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« Un deuil, ça peut resserrer les liens »

Par Tristan Claeyssen
4' 4 minutes
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« Un deuil, ça peut resserrer les liens »

Didier Deschamps est en deuil et ne sera pas sur le banc contre la Norvège, après la disparition de sa mère. À l’Euro 2000, le sélectionneur Roger Lemerre avait également connu le malheur de perdre son papa pendant la compétition. Pour un groupe, c’est un moment difficile à gérer, mais qui peut aussi renforcer les liens.

La distance était à l’époque moins lointaine pour rentrer en France, mais la douleur était la même. Comme Didier Deschamps a appris la triste nouvelle de la disparition de sa mère cette semaine, en pleine Coupe du monde, Roger Lemerre, alors sélectionneur des Bleus, avait été touché par le décès de son papa lors de l’Euro 2000. « J’ai quelques souvenirs de la compétition et de ces moments, se souvient René Girard, adjoint de Lemerre à l’époque. Roger était dans le malheur, et moi aussi.» Quelques jours après avoir vu l’ancien bras droit d’Aimé Jacquet perdre son père au soir de la victoire de la France contre la Tchéquie (2-1), Girard apprend que son père a été victime d’un AVC, après le troisième match des Bleus contre les Pays-Bas. Des nouvelles brutales, difficile à gérer, mais aussi d’immenses douleurs qui peuvent souder un groupe.

Le foot au second plan, le groupe un peu plus soudé

Il n’est pas question de créer un storytelling autour d’un tel drame, perdre un parent est un passage douloureux, quel que soit l’âge. Mais comment gérer le deuil dans une période consacrée à la performance, la compétition et la gagne ? Tout cela passe bien sûr au second plan et Didier Deschamps ne pouvait pas faire autrement que de rentrer auprès de ses proches dans cette épreuve, parce qu’il en avait besoin et sans doute qu’eux aussi. « Roger était aussi rentré quelque temps, ce qui est tout à fait normal, raconte Girard. Je veux dire, quand on perd quelqu’un de très cher, on peut comprendre qu’on n’a pas trop la tête au reste. »

Je crois que c’est quelque chose qui au contraire resserre un petit peu les liens et la concentration du groupe.

René Girard

Au-delà d’une période difficile à vivre pour le sélectionneur, c’est surtout un groupe tout entier qui se retrouve endeuillé. Robert Pirès, Marcel Desailly ou Zinédine Zidane ont connu la situation vécue actuellement par Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et leurs coéquipiers. Le capitaine des Bleus a d’ailleurs réagi sur ses réseaux sociaux pour apporter un soutien sobre à DD : « Vous n’êtes pas seul. » On l’est rarement dans une grande compétition : l’équipe, le staff et toute la délégation partagent les mêmes lieux, les mêmes émotions et la même vie pendant plusieurs semaines.

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« Il y a toujours une compassion, explique René Girard, c’est un groupe qui vit ensemble depuis très longtemps. Qui va chercher la force au niveau du collectif et quand il arrive un malheur comme ça je crois que ça resserre encore plus tout le monde. Ça reste quelque chose d’indélébile. Ça peut consolider la concentration, être encore plus fort que ce que ça l’a été parce qu’on n’aime pas voir les copains et encore plus son coach dans le malheur, donc je crois que c’est quelque chose qui au contraire peut resserrer les liens et la concentration du groupe. »

Pour lui comme pour nous, ça a été une force supplémentaire, une autre énergie positive en nous. Il voulait absolument qu’on soit champions d’Europe pour lui.

Robert Pirès au sujet du deuil de Roger Lemerre

Robert Pirès le confiait dans les colonnes de So Foot il y a quelques années, le décès du père de Roger Lemerre avait fait bien plus que souder les liens : « Bien évidemment, tout le monde était très triste pour Roger. Mais pour lui comme pour nous, ça a été une force supplémentaire, une autre énergie positive en nous. Il voulait absolument qu’on soit champions d’Europe pour lui. » Un sentiment partagé par René Girard, qui avait pu aller voir son père pendant la compétition, avant qu’il ne décède quelques semaines plus tard : « Je me rappelle assez bêtement que je vais dire à mon papa : “Je vais te la chercher, je te ramènerai la Coupe d’Europe.” Dans la tristesse, on se raccroche un petit peu à tout. »

Guy Stéphan sera sur le banc ce vendredi pour le troisième match de la phase de poules face à la Norvège. Une deuxième expérience en tant qu’entraîneur principal après un match de Ligue des nations perdu contre le Danemark en 2021 (1-2). René Girard n’avait pas connu cette situation puisque Roger Lemerre avait fait son retour pour affronter les Pays-Bas au même moment du tournoi. Pour autant, l’ancien coach du LOSC ne doute pas que cette situation peut occasionner une importance particulière pour celui qui supplée le numéro 1 : « Le rôle de l’adjoint est important, oui. Quand on part à 20, 30 pour une aventure avec un objectif, en l’occurrence gagner la compétition, il faut réussir à maintenir le cap, même lorsque le groupe traverse des tempêtes. » La triste situation n’est pas étrangère à Guy Stéphan : le bras droit de Didier Deschamps était déjà dans le staff de Roger Lemerre à l’Euro 2000.

Toute la rédaction de So Foot apporte son soutien à Didier Deschamps et ses proches dans ce moment difficile.

Des supporters des Bleus exclus pour revente de billets

Par Tristan Claeyssen

Propos de René Girard recueillis par TC

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