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Valère Germain, l'ombre de la retraite
Visage bien connu en Ligue 1 qui s'était exilé en Australie et au Japon ces dernières années, Valère Germain a annoncé ce vendredi qu'il mettait un terme à sa carrière de footballeur à 35 ans. Un parcours débuté en 2011 à Monaco puis achevé au crépuscule de l'année 2025 du côté d'Hiroshima, constitué de haut et de bas, mais surtout sans jamais avoir reçu la reconnaissance qu'il méritait.

Une carrière qui s’achève presque dans l’indifférence, sur le plateau d’une émission française de football diffusée en deuxième partie de soirée. Une annonce de retraite simple, sans fioriture. Un paradoxe pour un joueur qui a su faire lever les foules lorsqu’il évoluait à Nice, puis après son retour à Monaco (avant de voir sa crédibilité chuter drastiquement lors de ses saisons marseillaises, peu aidé par les humoristes gravitant autour du club olympien) ? Non, absolument pas. Car la vraie lumière qu’il méritait, Valère Germain n’y a jamais réellement eu droit.
Un mauvais joueur vraiment ?
Si vous étiez supporter olympien ou simple suiveur du championnat hexagonal à la fin des années 2010, difficile d’être passé à côté du phénomène Momo Henni (créateur de contenus marseillais, principalement connu pour sa consommation excessive d’écrans TV fracassés après chaque rencontre de l’OM). L’ascension du trublion est intrinsèquement lié à la période sportive compliquée que traverse le club phocéen, une situation qui aboutit à la création de deux têtes de turcs : Kostas Mitroglou et Valère Germain, alors attaquants au club. Interrogé par So Foot en 2023, le désormais néo-retraité s’était confié sur la question : « L’OM est un club très médiatisé, donc quand tu es sous les feux des projecteurs, c’est plus intense qu’ailleurs. Et puis c’est l’époque des réseaux : dès que quelque chose sort, cela prend des proportions incroyables. C’était peut-être une petite mode aussi de m’attaquer, une critique facile. Mais je ne me sens pas mal du tout en tout cas quand je repense à ça, c’est le foot d’aujourd’hui, assure-t-il. Je suis content de ce que j’ai fait là-bas. J’aurais pu faire mieux, mais je n’ai pas du tout un souvenir catastrophique de Marseille. »
22 - @ValereGermain est le remplaçant le plus rapide à trouver le chemin des filets en Ligue des Champions 2016/17 (22 secondes). Eclair.
— OptaJean (@OptaJean) April 19, 2017
Du haut de ses quinze ans de carrière, celui qui a été prénommé en hommage à un personnage de L’Avare de Molière est pourtant généreux en titres (dont le championnat avec Monaco en 2017, et la Coupe d’Australie en 2024 avec le Macarthur FC). C’est aussi, et surtout, 20 matchs de Ligue des champions avec Monaco et Marseille. Dont l’épopée monégasque en 2017, qui a vu l’ASM d’un certain Kylian Mbappé tomber contre la Juventus en demi-finales de la compétition. Une campagne où il a inscrit le troisième but décisif face à Dortmund au tour d’avant, lors d’une saison 2016-2017 où le natif de la cité phocéenne était à l’apogée de sa carrière et aux portes de l’Équipe de France. Sur le Rocher, le système tactique est notamment pensé pour lui permettre d’exploiter au maximum ses qualités avec un système à deux attaquants où il évoluait aux côtés de Radamel Falcao. Presque un hasard, à en croire le principal intéressé : « On n’était pas partis pour jouer dans un système avec deux attaquants, et finalement, pendant la présaison, on fait quelques matchs amicaux dans cette composition (4-2-2-2) et ça fonctionne immédiatement. On prend aussi rapidement confiance en se qualifiant pour la Ligue des champions, en août, avec aussi en championnat une belle victoire face au PSG à domicile (3-1). À Noël, je crois que l’on est seulement troisième (deuxième en réalité, NDLR) et puis on fait une deuxième partie de saison exceptionnelle où l’on gagne dix-sept matchs sur dix-neuf, sans la moindre défaite, avec des scores fleuves et le titre de champion au bout. À ce moment-là, tous les joueurs présents dans l’effectif ou presque faisaient la meilleure saison de leur carrière. »
Le tournant du 18 mai 2018
Marseillais pur souche, supporter olympien par essence et fils de Bruno Germain (finaliste de la C1 en 1991), le retour de l’enfant prodigue dans la maison ciel et blanche à l’été 2017 avait tout du mariage de raison. Une aventure démarrée tambour battant lors du troisième tour préliminaire de Ligue Europa face aux Belges du KV Ostende, où le numéro 28 inscrit un triplé pour son premier match avec la tunique immaculée. Sa première saison se révèle d’ailleurs plus que correcte, avec 18 buts inscrits en 55 matchs toutes compétitions confondues et ponctuée par la finale de Ligue Europa face à l’Atlético de Madrid au Groupama Stadium perdue par les Marseillais (0-3). Ce match a marqué un tournant dans l’aventure olympienne de Germain, en raison d’un face-à-face manqué avec Jan Oblak en début de match que le public ne lui a pas pardonné et qui lui a durablement fait perdre confiance en ses qualités.
Meilleurs buteurs de l'@OM_Officiel sous Frank McCourt en compétition officielle : - Florian Thauvin 64⚽️ - Dimitri Payet 63⚽️ - PIERRE-EMERICK AUBAMEYANG 36⚽️ - MASON GREENWOOD 33⚽️ - Valère Germain 31⚽️ #OGCNOM
— Stats Foot (@Statsdufoot) November 21, 2025
Ce souvenir douloureux, le désormais ancien joueur l’a depuis relaté dans les médias : « Tu es obligé d’y repenser. Maintenant, c’est ancré en moi. J’aurais évidemment aimé que ce soit différent. Est-ce que si j’avais marqué à ce moment-là, on aurait gagné ? Je n’en sais rien. Est-ce que si derrière, on ne fait pas non plus cette petite erreur, cela n’aurait-il pas été différent non plus ? Personne ne le sait, personne ne le saura. On ne peut pas refaire le match, même si indéniablement, mon face-à-face a été un moment important dès la deuxième ou troisième minute du match. Avec le recul, je me dis surtout que ça a changé la suite de mon aventure à Marseille. » En plein doute et pas toujours utilisé dans un système préférentiel par Rudi Garcia, il n’a inscrit que 13 buts toutes compétitions confondues les trois saisons qui ont suivi. Un acte manqué entre celui dont le rêve « était de jouer à l’OM » et l’institution phocéenne, perpétué de « Et si ? » invérifiables qui laisse un goût d’inachevé. Après une pige de deux saisons à Montpellier puis un exil de trois ans entre l’Australie et le Japon, Valère Germain a finalement raccroché les crampons à 35 ans. Pour profiter pleinement de la dolce vita monégasque, bien loin des tumultes du net. Et dans l’obscurité, ce qu’il a finalement toujours préféré.
Valère Germain annonce la fin de sa carrièrePar Léna Bernard
Propos de Valère Germain recueillis par Andrea Chazy





















































