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Voilà pourquoi on adorait Wahbi Khazri

Par Théo Juvenet
6 minutes

Après 16 saisons pros et 6 derniers mois sans club, Wahbi Khazri raccroche les crampons à 34 ans. De Bastia à Montpellier, en passant par Bordeaux et Saint-Étienne, retour sur la carrière d’un joueur iconique de la Ligue 1 dont les chiches, les contestations arbitrales et les sorties légendaires n’ont jamais laissé personne indifférent.

Voilà pourquoi on adorait Wahbi Khazri

Quelques années en arrière, Wahbi Khazri ne s’imaginait certainement pas mettre un point final à la première grande aventure de sa vie aussi vite. En tout cas pas comme ça, à 34 ans, en direct sur le plateau du Late Football Club de Canal+ vers 23h, un 12 décembre. « Il est temps pour moi d’annoncer la fin de ma carrière. J’ai beaucoup d’émotions parce que je ne pensais pas réagir comme ça. C’est une passion qui m’a tant donné, sans qui je n’aurais pas pu être l’homme que je suis. » Trois ans après les larmes versées devant ses potes de la sélection tunisienne au moment de ses adieux aux Aigles de Carthage, c’est une nouvelle fois la gorge nouée que Khazri a mis un point final à sa carrière de footballeur pro. Une petite mort pour lui comme pour nous, finalement, puisqu’au terme de ses 16 saisons professionnelles, rares sont les suiveurs plus ou moins assidus de la Ligue 1 qui ne savaient pas qui était Wahbi Khazri. Ou qui n’avaient jamais eu l’occasion de se rincer l’œil devant l’une de ses arabesques, régulièrement couronnées d’une place de choix dans les top buts annuels de notre championnat.

À l’image d’autres acteurs du beautiful game, Khazri n’a pas eu la sortie que sa carrière méritait. L’ultime tour de piste du meneur de jeu, sous les couleurs de Montpellier en 2024-2025, a ressemblé bien plus à un cauchemar sans fin qu’à un rêve éveillé. Accusé de (presque) tous les maux du club héraultais, relégué en Ligue 2 au terme de la pire saison de l’histoire du club héraultais dans l’élite, Khazri était devenu la cible de critiques sur son hygiène de vie et son salaire grassouillet. Sans doute trahi par un physique très osseux (et une appétence pour la bonne bouffe) qui l’aura toujours distingué des numéros 10 aseptisés du foot moderne, celui qui s’est forgé dans les quartiers d’Ajaccio livrait une ultime bataille aux micros pour se défendre face à cette pluie d’accusations qui tombait sur son crâne luisant : « Mon salaire, je ne l’ai pas volé. À Montpellier, au regard du contexte, c’était plus difficile pour moi de m’exprimer. Je n’ai jamais triché. » 

Frappes de mule et grande gueule

S’il a disputé plus de 500 matchs et claqué 100 buts chez les pros, c’est parce que Wahbi Khazri s’est très vite fait un nom dans le championnat de France de par sa faculté à faire parler la poudre. Révélé à Bastia, où il a activement participé à la remontée du club en Ligue 1 lors de la saison 2012-2013, le Corse s’adonnait déjà à sa passion : envoyer des chiches dans les cages adverses, que ce soit sur une contre-attaque ou sur un coup franc lointain. Un soir de PSG-Bastia en février 2013, l’une d’entre elles a tellement rendu fou Salvatore Sirigu que l’Italien en a fracassé son poteau de frustration. Khazri fut l’un des rares Ajacciens à faire exulter Furiani à de nombreuses reprises, avant de partir ensuite à l’assaut du continent, où la saison et demie passée aux Girondins de Bordeaux aura accompagné sa progression… et révélé son goût pour les contestations arbitrales. « Vous êtes zéro, vous allez nulle part, vous êtes nul ! Il prend le ballon putain. Tu es pour Lyon ça se voit », « Il t’a payé Aulas ! », lançait-il au corps arbitral lors d’une fessée lyonnaise à Chaban-Delmas (0-5, en décembre 2014).

Une belle répartie, qu’il ne pouvait pas aussi bien réutiliser lorsqu’il s’envolait à l’hiver 2016 pour la Premier League et Sunderland. Au moins, les supporters des Black Cats ont vite cerné quel joueur ils venaient d’accueillir. Le coup franc ne change pas, la reprise de volée non plus. Le premier, un brin chanceux, permet à Sunderland de s’offrir une victoire de gala contre Manchester United, la seconde, absolument sublime, permet aux siens de se maintenir en Premier League face à Chelsea. Les fulgurances du Corse n’empêcheront malheureusement pas la chute de Sunderland, et pour notre plus grand plaisir son retour dans notre championnat de France. Après un bon passage à Rennes, Khazri prend son pied à Saint-Étienne, où il effectue dès son arrivée sa meilleure saison sur le plan statistique (14 buts et 10 passes dé en 35 matchs). Sous Jean-Louis Gasset, il est à son prime, allume Steve Mandanda de toutes ses forces lors d’un Sainté-OM et permet aux Verts de se hisser à la quatrième place de la Ligue 1 en 2019. Si la fin de son aventure dans le Forez aura initié le début des emmerdes pour lui, avec une descente en Ligue 2 en 2022, c’est lors de cette saison que Khazri nous a offert sa plus belle prouesse. Un lob de 68,3 mètres de long contre Metz, envoyé depuis son propre camp au niveau du rond central, qui venait alors récompenser la persévérance de l’attaquant, qui en tentait au moins un par match. Il fallait bien que ça finisse par passer, mais c’était en revanche moins prévu que celui-ci passe à la postérité : il s’agit du but le plus lointain de toute l’histoire du championnat de France.

Faux lent et orifices

Ces dernières saisons ligériennes et héraultaises en eau de boudin ne sont assurément pas ce qui définit Wahbi Khazri. On gardera le souvenir d’un joueur qui a toujours mis du cœur à l’ouvrage, à l’image de sa célébration personnelle sur chaque but. Khazri était un faux lent, plus investi dans chaque dialogue arbitral que n’importe quel capitaine, capable d’envoyer un pressing de 50 mètres à la 89e minute à 0-2, capable aussi de prendre un nombre de cartons assez impressionnant pour un attaquant (121 biscottes durant sa carrière, soit une tous les 4 matchs, et 5 expulsions). Des efforts en toutes circonstances, qui ont pu lui faire perdre sa lucidité morale devant le corps arbitral, mais aussi devant les caméras. De quoi nous offrir cette séquence sublime après un ASSE-Nice perdu 0-3 par les Verts : « On en prend trois à domicile, c’est inacceptable. Donc on doit se mettre les doigts dans le cul pour bosser et en faire beaucoup plus. » 

On en prend trois à domicile, c’est inacceptable. Donc on doit se mettre les doigts dans le cul pour bosser et en faire beaucoup plus.

Wahbi Khazri

S’il a fait partie des seuls joueurs stéphanois à se les sortir cette saison-là, ses sorties sans filtre symbolisaient surtout toute la spontanéité du personnage, sur et en dehors du terrain. Une espèce de joueurs en voie de disparition, qui aura également beaucoup donné à son premier amour : la Tunisie. Pour ceux qui l’auraient zappé, Khazri peut aussi se targuer d’avoir été le buteur victorieux de la seule équipe à avoir battu l’équipe de France dans le temps réglementaire lors du Mondial 2022. Le type de joueur à mettre dans un panthéon de la Ligue 1 et qui, à défaut de tous les honneurs, aura sans aucun doute gagné nos cœurs.

L’équipe type de la neige

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