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Le Barça vire-t-il parano ?

Par Robin Delorme, à Madrid
Le Barça vire-t-il parano ?

Les deux matchs de Supercoupe d'Espagne ont ravivé un sentiment de paranoïa à Barcelone. Car depuis bientôt une semaine et demie, le club catalan se focalise sur les problèmes d'arbitrage dont ses joueurs seraient victimes. Une attitude qui n'a rien de vraiment classe pour un fanion qui prétend l'être.

On a connu campagne de presse plus agressive. On a également connu campagne de presse plus légitime. Depuis une semaine et demie et le match aller de la Supercoupe d’Espagne, le board du FC Barcelone s’entête à faire pression sur l’arbitrage espagnol. En cause, des images furtives de Diego Godín, central de l’Atlético de Madrid, demandant à ses coéquipiers de « boiser » Lionel Messi à hauteur de la cuisse, là-même où la Pulga ressent des gênes musculaires. Bien aidés par la presse pro-catalane, Mundo Deportivo et Sport en tête, les dirigeants du Barça répètent à tout-va que leurs poulains doivent être choyés. Et le match retour face aux Colcheronos n’a en rien aidé à calmer l’affaire. Après une rencontre houleuse, où les coups bas ont été légion, rebelote. Désormais, chaque Une de ces deux quotidiens se fait sur ce sujet – dernier exemple en date, le site duMundo Deportivos’ouvrait sur un « Frapper le Barça est (quasi)-gratuit » . L’argument avancé par les parties catalanes est résumé dans les colonnes de l’autre quotidien barcelonais : « Il est aussi licite de jouer la défense que de demander justice face à la violence de l’adversaire. » En somme, nous pleurnichons car vous nous agressez.

Oui, Messi et Neymar encaissent
Bien entendu, Messi, Neymar ou Iniesta doivent être protégés. Entendez par là que les arbitres ne doivent pas lésiner sur la biscotte lorsqu’un tacle de boucher ou des coups à répétition leur sont délivrés. Car ils en sont souvent victimes. Pour autant, un défenseur ou un milieu défensif ne faisant aucune faute serait-il vraiment professionnel ? La réponse est non. Tout un chacun ayant déjà tapé dans le ballon sait que l’agressivité n’est pas forcément gage de violence. Qui ne pourrait pas comprendre qu’un défenseur au marquage d’un technicien de la trempe des Barcelonais ne soit pas en retard sur quelques-unes de ses interventions. De la même manière, ces « victimes » ont un droit tout légitime de se plaindre d’un marquage trop pressant. Lorsque Gerard Piqué déclare « qu’on nous ne demande pas de faire le spectacle si on ne nous le permet pas » , rien de choquant. Bref, tout le monde est dans son bon droit.

Là ou le bât blesse, ce sont quand les dirigeants montent au créneau chaque jour. Se plaindre est une chose, jouer le moralisateur une autre. D’autant plus dans un club tel que le Barça ayant la prétention de se dire classe. Il faut croire qu’Andoni Zubizarreta, directeur sportif ( « Les fautes qui sont faites sur Neymar se sifflent » ), et Toni Freixa, porte-parole du club ( « Nous souhaitons que le règlement soit appliqué » ), ont la mémoire courte. S’ils souhaitent prendre l’exemple de cette Supercoupe d’Espagne, tout bon Colchonero peut leur rappeler le carton rouge qu’aurait dû recevoir Sergio Busquets lors du match aller. Mais sur ce point, nada, pas un mot. Et que dire des attitudes à la limite du supportable de ce même Sergio Busquets – soit dit en passant, l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste – ou des facéties de son comparse Jordi Alba ? Qu’elles sont tout aussi regrettables que les gestes malveillants d’un Godín. Le discours du Barça est donc à double tranchant : le « faites ce que je dis, pas ce que je fais » a ses limites. L’arbitrage espagnol également.

Une vision autiste ?

Car à trop se faire taper sur les doigts, les instances de la Ligue n’en seront pas plus sévères. Les erreurs de jugement ont toujours existé, et le Barça en a déjà été victime. Et aussi bénéficiaire. Mais à trop s’abreuver de ce discours, le club ne s’est-il pas convaincu lui-même de son bien-fondé ? Historiquement, le FC Barcelone a toujours été dans la posture de la victime. L’oppression, il l’a connu lors de l’époque franquiste – comme en 1936, où son président Josep Sunyo a été exécuté par les troupes de Franco. La comparaison entre une lutte politique et une polémique sportive n’a pas lieu d’être, mais elle met en perspective un fait : les Blaugrana se sont toujours sentis lésés, que ce soit à tort ou à raison. Dans cette vision purement sportive, on aurait tendance à dire à tort. Mais, trop ancrés dans les têtes azulgrana, les préceptes du toque offrent une vision autiste à ses supporters, joueurs et membres du club. Le Barça, par son jeu léché et séduisant, pense peut-être détenir à lui seul la vérité absolue du jeu. Un jeu où les phases défensives sont faites de pressing et de marquage en zone, où le duel est astreint aux cycles offensifs. Le passé, lui, a déjà prouvé l’inverse. Et le futur également ?

Par Robin Delorme, à Madrid

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