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Didier Domi : « Luis Enrique et Kompany jouent le style le plus difficile au monde »

Latéral gauche formé au Paris Saint-Germain et passé par le club de la capitale de 1994 à 1998, puis de 2001 à 2003, Didier Domi analyse le match démentiel entre le club de la capitale et le Bayern Munich (5-4), à l'occasion d'une demi-finale aller qui restera gravée dans la légende de la Ligue des champions.
Maintenant que les émotions sont un peu retombées et que la lucidité est revenue, a-t-on assisté au plus grand match de l’histoire de la Ligue des champions ? Il faudra parler aux anciens (Rires.), mais je pense que personne n’avait jamais vu ça. À mes yeux, c’est la plus grande rencontre de C1 que j’ai jamais vue. Il y a eu le Inter-Barça (4-3) de l’année dernière, des confrontations extraordinaires dans les années 90/2000, mais des comme ça… C’est le match le plus haletant, le plus spectaculaire, tout le monde s’est rendu coup pour coup. C’était un combat de boxe. À un moment, tout le monde oubliait presque la défense ! C’était attaquer, attaquer, attaquer… Mais ce match va plus loin, il revient à l’essence même du football. C’est un jeu auquel on a presque tous joué petits, un sport populaire. Dans une vie un peu dure, c’est le sport et le football qui peut ramener des émotions. Voir ces deux équipes avec deux entraîneurs qui ont ramené cet ADN, c’était franchement fantastique. On assisté à quelque chose d’extraordinaire, presque une leçon de vie. Le foot, c’est un art, et je crois qu’ils ont élevé l’art à un niveau extraordinaire.
Quels sont les facteurs qui ont permis à cette rencontre de basculer dans la folie ? On dit souvent qu’une équipe a le caractère de son entraîneur. C’est l’ADN de Luis Enrique et Vincent Kompany qui est ressorti. Ils jouent le style le plus difficile au monde depuis la nuit des temps : attaquer et presser haut. Ils sont constamment en train de laisser 40-50 mètres derrière eux, avec beaucoup de risques et de situations de un contre un. Il faut défendre avec une concentration extrême, ce n’est pas facile pour les défenseurs. Les raisons de ce match ? La première, c’est la philosophie des deux coachs. La deuxième chose, c’est le talent. J’ai vu trois ailiers qui m’ont fait frissonner à chaque fois qu’ils avaient le ballon : Kvaratskhelia, Luis Diaz et Olise. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une telle performance de joueurs offensifs. C’était un peu la street ! Avec eux, tu ne sais jamais ce qui va se passer. C’est proche du génie, c’est l’instinct, l’imagination. Comme l’a dit Pepijn Lijnders (qui s’est lui-même inspiré d’Einstein), l’adjoint de Guardiola, la logique t’amène toujours d’un point A à B, mais l’imagination t’amènera everywhere.
Le petit enfant qui est au fond de Kompany et de Luis Enrique, il est extrêmement content. L’adulte, un peu moins.
Un entraîneur est-il en droit d’être mécontent de ce match ? Un coach italien des années 90 aurait enragé et préféré un bon vieux 0-0.
Il faut se mettre à leur place. Tant que tu n’as pas été entraîneur, tu ne sais pas ce que c’est. L’entraîneur, c’est notre matrice, notre logique. Quand tu encaisses quatre ou cinq buts, ça doit être dur pour eux. D’un autre côté, ils ont été loyaux à leur philosophie. Cette noblesse, ils ont dû la ressentir, l’émotion et le spectacle qu’ils ont créés. Quand il y a autant de talents sur le terrain, il faut accepter de prendre des risques et d’encaisser, c’est leur ADN. J’espère que ça influencera beaucoup de techniciens dans le monde : se libérer d’un carcan défensif et d’attaquer avec une protection. Le petit enfant qui est au fond de Kompany et de Luis Enrique, il est extrêmement content. L’adulte, un peu moins.
Le PSG menait quand même 5-2 à l’heure de jeu. Est-ce que la limite pour Luis Enrique, justement, n’a pas été de rester trop fidèle à ses principes et de ne pas fermer boutique ?
J’ai vu le Bayern complètement sonné à un moment. À 5-2, il y avait encore beaucoup d’espaces. C’est là où tu vois la force de ces deux entraîneurs. C’est comme le but d’Olise dans le temps additionnel du quart retour contre le Real (4-3), le monde entier a dû dire d’aller au poteau de corner, mais ce n’est pas Kompany. Il faut marquer, peu importe le moment. Quand il y a 5-2, c’est la 58e, tu ne vas pas fermer boutique avant l’heure de jeu… C’est la philosophie de Luis Enrique, il faut l’accepter et c’est peut-être l’une des meilleures de l’histoire du foot. Pour lui, il fallait en mettre 6, 7… Je préfère encore ça, 5-4 pour l’histoire. À 5-2, je me voyais déjà à Budapest ! (Rires.)
