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Jean-Luc Courtet : « Je ne me comparerais pas à Guy Roux  »

Propos recueillis par Suzanne Wanègue
6 minutes

À 57 ans, Jean-Luc Courtet a dirigé le week-end dernier son 800e match sur le banc du Cercle athlétique de Pontarlier. Après une carrière de joueur professionnel tout à fait honorable avec des capes à Auxerre, au Havre, à Sedan ou encore à Clermont, il occupe depuis 2001 le poste d’entraîneur de son club formateur. Un quart de siècle à la tête du même club : une longévité à la Ferguson qui ne passe pas inaperçue.

Jean-Luc Courtet : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Je ne me comparerais pas à Guy Roux  »

Un quart de siècle dans un même club, beaucoup de coachs pourraient vous envier. Quel est votre secret de longévité ? 

Je suis quelqu’un qui n’aime pas changer d’endroit, je crois être quelqu’un de fidèle. J’ai été joueur professionnel pendant quinze ans, des clubs, j’en ai fait, j’en ai écumé comme tout joueur professionnel. Sorti de ça, j’ai voulu de la stabilité pour ma famille, donc je suis revenu à Pontarlier. C’est une ville à laquelle je suis très attaché et que je connaissais déjà bien, puisque je suis né dans un petit village à côté. Le club de Pontarlier voulait créer un poste d’entraîneur, et je me suis dit que c’était le moment. J’ai voulu donner du sens à ce que je faisais.

En quelques mots, comment définiriez-vous votre style de jeu ? 

Pour moi, le style de jeu doit comporter des valeurs qui dépendent de l’endroit où on est, selon les gens qu’on accompagne. Mon style de jeu se caractérise par des valeurs de travail. J’aime qu’on fasse les choses ensemble, les valeurs du collectif, c’est ce qu’on met en place. L’idée, c’est de tout partager. Je pense que c’est le plus important, c’est ce que je veux voir.

C’est quoi, le quotidien du coach du CA Pontarlier ?

Toute la semaine, je suis au club pour les seniors bien sûr. Après, j’ai un œil sur les équipes de jeunes, même si je suis moins sur les terrains avec eux. Mais ma semaine, c’est aussi laver les maillots le lundi matin. Je gère aussi les transports pour les collégiens et les lycéens. Le week-end, je suis bien sûr avec mon équipe de N3, mais je vais aussi voir les matchs des jeunes.

Votre vie est donc consacrée au foot ?

C’est ça. Heureusement, j’ai une famille et une femme qui sont très compréhensives. Elle m’a soutenu depuis le début de ma carrière professionnelle. Mais c’est une chance.

Pendant ma période de formation, on m’a surnommé “France Football” parce que je connaissais tout du milieu, des joueurs. Tout m’intéressait. J’ai toujours eu ça en moi.

Jean-Luc Courtet

Après toutes ces années, comment garde-t-on la motivation pour entraîner la même équipe ?

Déjà, c’est ma passion. J’ai toujours été un véritable passionné. Pendant ma période de formation, on m’a surnommé « France Football » parce que je connaissais tout du milieu, des joueurs. Tout m’intéressait. J’ai toujours eu ça en moi. Aujourd’hui, ma motivation, c’est de pouvoir amener les jeunes jusqu’en équipe première. Dans un groupe de 25 joueurs, 17 sont formés au club…

Pontarlier, c’est un club très familial ?

C’est le maître mot. Ce qui m’intéresse, c’est d’affronter les choses ensemble, de gravir les échelons ensemble. L’équipe est composée de gamins qui sont au club depuis longtemps, ou qui viennent ici pour s’installer. Ils passent leur temps à se faire des blagues. Il y a aussi la fondue du club avec les joueurs, ce qui va arriver ce vendredi. Tout le monde est convié, les joueurs de toutes les générations, de toutes les catégories, les bénévoles et les supporters… Alors le lendemain, c’est parfois un peu compliqué. Et puis il y a le cri de guerre aussi, qui ressemble à Pontarlier. C’est un cri de guerre complètement loufoque ! Il vient des joueurs, et les gens chantent ensemble. C’est de la dérision, c’est plutôt cocasse.

 

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Depuis 2001, vous avez vécu un bon nombre de moments forts avec le CA Pontarlier. Quel est votre meilleur souvenir ici ?

Mon meilleur souvenir, que je partageais dernièrement à L’Est républicain, ce sont les matchs de Coupe de France. C’est toujours particulier. On a éliminé Amiens (2011) et Sochaux (en 2016) qui étaient en Ligue 2, ça, je m’en souviens bien. C’étaient de grands moments. Et il y a le dernier match de la saison 2017-2018, où on arrache la montée en N2. On était en tête du classement, mais accrochés, pendant que notre rival Auxerre (la réserve de l’AJA) était en train de mener au même moment. On aurait pu tout perdre, mais les joueurs se sont accrochés, jusqu’au but à la dernière seconde. C’était vraiment un grand moment.

Vous vous trouvez aussi au cœur du massif du Jura. Quelles sont les particularités qu’on peut trouver pour jouer au football ?

La neige, déjà. Ce matin (mercredi), on n’a pas pu s’entraîner, car il fallait déneiger le synthétique. La commune ne s’en est pas occupée, donc on s’en est chargé avec trois salariés. On a pris les pelles et on a laissé le soleil finir le travail. Ce sont les aléas d’une ville située à 850 mètres d’altitude. Par exemple, en 2005-2006, on a dû jouer en faisant plus de déplacements car on ne pouvait pas recevoir les équipes chez nous. Ce n’est pas facile.

La société actuelle fait qu’on prend, on change, et on ne prend pas le temps de travailler. Je le sentais déjà dans les années 2000 où ça a commencé.

Jean-Luc Courtet

C’est très rare pour un entraîneur une telle longévité. Chez les pros, certains se trouvent sur un siège éjectable après cinq mauvais matchs. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

C’est la société actuelle. On prend, on change, et on ne prend pas le temps de travailler. Je le sentais déjà dans les années 2000 où ça a commencé. Quand j’ai arrêté ma carrière de joueur, je ne voulais pas faire deux ans à un endroit, trois ans à un autre. Aujourd’hui, si cette continuité est utopique dans le milieu professionnel, je pense que dans le monde amateur, elle est là.

Vous devrez sans problème égaler les 26 ans d’Alex Ferguson à Manchester United, mais il y a Guy Roux qui a mis la barre très haut avec ses 44 ans à Auxerre. C’est quelque chose qui vous inspire ?

Guy Roux, la patience dont il a fait preuve, c’est fantastique. Alors je ne me comparerais pas à Guy Roux, parce que je ne suis pas dans un club professionnel. Pour l’avoir connu à Auxerre (il a joué dix matchs de D1 à la fin des années 1980 à l’AJA, NDLR), je trouvais que ce qu’il faisait avait vraiment du sens. Si j’avais vraiment été meilleur, j’aurais aimé continuer avec lui.

Vous arrivez à vous imaginer à quoi pourrait ressembler votre vie, sans le foot ?

(Rires…) C’est ce à quoi j’essaye de penser aussi, à l’après-carrière… La retraite, ce sera dans six ans et j’appréhende déjà de ne plus être sur les terrains. Bon, les entraînements le soir à 19h15 en plein hiver, ce sont des moments quand même très compliqués, mais je pense que ma vie sera toujours avec le club. Je serai toujours là, notamment les week-ends.

On tient le Ferguson du foot français !

Propos recueillis par Suzanne Wanègue

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