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Riquelme, roi enfin couronné à Boca

Par Thomas Broggini, à Buenos Aires 

Jusque-là dirigeant numéro deux de Boca Juniors, l’icône de la Bombonera Juan Román Riquelme a remporté haut la main l’élection à la présidence du club de Buenos Aires, ce dimanche, dans un contexte politique très tendu. Au grand soulagement du football argentin.  

Riquelme, roi enfin couronné à Boca

Il y a d’un côté Juan Román Riquelme, aérien, maillot jaune et bleu sur les épaules, et de l’autre Mauricio Macri, en équilibre précaire dans son élégant costume noir, cravate rouge au vent, désarçonné par un petit pont de l’Último Diez. C’est une fresque qui décore depuis quelques jours un mur à proximité de la Bombonera, à Buenos Aires. Comme un résumé du discours martelé par l’ancien milieu de 45 ans ces dernières semaines, au fil de la campagne électrique pour l’élection à la présidence de Boca Juniors. « C’est le scrutin le plus simple de l’histoire, n’a cessé de clamer Riquelme, qui était depuis 2019 le vice-président de la célèbre institution de la capitale argentine. Il faut choisir entre rester un club de football ou être utilisé à des fins politiques. »

Ce dimanche, les supporters xeneizes ont plébiscité leur idole, élue à une écrasante majorité (65,3% des voix) à la Bombonera face à Andrés Ibarra. Candidat de l’opposition, ce dernier était donc soutenu par Macri, ex-président de la République (droite, 2015-2019) après avoir été celui de Boca dans ses années de gloire (1995-2007). Le duo promettait notamment de construire un nouveau stade de 105 000 places à quelques mètres de l’actuel, et de nommer Martín Palermo, plus grand buteur de l’histoire du club, au poste d’entraîneur. Mais le « choc des titans » présenté par les médias locaux a finalement tourné à la démonstration de force : malgré le déluge, 46 402 socios se sont mobilisés pour désigner leur nouveau big boss. Un record de participation dans le pays sud-américain et une marque seulement battue par le FC Barcelone à l’échelle mondiale (57 088 votants, en 2010).

House of Cards 

« C’était un duel historique, de dimension nationale, contextualise Jorge Ribolzi (70 ans), vainqueur de la Copa Libertadores en 1977 sous le maillot de Boca. Riquelme contre Macri (candidat au poste de vice-président, mais figure médiatique de l’opposition), c’était le plus grand joueur de l’histoire du club face au président d’une époque dorée (17 titres, dont 4 en Libertadores sous sa gouvernance). Que tant de gens aient voté, ça dit beaucoup de la grandeur de cette institution. » Et de l’enjeu politique d’un scrutin qui aurait dû se dérouler le 2 décembre, mais a finalement été reporté, après que le camp Ibarra-Macri a accusé le pouvoir en place d’avoir gonflé la liste électorale de 13 364 personnes. Perquisitions au siège du club, enquête ouverte contre le frère et bras droit de Riquelme, Cristian, parpaings envoyés par médias interposés : une ambiance digne de la série House of Cards a rythmé cette campagne sans merci, qualifiée de « sale » par l’ancien international argentin (51 sélections, 17 buts).

C’était le plus grand joueur de l’histoire du club face au président d’une époque dorée. Que tant de gens aient voté, ça dit beaucoup de la grandeur de cette institution.

Jorge Ribolzi, vainqueur de la Copa Libertadores 1977 avec Boca

Un contexte envenimé par l’élection du populiste d’extrême droite Javier Milei à la présidence du pays, le 19 novembre. Publiquement épaulé par Macri durant l’entre-deux-tours, le « Trump argentin » est un partisan revendiqué de la privatisation du football national : un sacrilège sur les bords du Río de la Plata, où le modèle traditionnel des associations à but non lucratif – qui permet aux socios d’élire démocratiquement leurs dirigeants – est une affaire de ciment social. Le 23 novembre, la Fédération argentine (AFA) avait d’ailleurs unanimement rejeté la possibilité d’intégrer l’option des sociétés anonymes à ses statuts (45 votes à 0, une abstention), quelques jours après qu’une centaine de clubs s’était élevée contre ce projet porté en vain par Macri depuis la fin des années 1990.

