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Kill The Referee, la chronique

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Kill The Referee, la chronique

Un film sur les arbitres ? Cela n'enthousiasmait personne au départ sauf les huiles de l'Uefa qui ont commandité le projet. A l'arrivée, tout le monde semble ravi par le film sauf l'instance européenne, qui ne sait plus quoi en penser...

Depuis quinze jours, les animateurs et journalistes de Canal bastonnent sur tous les tons que “Les Arbitres” (“Kill The Referee” en V.O), le fameux documentaire sur les arbitres, est à voir toutes affaires cessantes. Mais à force d’en faire des caisses, on finit par gruger le chaland sur la marchandise. Pourtant, “Les Arbitres” s’immisce là où personne ne s’était jamais risqué. Sur le terrain, tout d’abord, où via le son des oreillettes et les dialogues incessants entre les quatre référés, on découvre qu’une troisième équipe participe à la rencontre avec la même intensité. L’arbitrage est donc devenu une discipline collective où l’homme du centre dépend pour l’essentiel de ses assesseurs même s’il reste l’ultime décideur. Il peut exclure un joueur sans avoir rien vu. Juste sur la bonne foi d’un membre de son… équipe.

Dans ces dialogues à l’emporte-pièce, ces bribes sonores, on perçoit toute la tension d’une compétition de haut niveau. La peur de se tromper tétanise Roberto Rosetti qui ne saurait arbitrer désormais sans ses homeboys. On découvre aussi dans le film de Libon, Henant et de Marie-Delphine Lehericey que cette troisième escouade dispose de ses propres supporters. Des proches, forcément. Prompts à s’enthousiasmer sur la couleur de leur maillot, sur leur gestuelle… Les femmes du quatuor italien regardent ensemble le match (enfin, elles scrutent surtout les prestations de leurs hommes) tandis que la famille d’Howard Webb, le placide référé anglais, prie pour que le match s’achève au plus vite sans erreur. Dans une séquence délirante, le père de celui-ci explique à son voisin de tribune que son fils vient d’accorder un but hors-jeu. La preuve ? Il la tient des nombreux textos qu’il reçoit d’Angleterre en temps réel. Sa propre vision, les écrans géants du stade ne comptent plus…

Howard Webb vient d’accorder (via la “bienveillance” de son juge de ligne) un but non-valable aux Polonais et accordera un penalty imaginaire dans le temps additionnel aux Autrichiens (le pays hôte). Compensation ? On connaît la chanson quand l’inconscient des arbitres triple-galope. Cette erreur lui vaudra des menaces de mort (jusque chez lui, où des ressortissants polonais frappent à sa porte), sa famille sera placée sous escorte policière et Howard deviendra illico populaire sur la Toile sous des caricatures de Waffen-SS. Le Premier Ministre polonais ira même jusqu’à l’incendier en public et proposer de “tuer le référé” lui-même (d’où le titre originel “Kill The Referee”). Ironie de l’histoire, tout le monde semble avoir oublié que la première erreur bénéficiait à la Pologne. Mieux : l’Uefa justifiait a posteriori l’égalisation autrichienne et donc ce penalty sorti tout droit de l’imaginaire fécond de Mr Webb. Comme l’expliquera Yvan Cornu, le responsable des arbitres au sein de l’instance européenne, aux arbitres italiens dans une scène surréelle, juste après la finale : « Personne n’a trouvé rien à redire à votre arbitrage. Plus que votre performance, c’est la perception qu’en ont les médias qui importe… » Pas de nouvelles, bonnes nouvelles…

Comme à leur habitude, les réalisateurs de Striptease ont eu le nez creux. Douze arbitres étaient en lice, ils en ont “casté” six et le montage n’en a retenu, pour l’essentiel, que quatre. Ils sont partis du principe qu’un incident majeur d’arbitrage survenait dans neuf cas sur dix lors de tournois majeurs et les repérages ont fait le reste. L’assistant d’Howard Webb, Mike, qui a accordé ce fameux but aux Polonais, avait déjà commis une erreur quelque temps auparavant lors d’un match de Ligue des Champions. Le quatuor anglais a donc laissé les équipes belges filmer ce qu’on ne voit jamais. Les manies de vestiaires (tel ce juge de ligne qui se regarde dans la glace lever le drapeau), les débriefings avec les responsables de l’Uefa, les séjours à l’hôtel, les rituels puérils d’avant-match, le trac, les entraînements… tout ce qui fait l’ordinaire de la gente arbitrale. On assiste même aux réunions plénières où les référés apprennent qui restera en compétition et qui rentrera à la maison. Vaste foire aux Tartuffe où ceux qui continuent applaudissent à tout rompre ceux qui partent. Comme si la compétition entre eux n’existait pas…

Pendant quelques mois, l’Uefa n’a su trop quoi penser de cet ovni télévisuel, à l’image de Michel Platini, son président, jamais très à l’aise avec les arbitres. Avec le temps, il semblerait qu’elle ait apprécié tout l’aspect humain de ses affidés lors des après-matchs où certains arbitres fraternisent avec les joueurs, comme Roberto Rosetti –pourtant cabot en diable– sans un œil pour les vainqueurs turcs et qui console un à un les vaincus croates. Fallait que cela se sache…

“Les Arbitres” (“Kill the Referee”), un film de Marie-Delphine Lehericey, Yves Hinant et Jean Libon (77 minutes)

Ce soir, à 20h40, sur Canal Plus Sport, suivi d’un débat

Que reste-t-il à raconter sur ce PSG ?

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