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Espagne-Argentine : la fin de l’odyssée

Espagne-Argentine, équipe de possession contre équipe à réaction, Lamine Yamal-Lionel Messi... Le 104e et dernier match de cette Coupe du monde oppose les deux meilleures équipes de la compétition, deux philosophies de jeu et deux générations prêtes à se disputer le trophée suprême. Que le spectacle commence, et vite.
Elle est là, devant nos yeux, nos âmes, prête à envahir nos cœurs pendant 90 minutes et plus si affinités : la finale de la Coupe du monde 2026 arrive enfin. Tant sur le terrain qu’en dehors, ce fut long, parfois laborieux, même odieux à certains moments mais au bout de ces 103 premiers matchs de ce Mondial à 48 équipes, le plus beau reste à venir : un Espagne-Argentine au MetLife Stadium d’East Rutherford (dans l’agglo de New York) ce dimanche à 21 heures.
Ce 19 juillet était coché sur nos calendriers, comme le mariage d’un ami, l’anniversaire d’une mère, ou le concert d’un chanteur. Pour la première fois depuis 2014, ce sera sans les Bleus, sans le game changer Kylian Mbappé. On n’y mettra donc pas autant d’espoirs, autant d’attentes, autant de cœur, autant de larmes. Néanmoins, l’absence de la France ne doit pas nous empêcher d’apprécier à sa juste valeur ce match qui, quoi qu’il arrive, marquera l’histoire.
Une finale générationnelle
Au-delà de mettre aux prises les meilleures équipes du mois passé, une finale de Coupe du monde reste un rendez-vous réservé aux grandes nations et à leurs joueurs magiques. Messi-Mbappé 2022, Griezmann-Modrić 2018, Lahm-Messi 2014, Iniesta-Sneijder 2010, Zidane-Buffon 2006, Ronaldo-Klose 2002, et ainsi de suite… Cette édition n’échappera pas à la règle. Lamine Yamal et (encore) Lionel Messi sont aujourd’hui les deux visages de leurs sélections. Deux joueurs techniques, imprévisibles, issus de l’école barcelonaise et, surtout, capables de changer le cours d’un match par un geste de classe. L’Espagnol de 19 ans a encore toute une carrière devant lui pour se hisser à la hauteur de l’Argentin de 39 ans, mais le storytelling est là, initié par cette photo complètement folle où Messi donne le bain au petit bout de chou Yamal il y a de ça 18 ans. L’histoire est déjà belle et elle le sera d’autant plus pour l’un des deux au coup de sifflet final.
C’est un immense talent, quelqu’un que j’ai beaucoup suivi parce qu’il joue dans un club que j’aime.
Ce duel est aussi une confrontation entre deux générations, l’une en pleine éclosion, et l’autre à son crépuscule. « Qu’est-ce que j’en sais si c’est son dernier match ? Il faut lui demander », déclarait le sélectionneur argentin Lionel Scaloni à propos d’une possible fin de carrière internationale de la Pulga après cette finale. En avant-match, le principal concerné a laissé planer le mystère. En revanche, Messi ne s’est pas censuré pour saluer la précocité de Yamal : « À 19 ans, il fait déjà partie des meilleurs joueurs du football mondial. C’est un immense talent, quelqu’un que j’ai beaucoup suivi parce qu’il joue dans un club que j’aime. »

Formé au Barça, l’Argentin retrouve son pays d’accueil, une sélection qu’il n’a affrontée qu’en matchs amicaux. Dans l’histoire du Mondial, les deux équipes ne se sont d’ailleurs affrontées qu’une fois. À la première journée du Mondial 1966, l’Argentine avait battu la Roja 2-1 sur la pelouse de Villa Park. L’affiche est donc quasi inédite.
Tout est dans la nuance
Cette singularité rend cette finale excitante, aussi parce qu’elle confronte les deux styles de jeu les plus efficaces de la planète football ces dernières années. D’un côté, une Espagne dominatrice grâce à sa qualité technique. La bande de Luis de la Fuente est l’énième incarnation de football de possession qui a fait tant de ravages au XXIe siècle. « C’est une grande équipe. L’Espagne inquiète tout le monde. Les styles de jeu des deux équipes sont assez proches, avec leurs nuances », affirmait Scaloni. La nuance en question : son Argentine est une machine à réaction, avec son caractère jusqu’au-boutiste pour moteur, comme guidée par une force suprême, portée bien souvent par le nom de Lionel Messi. Mais, le génie de l’Albiceleste ne marche pas seul. Autour de lui gravitent des joueurs aussi talentueux que généreux dans l’effort, à l’image du vorace Enzo Fernández ou du cinglé Emiliano Martínez.
Ces deux équipes offriront un match où le talent l’emportera.
Cet autre style, tout aussi efficace, rappelle le Real Madrid des grandes années en Ligue des champions. Une équipe qui, malgré les secousses, arrive toujours à plier son adversaire, notamment grâce à des exploits individuels. « Nous avons affaire à deux équipes exceptionnelles. Chacune cherchera à orienter le jeu vers la zone qui lui est la plus favorable, mais ces deux équipes offriront un match où le talent l’emportera », jugeait de son côté Luis de la Fuente. Qu’importe le scénario de cette finale, ces deux entraîneurs ne renieront pas le style de jeu de leur équipe. La plus belle des nouvelles pour le spectacle.
Le rendez-vous des puissants
Les finales des grandes compétitions peuvent être parfois fermées, décevantes, PSG-Arsenal en C1 en est la dernière illustration. Cela ne semble pas en prendre le chemin ce dimanche soir. Ni l’Espagne ni Argentine ne sont favorites. Les deux formations souhaitent simplement aller au bout de leur rêve en assumant leur philosophie jusqu’au coup de sifflet final. L’Espagne n’a encaissé qu’un but depuis le début de la compétition et a paralysé tous ses adversaires depuis son 0-0 contre le Cap-Vert. L’Argentine, elle, a remporté l’ensemble de ses matchs et a toujours offert des scénarios à rebondissement depuis la phase finale. La bande de Scaloni a remonté le score face à l’Égypte et à l’Angleterre et est allée chercher la victoire en prolongation contre la Suisse et le Cap-Vert. Avec 19 buts, dont 8 de Messi, l’Albiceleste est la meilleure attaque du tournoi. En somme, ce sont les deux meilleures équipes d’un Mondial où certaines nations historiques ont défailli.
Un tournoi en toute grandiloquence, pour la première fois éclaté sur trois pays, dont un (devinez lequel) qui s’est permis d’interférer dans le déroulement de celui-ci. Le casting de l’épilogue devrait ravir les « têtes pensantes » du foot mondial et ses financeurs. La légende Lionel Messi, tête de gondole de la MLS et star validée par la FIFA, est au rendez-vous face à un des fleurons du foot européen. Un duel Ronaldo-Messi ou la présence du chouchou de Trump Harry Kane aurait ravi la cour, mais qu’importe. Le vainqueur du soir aura surtout l’occasion d’être la première nation à remporter une deuxième Coupe du monde au XXIe siècle, alors qu’une formidable alternance avait été jusqu’ici respectée. Pour le meilleur et pour le pire.
« Ce groupe a déjà écrit une histoire » : Le message de Lionel Messi avant la finalePar Mathis Blineau-Choëmet







