Et Kvara Ballon d'or !pic.twitter.com/iHctJq8xqy
— SO FOOT (@sofoot) April 28, 2026
Ce match peut-il être un tournant dans l’histoire du football, au niveau de l’approche tactique notamment ?
Si la meilleure équipe joue ce foot et procure ces émotions, ça va en influencer beaucoup. Par exemple, le Milan de Sacchi a influencé beaucoup de gens dans sa façon de jouer, son occupation du terrain. La dernière, bien sûr, c’est le grand Barcelone de Pep Guardiola. Les gens ont essayé de le copier. Là, on a vu un foot plus direct, plus vertical. Tu as vu combien de fois Neuer a relancé au milieu plutôt que de jouer court ? Il a vu que l’espace était là ! C’est un jeu un peu plus à la Klopp, avec des ailiers, du risque… Je pense que ça va refaçonner un peu le football mondial, c’est une très bonne chose. Mais pour pratiquer un tel jeu, il faudra une grande qualité technique au milieu de terrain et des joueurs capables de dribbler avec de la percussion et à l’instinct, comme le font Olise et Cherki. J’espère qu’on aura moins d’athlètes et plus de footballeurs, surtout au milieu, ainsi que plus de fantaisie devant. La première de choses, c’est l’intelligence de jeu, ta capacité à sortir de la pression, ta technique, ton exécution et ta vitesse. Si tu as la capacité physique, pas de problème, mais on a mis les choses à l’envers : on a voulu des athlètes avant les footballeurs, alors qu’il faut des footballeurs avant des athlètes.
Faut-il blâmer les défenses ou s’incliner devant les deux trios offensifs après un match à neuf buts ? Il faudra toujours plus s’incliner devant le talent offensif. Je respecterai toujours la génération d’entraîneurs Luis Enrique, Guardiola, Kompany, Flick, ceux qui veulent jouer au foot et donner de la passion aux gens, leur offrir un moment de bonheur. Comme disait Arsène Wenger, il faut toujours se mettre dans la peau d’un supporter qui pense au match toute la journée, qui veut ressentir des émotions.
Olise, c’est un message au monde entier et à la France : laissons nos gamins entre 7 et 14 ans avec un peu plus de liberté.
Quel joueur vous a le plus marqué dans ce match ? Je dirais Olise. Quand je le regardais à l’époque en Premier League, je ne pensais pas qu’il pourrait arriver à ce niveau-là un jour. J’avais vu Ralf Rangnick parler de lui, il était dithyrambique et ça m’avait interpellé. Je comprends maintenant. Il est tellement imprévisible… Les Olise, Cherki, Kvaratskhelia, ce sont des joueurs pour lesquels je paye ma place pour aller les voir au stade. Olise il était très bon aux JO, mais là, waouh… C’est un des meilleurs dribbleurs du monde, avec une mentalité exceptionnelle : il défend, fait les efforts, court sans arrêt… Il est impressionnant. Personne ne lui a appris à faire ça, il vient de South London. Dans la rue, le jeu a toujours été le meilleur professeur, parce qu’il y a du plaisir et de la liberté. C’est un message au monde entier pour laisser encore plus de liberté à nos jeunes. Un message pour la France : nos gamins qui ont entre 7 et 14 ans, laissons-les avec un peu plus de liberté. Un gamin est toujours créatif. Luis Diaz aussi, c’est la street, les favelas (Rires.) Pareil pour Kvara, il vient de Géorgie mais on dirait qu’il vient de Montreuil ou Montfermeil, c’est extraordinaire !
Pourquoi Dembélé a été élu homme du match alors que beaucoup d’autres auraient aussi pu y prétendre ? J’ai un grand respect pour Ousmane, et il a quand même marqué deux buts. Mais l’homme du match, c’est Olise. Ça aurait pu être Luis Diaz aussi. Il y en avait tellement sur le terrain, mais la qualité pure, c’était Olise. La première période d’Ousmane, elle est un peu difficile dans ses choix, dans sa finition.
