à voir l’OM essorer ses proies à l’aide d’un marquage individuel féroce, Marcelino, plan B voire C de la direction olympienne, devrait faire baisser la température, lui qui expliquait il y a quelques années que « dans [son] idéal, le marquage individuel n’existe pas ». Ses équipes ont, au contraire, toujours avancé avec un pressing plus séquencé. L’approche est plus rationnelle, en zone, via des blocs généralement médians bas, et cherche avant tout à réduire au maximum les intervalles en fermant le cœur du jeu afin de construire les conditions d’un enfermement de l’adversaire sur un côté à l’aide de la ligne de touche. Cela nécessite d’avoir un onze travailleur, au point physiquement, et une paire d’attaquants bosseurs. Cela permet aussi de varier les configurations défensives et, dans une Ligue 1 où les projets de jeu sont de plus en plus variés, cela sera précieux.

Séquence modèle du pressing du Bilbao de Marcelino, ici en bloc haut, face à l’Atlético. On voit bien le 4-4-2 à plat et le déclenchement de la pression une fois la première passe latérale adverse déclenchée…

… l’Atlético est alors rapidement coincé le long de la ligne de touche et doit reculer…

… jusqu’à une relance en catastrophe d’Oblak…

… sur laquelle Munian va surgir, soutenu dans son dos par Berchiche…

… avant un maintien de la pression et une nouvelle supériorité numérique imposée sans ballon (ici un quatre contre trois). L’Atlético va alors finir par rendre le ballon.

Un 4-4-2 qui offre de la richesse

Cette paire d’attaquants est un indispensable du foot selon Marcelino. Il l’a souvent répété ces dernières années, notamment lors d’un entretien à Onze Mondial : « J’aime évoluer avec deux attaquants. Bien évidemment, je ne veux pas avoir deux profils identiques sur la pelouse. Il ne faut pas qu’ils soient parallèles, mais proposent des aptitudes différentes. Cela offre plusieurs façons d’attaquer. De plus, je considère qu’il est plus difficile pour l’adversaire de défendre sur deux joueurs rapprochés que sur un seul. Cela peut générer plus de doutes et d’approximations en face. » Mais pourquoi dans un 4-4-2 à plat plutôt que dans un 3-5-2 ou dans un 4-4-2 losange ? « C’est juste une façon de positionner les footballeurs sur un terrain, répondait-il, fin 2021, toujours à So Foot. C’est un système qui permet d’assurer un bon équilibre, mais qui a des bons et des mauvais côtés. L’important est d’en connaître les vertus et les défauts. Tu peux défendre à quatre, à cinq ou à trois, peu importe, au fond, ce qui compte vraiment, ce sont tes intentions. Quelles zones considères-tu prioritaires au moment de défendre ou d’attaquer ? Comment comptes-tu t’y prendre pour que tes intentions soient traduites du mieux possible par tes joueurs ? Comment veut-on qu’ils attaquent les espaces, créent des lignes de passes ou pressent l’adversaire ? Le système n’est pas déterminant. Ce qui l’est, c’est la manière dont les joueurs interagissent entre eux. Par exemple, nous défendons avec deux lignes de quatre, mais d’autres équipes avec un système similaire le font différemment. Généralement, ils excentrent un joueur du milieu. Du coup, ils défendent à cinq ou six. Pourquoi ne pas faire la même chose ? Parce qu’en défendant à cinq, tu as moins de possibilités de contre-attaquer. » Oui, au-delà de garantir une sécurité défensive, le 4-4-2 est pour Marcelino, un homme qui a constamment assumé vouloir marier ses principes à l’histoire des clubs dans lesquels il était nommé, non-n égociable pour se projeter avec efficacité et en nombre à la récupération avec, entre autres, un attaquant faisant reculer la ligne défensive adverse et un autre restant disponible entre les lignes, dos au jeu, pour combiner et potentiellement placer un milieu face au jeu.

Exemple de la disposition de l’Athletic avec ballon, toujours face à l’Atlético, où l’on voit bien le 4-2-2-2.

Carte des positions moyennes de cette rencontre, remportée (2-0), où l’on peut noter l’asymétrie du 4-2-2-2 de Marcelino, avec un ailier (ici Nico Williams, #30) un peu plus excentré que l’autre (Iker Munian, #10), un latéral un poil plus large et l’un des deux attaquants plus décroché.

Autre carte des positions moyennes d’une équipe de Marcelino : Valence, lors d’un succès face au Real (2-1) au printemps 2019, où l’on retrouve la légère asymétrie, mais une animation similaire.

Le 4-4-2 est aussi un système riche permettant d’avoir de la variété lors des phases d’attaque placée, où les pions sont nécessairement obligés d’agiter le cadre pour faire apparaître des triangles qui sont moins naturels que dans un 4-3-3. Au cours de ses dernières expériences, l’Espagnol, dont le jeu direct est plus terrien qu’aérien, ce qui le rend forcément plus agréable à suivre, a toujours pu compter sur un portier courageux, des centraux à l’aise pour vivre sous pression et un double pivot capable de mêler propreté et audace. La suite est souvent un enchaînement d’appuis et de remises dans les zones intérieures afin de libérer rapidement vers les joueurs de couloirs. Dans l’idée, on retrouve généralement dans le onze un ailier de débordement et un autre plus habitué à rentrer à l’intérieur pour libérer l’espace à un latéral (à Bilbao, Yuri Berchiche était souvent ce dévoreur d’espaces dans le dos d’Iker Munian). On peut aussi voir deux ailiers intérieurs – Harit, Under et Malinovskyi semblent répondre aux exigences – et la mise en place d’un 4-2-2-2 avec deux latéraux constamment déployés au large.

Plusieurs questions vont alors se poser dans les prochaines semaines, même si Pablo Longoria a déjà annoncé que l’effectif de l’OM serait renouvelé cet été de « 40 à 50% » et si l’on sait que le néochef marseillais est un adepte des groupes réduits. Les pieds de Pau Lopez seront-ils à la hauteur des attentes de Marcelino ? Avec le retour de la défense à quatre, quid de l’utilisation de Jonathan Clauss, qui n’a plus joué dans un tel système depuis ses années allemandes ? En cas de départ d’Alexis Sanchez, dont le profil pourrait pourtant être attirant dans un tel projet de jeu, qui l’entraîneur espagnol pourrait-il associer à un Vitinha qui a encore tout à prouver ? Quels hommes seront choisis pour animer le double pivot ? Et la charnière ? Les interrogations sont nombreuses en matière de profils alors que les noms de Geoffrey Kondogbia, brillant dans le Valence de Marcelino aux côtés de Dani Parejo, et Romain Saïss circulent dans l’air depuis quelques jours. Seule certitude pour le moment : le football mis en scène par l’ancien coach de Villarreal, qui n’est jamais sorti d’Espagne, s’appuie sur les qualités adaptatives et techniques de ses animateurs, ce qui était moins le cas avec l’approche plus radicale d’Igor Tudor, un coach davantage basé sur le cœur et les tripes que sur les pieds, mais qui aura eu le mérite d’être allé au bout du bout de ses idées. Pour accompagner l’ouverture de ce nouveau chapitre, qu’il faudra évidemment suivre avec attention et qui s’annonce plus pragmatique, le chantier s’annonce grand et devrait être très, très animé.

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