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Les leçons tactiques de Real Madrid – Bayern Munich

Par Markus Kaufmann
Les leçons tactiques de Real Madrid – Bayern Munich

Sans vouloir tomber dans une logique futile de « combat à distance », Mourinho et Guardiola devaient rendre un devoir similaire cette semaine : trouver une solution pour aller jouer à Madrid contre une équipe plus à l'aise en contre qu'à la construction. Mourinho a donc obligé l'Atlético à prendre en charge la distribution du jeu, tandis que Guardiola a fait confiance à sa philosophie, et subi la vitesse et les contres du Real.

Les premières intentions

Carlo Ancelotti opte finalement pour le système vainqueur de la Coupe du Roi. Que ce soit sous la contrainte de l’indisponibilité de Bale ou pour mieux répondre au 4-1-4-1 de Guardiola, le fait est que le Real Madrid s’adapte, chez lui, au Bernabéu. Une sorte d’hospitalité fourbe. Ainsi, l’Italien conserve le travail défensif de Isco et Di María, donne plus de responsabilités à la paire Alonso-Modrić et libère Cristiano de ses tâches défensives. En phase défensive, Carletto est en 4-4-2 : Isco vient jouer sur le côté gauche du Portugais et Di María défend le côté droit. Une fois le ballon récupéré, le Real met en place son 4-3-3, quand il en a le temps, avec Di María en attaquant droit. En face, Guardiola voyage en première classe, comme à la maison : 4-1-4-1, Lahm au milieu, Mandžukić devant et Müller sur le banc. Kroos et Lahm sont aux commandes du bombardier, Ribéry et Robben tiennent les mitrailleuses.

En fonction de la position de Schweinsteiger, on revoit le 4-2-3-1 des dernières semaines, avec Bastian en électron libre. Le Bayern vient d’emblée se positionner très haut sur le terrain, profitant au maximum des montées extrêmes d’Alaba à gauche, et renversant quand il peut sur un Robben souvent esseulé du fait de l’aide d’Isco dans l’axe. Si Kroos et Lahm tiennent le ballon (250 ballons touchés et 206 passes à eux deux), c’est par les côtés que les Allemands attaquent. Face au flanc Carvajal-Di María, Ribéry est vite obligé de décrocher et d’aller visiter l’axe pour trouver des espaces. Par moments, on est tenté de voir Alaba comme le vrai pendant de Robben à gauche, et Ribéry et Schweinsteiger comme deux trequartisti plus axiaux. La clé, pour le Bayern, semble alors la vitesse de la circulation du ballon, les duels Mandžukić et les insertions de Schweinsteiger et Robben.

Le Real joue peu, mais tente beaucoup

Guardiola craignait l’adéquation entre la vitesse des Blancos et les espaces laissés par sa défense. Le Real n’aura même pas eu besoin des seconds. Alors que les Merengues alternent les phases de panique qui aboutissent aux dégagements lointains de Pepe et Ramos, et les phases de transition, qui sont généralement synonymes de faute obtenue par Modrić ou de coup d’œil d’Alonso, la vitesse de son déploiement offensif fait rapidement la différence. Pas besoin de course galloise héroïque, le Real parvient étonnamment à prendre de vitesse la défense allemande alors que celle-ci s’est repliée. Sur l’action du but, le travail de Benzema ( « Mr. Champions » d’après Marca) est idéal, comme celui d’Isco, très rapide à se projeter.

Mais à partir de cette sortie de balle, ce sont la course de Coentrão et la passe risquée (car difficile) de Cristiano qui sont les symboles d’une équipe qui a l’intention de marquer, malgré un positionnement tactique a priori défensif. Lors du reste du match, quand le Real sait résister aux premières secondes du pressing allemand et parvient à faire remonter son bloc, finalement, il ne devient pas plus offensif. Ce « contrôle du jeu » , comme l’appelle Ancelotti, est nécessaire pour mieux défendre, respirer et retrouver la sensation de contrôler le ballon. Mais pas forcément pour marquer. Un but aurait aussi pu venir d’un dégagement lointain de Pepe. Et les occasions énormes de Cristiano et Di María viennent d’accélérations soudaines, ce qui a manqué au Bayern.