Pogo géant 

« La large victoire de Riquelme est l’expression d’un soutien franc et massif au système actuel, analyse Diego Estévez, auteur du livre Boca LocuraC’est sûrement parce qu’elle savait qu’elle allait perdre que l’opposition a choisi de porter une action en justice pour retarder l’élection. Mais cette décision s’est retournée contre elle. » Dimanche matin, Milei l’a constaté à ses dépens : après avoir déposé son bulletin dans l’urne, le nouveau président argentin – qui a envoyé un maillot dédicacé de Boca à Emmanuel Macron il y a plusieurs jours – est reparti sous les sifflets et les insultes d’hinchas survoltés. Une scène qui s’est répétée avec Ibarra, alors que Macri, présent au Mondial des clubs, n’est pas venu voter, se contentant de tweets scandalisés depuis l’Arabie saoudite. Contraste saisissant : sous la pluie, Riquelme s’est lui retrouvé au cœur d’un pogo géant, repartant en dansant et chantant de la Bombonera. « Je suis juste un supporter de plus », a minimisé l’ancien Barcelonais devant les caméras, en ligne avec sa posture de candidat du peuple. « C’était de la folie, il a été pris dans une vraie marée humaine, se marre Agustín Giassoni, un ultra témoin de cet impressionnant bain de foule, que l’ancien milieu s’était déjà habilement offert le 3 décembre en s’invitant à une manifestation autour du stade. Macri a sali l’élection à des fins personnelles, sans se rendre compte que les victimes étaient les socios. Román est la plus grande idole de l’histoire de Boca, on sait qu’il est guidé par la volonté de servir l’institution, pas par des intérêts économiques. »

Gloire intouchable

Également fan de l’équipe de Buenos Aires, l’écrivain argentin Patricio Zunini prolonge : « Macri a modernisé le club, en a refait une puissance mondiale. Mais un hincha ne peut pas s’identifier à lui, parce que son image est liée à la politique et au business. Riquelme, lui, n’a pas été un grand dirigeant. Mais même sans forcément briller, Boca a gagné des titres ces quatre dernières années. Et il vit de son passé glorieux de joueur. » Retraité des terrains depuis 2015, l’ancien numéro 10, critiqué par ses adversaires pour sa gestion en vase clos, des résultats et un jeu déclinants, se retrouve donc jusqu’en 2027 à la tête du récent finaliste de la Copa Libertadores. Une compétition dont les coéquipiers d’Edinson Cavani seront privés en 2024 en raison de leur saison ratée en championnat (sixièmes du classement annuel).

Il a préparé pendant des années sa reconversion. Le vote n’a fait que confirmer son immense popularité. C’est le triomphe du modèle des socios.

Diego Tomasi, auteur argentin

Ce destin ne surprend pas Diego Tomasi, auteur du livre El caño más bello del mundo (Le Plus Beau Petit Pont du monde) décrivant « la philosophie footballistique » de la légende. « Il a été poussé vers la sortie en 2014 par Daniel Angelici, un allié politique de Macri, et ne l’a jamais pardonné, rappelle-t-il. Il a préparé pendant des années sa reconversion. Le vote n’a fait que confirmer son immense popularité. C’est le triomphe du modèle des socios. Que Boca ait résisté est une bonne nouvelle pour tout le football argentin. » Et un grand défi pour l’Último Diez, qui ne devrait pas tarder à annoncer l’identité de son nouvel entraîneur (Diego Martínez, ex-Huracán) et rêve d’attirer l’Argentin Éver Banega, 35 ans, ainsi que le Chilien Arturo Vidal pour redresser l’équipe de son cœur.

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