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De Ligt, Turin pour rien

Par Adrien Candau
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De Ligt, Turin pour rien

Acheté 75 millions d’euros par la Juventus en 2019, Matthijs de Ligt quitte le Piémont pour le Bayern pour une somme à peu près identique. Il laisse derrière lui trois années italiennes tristement neutres, que le joueur comme la Vieille Dame n’auront probablement pas grand mal à oublier.

Étrange paradoxe. Ce mardi 19 juillet, la Juventus a perdu celui qui était son meilleur défenseur depuis trois bonnes saisons, mais ses tifosi ont semblé encaisser sans broncher la nouvelle. Refourgué pour environ 70 millions d’euros au Bayern Munich, Matthijs de Ligt n’est plus bianconero. Gleison Bremer – recruté par les Juventini ce mercredi – aura pour tâche de combler le vide laissé par le Néerlandais. Fin de l’histoire. Pas d’effusion lacrymale. Juste une transaction. Celui qu’on annonçait comme l’un des défenseurs les plus talentueux de la décennie quitte la Botte sans demander son reste. L’Italie ne se souviendra probablement pas de lui. Et inversement.

Bon soldat, mauvais génie

Il serait pourtant sévère de qualifier les années piémontaises du grand blond d’échec complet. Lorsqu’il signe à la Juve à l’été 2019, le prodige de l’Ajax est le nouvel étage d’un édifice piémontais qui veut s’élever jusqu’à une victoire en Ligue des champions. Une bâtisse qui semble aussi vouloir changer de décorum, en disant ciao à l’austérité du style Allegri pour les flamboyances de Maurizio Sarri, fraîchement installé sur le banc noir et blanc. Habitué à défendre en avançant comme à accompagner les offensives à l’Ajax, De Ligt expliquera notamment avoir choisi la Vieille Dame pour son nouveau Mister : « J’ai parlé avec lui au téléphone pour faire connaissance. Sa présence est aussi l’une des raisons de ma venue, sa vision du football, son style de jeu, j’ai entendu beaucoup de bonnes choses à son sujet. C’est aussi l’une des raisons de mon choix. » Viré un an plus tard, Sarri n’arrivera à rien à Turin, ne parvenant pas à inculquer ses circuits offensifs et sa pensée collective aux Bianconeri. Son successeur, Andrea Pirlo, sera encore plus à la peine, alors que le projet piémontais se délite, saison après saison. Derrière, De Ligt doit boucher les trous d’une défense handicapée par les blessures à répétition de Giorgio Chiellini, et le déclin progressif de Leonardo Bonucci. Souvent aligné avec ce dernier dans l’axe, le Batave fait parler sa science du duel et sa puissance physique, mais n’affiche pas non plus une complémentarité évidente avec son binôme.

Responsabilisé dans la relance à l’Ajax, il doit désormais s’effacer au profit de l’Italien, dont la qualité de passe longue n’est plus à démontrer. Sevré créativement, le Néerlandais aura donc indéniablement tenu la baraque derrière, mais sans jamais oser véritablement prendre le jeu à son compte, s’autoriser les dépassements de fonction qui avaient aussi fait de lui l’un des prospects défensifs les plus excitants du continent. Le retour de Massimiliano Allegri aux affaires ne sera évidemment pas de nature à arranger les choses, alors que la Juventus n’essaie même plus de proposer autre chose qu’un football prudent et calculateur. De quoi définitivement condamner De Ligt à son rôle de taulier de l’ombre, souvent fiable, mais jamais génial. Le Bayern de Julian Nagelsmann pourrait au contraire lui permettre de mordre ses adversaires plus haut, comme de participer beaucoup plus activement à la manœuvre offensive. En somme, d’exprimer la pleine mesure de ses qualités, qu’un club comme la Juventus n’aura tristement pas été capable d’utiliser.

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Par Adrien Candau

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