La magie de Luka Modrić, l’intelligence de Xabi Alonso

Luka Modrić a longtemps été un objet d’étude mystérieux. Un tel volume de jeu dans un corps si petit, forcément, cela étonne. Mais les phénomènes existent. Modrić a les variations de jeu d’un numéro 10, capable de décaler ce qu’il veut de l’extérieur et de l’intérieur, et le volume et l’intensité d’un milieu défensif. Un meneur croate élevé en Premier League, pour résumer. En plus de cela, il faut ajouter l’influence de Xabi Alonso sur son intelligence de jeu. Mis à part cet excès de gourmandise, qui a offert la plus belle occasion du Bayern à Götze, Modrić aura provoqué trois fautes précieuses aux meilleurs moments, à savoir quand sa course ne suffisait plus pour fuir le pressing allemand, et qu’il fallait trouver un moyen pour ne pas perdre le ballon. En tout, cela donne 33 passes réussies pour une ratée : 97% de passes réussies dans le noyau du réacteur du pressing guardiolesque. Alors, où sont passés les indignés du transfert de Mesut Özil ?

« Andrea Pirlo, Xabi Alonso, Thiago Motta, Didier Deschamps » . Cette liste, c’est celle des joueurs les plus intelligents que Carlo Ancelotti a croisés durant sa carrière. Hier soir, si le Real est parvenu à contenir les assauts du Bayern en les repoussant sur les côtés pour ensuite les annihiler à l’entrée de la surface, c’est en grande partie grâce au discernement du numéro 14. Si Carletto n’a pas ordonné un pressing plus ambitieux, c’est tout simplement parce qu’il savait qu’une fois Di María, Isco et Modrić contournés, le champ était presque libre pour les milieux munichois. Mais s’il n’a pas abandonné l’idée d’aller presser la relance de temps en temps, c’est aussi parce qu’il savait que le « presque » dépendait du discernement d’Alonso. Un homme qui sait quand il faut se jeter et quand il faut suivre son adversaire, tout simplement.

Le milieu de Guardiola : des choix trop conservateurs ?

Finalement, le duel au sommet pourrait se résumer ainsi : les occasions pour le Real, les corners pour le Bayern. Quinze corners pour dix-huit tirs, au total. Alors que l’on attendait des Rouges capables de sauter les lignes, le positionnement de Toni Kroos peut interroger. Hier soir, Kroos a offert une distribution limpide, vive, digne du grand Mark van Bommel. Mais dans ce système, que Guardiola répète de plus en plus souvent, sa capacité à sauter les lignes est complètement anesthésiée. Venu systématiquement couvrir le côté gauche quand Alaba partait faire l’attaquant, Kroos s’éloigne du but adverse (un tir) quand sa spontanéité aurait dû faire sauter le verrou Alonso. Finalement, même Philip Lahm aura été plus vertical… Schweinsteiger, placé entre ses deux milieux centraux et ses attaquants, a donc occupé ce rôle de « milieu libre » sans responsabilité à la construction (9e Munichois avec 64 ballons touchés, moins de la moitié de Kroos) et censé se projeter sans cesse dans la surface, ce qu’il a très bien fait.

Les situations dangereuses se sont présentées, notamment sur deux très bons centres de Ribéry, mais le Real aura su présenter trop de densité dans sa propre surface, là où Manchester et Arsenal s’étaient fait surprendre. Alors que la terre entière décrypte encore la démarche défensive (et forcément négative ?) du Chelsea de Mourinho contre l’Atlético, Guardiola aussi a joué petit bras, sauf qu’il a perdu. Garder Kroos si loin du but est une façon comme une autre de protéger les courses d’Alaba, Ribéry et Schweinsteiger. Un choix défensif : quand son Barça pouvait compter sur le seul (et unique) Busquets pour faire la lessive, Pep a hier sacrifié deux joueurs, et pas les moins polyvalents. Si Thiago a cruellement manqué, Götze était disponible. Le bilan est donc mitigé : oui, le Bayern a gagné la possession au Bernabéu, mais le double pivot n’a jamais empêché les attaquants madrilènes d’aller agresser directement la charnière centrale munichoise.

Pavard, renaissance à l’italienne

Par Markus Kaufmann

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