"Ça raconte le leader qu'il est devenu, ces images sont remarquables" 👏 Ousmane Dembélé a de nouveau livré une prestation XXL lors d'un match décisif 🔥#UCL pic.twitter.com/JrA69Vr0l2
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Diaz, Kane et Olise ont causé beaucoup de problèmes aux Parisiens : comment s’articulait ce trio et comment ont-ils exploité les failles parisiennes ? C’est vrai qu’il y en a un dont on parle moins, c’est Harry Kane. Je n’ai pas vu un 9, j’ai vu un des meilleurs 10 au monde. Comme ils disent en Angleterre, c’est un « connector ». Parfois, il est proche de Kimmich, une autre fois, c’est Tah… Il bouge beaucoup entre les lignes, il décroche. Il est d’une intelligence redoutable et d’une technique extraordinaire. Tu vois l’occasion où Olise échoue sur Safonov ? Ça, c’est le Bayern. C’est une des équipes qui combine le mieux et le plus rapidement dans l’axe du terrain. Comment la défense du PSG a affiché autant de failles ? Le Bayern aussi en a affiché, ils auraient pu en prendre 7 ! On en revient à l’ADN de cette équipe qui joue le football le plus difficile du monde, avec des risques. Sur ce match, ça allait tellement vite que les milieux n’avaient pas le temps de récupérer et la transition défensive leur faisait mal. À la 27e minute, on voit João Neves et Vitinha qui reviennent en trottinant, tellement le rythme était extraordinaire. Même chose pour Kimmich. Les transitions défensives étaient assez faibles, c’était du ping-pong, un match de boxe.
Luis Enrique ne s’est-il pas trompé en faisant sortir Warren Zaïre-Emery pour Fabián Ruiz ? Après sa sortie, Paris a eu moins de maîtrise et d’impact dans l’entrejeu. Les deux sont différents. C’est vrai qu’au niveau de la récupération, des interceptions et de l’impact, Warren apporte plus. Fabián, c’est plus le côté conservation, préparation, progression… Il est plus décisif aux abords de la surface. Peut-être qu’à un moment, Luis Enrique a voulu encore plus assommer le Bayern. C’était la même chose à l’aller contre Chelsea (5-2). Je me dis qu’avec la qualité de passe de Fabián, il s’est dit qu’il allait nous faire du bien pour sortir de la pression et garder un peu plus le ballon. Souvent, la meilleure défense, c’est l’attaque, donc je ne le blâme pas. Il y a eu moins d’impact, mais il y aurait eu moins de conservation, peut-être plus de contres. Il ne faut pas oublier qu’ils ont marqué sur un coup de pied arrêté.
Ce qui est très important, et ce que les grandes équipes maîtrisent, ce sont les transitions défensives. Sur ce match, personne ne l’a maîtrisé. L’équipe qui défendra le mieux passera au retour.
Justement, les coups de pied arrêtés ont finalement eu beaucoup d’importance. Qui a le mieux utilisé cette arme ? Je pense que c’est peut-être plus le Paris Saint-Germain. Normalement, ils sont plus faibles que le Bayern dans ce domaine. Quand tu regardes le coup franc de Kimmich, il est extrêmement bien tiré. Bon, c’est vrai que les défenseurs doivent tenir Upamecano… Par contre, voir João Neves, le plus petit sur le terrain (1,74 mètre), marquer sur corner face à des golgoths… C’est 51/49 pour le PSG !
Pourquoi personne n’a trouvé la clé pour bloquer Kvara quand il rentre sur son pied droit ? Ça, c’est du pur talent. Quand il joue à ce niveau-là, quelle tactique d’entraîneur va pouvoir le stopper en un contre un ? Ça me rappelle Ribéry, ou même Messi et Cristiano quand ils ont débuté sur l’aile. Même Ronaldinho à l’entraînement avec nous au PSG. Ces mecs-là, ils peuvent rater sept fois, mais ils vont revenir encore et encore. Ils ont du courage, et c’est ça leur force. Kvara a décidé d’ouvrir la porte. Tu vois Kimmich galoper, faire un sprint pour ne pas laisser Kvara en un contre un, parce qu’il sait qu’il y a 80 % de chance qu’il y ait but. La solution – j’en reviens à ce que Kimmich a fait – c’est de faire une prise à deux. Sur ce match, il y avait tellement de un contre un que c’était impossible. Le match était tellement éprouvant physiquement pour les milieux que les transitions faisaient du mal.
Maintenant que l’aller nous a livré ses enseignements, quelles seront les clés pour le PSG pour s’assurer une place en finale ? La clé pour les deux, ça va être les transitions défensives. Comment tu arrives à te regrouper le plus rapidement possible, et avec le plus de joueurs possibles. Sur ce match, il y avait beaucoup de boulevards à cause des un contre un. Ce qui est très important, et ce que les grandes équipes maîtrisent, ce sont les transitions défensives. Sur ce match, personne ne l’a maîtrisé. Ça va être très important pour le match retour, les un contre un. Je plains déjà les défenseurs ! Le niveau de concentration, de détail, de vitesse, d’observation, ils vont devoir l’élever encore plus. L’équipe qui défendra le mieux passera.
Les défenseurs au cœur du PSG-Bayern : un débat centralPropos recueillis par Vincent Miffon





















































